Home Company Salaire minimum en Haïti : confusion, tensions et hausse contestée dans le...

Minimum wage in Haiti: confusion, tension and disputed rise in textiles

Yannick Étienne

Port-au-Prince, le 6 mai 2026.- Invité du Panel Magik ce mercredi 6 mai, Yannick Étienne de Batay Ouvriye a dénoncé des zones d’ombre dans l’ajustement du salaire minimum annoncé par le gouvernement. Si une hausse significative est actée dans le secteur textile, elle reste limitée à ce segment, alors que les recommandations du Conseil supérieur des salaires (CSS) couvrent l’ensemble des secteurs. Entre inflation galopante, désaccords institutionnels et revendications ouvrières, le débat reste entier.

Le gouvernement a annoncé un nouveau salaire minimum d’environ 1 000 gourdes pour une journée de 8 heures, mais cette mesure ne concerne, pour l’instant, que les ouvriers du secteur textile.

Pour Yannick Étienne, cette décision est problématique : elle ne reflète pas la réalité des différents segments du marché du travail, alors que le pays fonctionne avec plusieurs catégories de salaires minimums.

Le rôle clé du Conseil supérieur des salaires

Le Conseil supérieur des salaires (CSS), organe tripartite réunissant État, secteur privé et syndicats, avait formulé en 2025 une proposition globale d’ajustement.

Cette grille recommandait des salaires variant entre 500 et 1 300 gourdes selon les secteurs :

Segment A (banques, télécoms, hôtels, etc.) : 1 000 gourdes

Segment B : 900 gourdes

Segment C : 760 gourdes

Travailleurs domestiques : 500 gourdes

Sous-traitance (textile) : 950 gourdes (1 300 gourdes pour la production)

Ces recommandations tenaient compte de la dégradation des conditions de vie, de l’inflation et de la dépréciation de la gourde.

Selon le représentant syndical, le fonctionnement du CSS a été marqué par des difficultés logistiques, des désaccords internes et un manque de moyens.

Le secteur privé aurait exprimé des réserves, notamment sur l’impact des hausses sur la compétitivité, tandis que les syndicats dénoncent un retard dans l’application des ajustements pourtant prévus par la loi.

La nouvelle proposition gouvernementale représente une augmentation allant jusqu’à près de 46 % par rapport au salaire de 2022 dans le secteur textile.

Si cette hausse peut sembler significative, les syndicats estiment qu’elle reste insuffisante face à l’explosion du coût de la vie. Ils rappellent que les travailleurs réclamaient un niveau encore plus élevé.

Cette revalorisation intervient dans un contexte économique particulièrement difficile : inflation élevée, hausse des loyers, insécurité et perte du pouvoir d’achat.

Pour Batay Ouvriye, un ajustement partiel ne peut répondre efficacement à cette crise. L’organisation plaide pour une application cohérente du salaire minimum à tous les secteurs, conformément aux recommandations du CSS.

Alors que les discussions se poursuivent entre syndicats et autorités, la question du salaire minimum reste au cœur des tensions sociales.

Entre nécessité de protéger les travailleurs et crainte de fragiliser certains secteurs économiques, le gouvernement devra trouver un équilibre dans un contexte particulièrement sensible.

W.A.