L’économiste Thomas Lalime au Afro Youth summit
Port-au-Prince, 12 février 2026.- Invité ce jeudi 12 février sur Magik 9, l’économiste Thomas Lalime est revenu sur son analyse publiée dans Le Nouvelliste : entre 1986 et 2026, Haïti affiche un taux moyen de croissance économique de seulement 0,45 %, alors que la population a presque doublé. Résultat : une chute continue du PIB par habitant et une dégradation prolongée des conditions de vie. Selon lui, crises politiques, catastrophes naturelles et instabilité institutionnelle ont empêché toute dynamique de développement durable.
Thomas Lalime dresse un constat sévère : depuis la chute de la dictature en 1986, le pays n’a jamais réussi à stabiliser son environnement politique et macroéconomique. « Nous sommes dans une succession de chocs qui annulent chaque tentative de reprise », explique-t-il.
Si les années 1970 affichaient une croissance moyenne supérieure à 5 %, la rupture s’amorce dès les années 1980, avec une décennie marquée par un taux moyen négatif (-0,6 %). Les années 1990, secouées par le coup d’État et l’embargo, ont plongé l’économie dans des contractions historiques, malgré un rebond ponctuel en 1994.
Selon l’économiste, les décennies 2000 et 2010 ont offert de timides éclaircies, 2 % de croissance moyenne dans les années 2000, 1,28 % dans les années 2010, sans jamais enclencher une transformation structurelle. Le séisme de 2010, les crises politiques répétées et la faiblesse des institutions ont empêché toute consolidation.
Depuis 2018, la situation s’est aggravée. Le pays enregistre sept années consécutives de contraction économique, avec une baisse cumulée de 17,3 %. « Nous ne sommes plus dans une simple stagnation, mais dans une véritable dépression prolongée », affirme Lalime.
Une croissance inférieure à la démographie
L’un des points centraux de son intervention concerne l’écart entre croissance économique et croissance démographique. Alors que la population est passée de 6,3 millions en 1986 à près de 12 millions aujourd’hui, l’économie est restée quasiment stationnaire.
« Quand la croissance est inférieure à la croissance démographique, cela signifie un appauvrissement collectif », souligne-t-il, évoquant une chute structurelle du PIB par habitant.
Héritage historique et responsabilités contemporaines
Thomas Lalime reconnaît l’impact durable de la dictature des Duvalier sur l’affaiblissement institutionnel et la fuite des capitaux humains. Toutefois, il estime que les élites post-1986 n’ont pas su corriger ces déséquilibres ni bâtir un cadre stable propice à l’investissement et à la production.
Pour lui, l’économie haïtienne reste enfermée dans une « trappe de croissance négative », où chaque crise efface les progrès précédents. « Sans stabilité politique, sécurité et institutions fonctionnelles, aucune stratégie économique ne peut réussir », conclut-il.
W. A.

























