Me Michel Brunache
Port-au-Prince, le 12 février 2026.- Invité sur les ondes de Magik 9 ce jeudi 12 février, Me Michel Brunache dresse un constat sans détour : près de quarante ans après la chute de la dictature, Haïti demeure en transition permanente. Selon lui, la phase actuelle, marquée par l’effacement du CPT et l’affirmation du Premier ministre comme chef de l’exécutif, relève d’une situation de fait, soutenue par le principe de continuité de l’État et l’appui déterminant des États-Unis. Il estime que la Constitution, inapplicable dans le contexte actuel, est “en garage”.
Pour Me Brunache, la séquence politique ouverte après l’assassinat du président Jovenel Moïse le 7 juillet 2021 s’inscrit dans une longue série de transitions inachevées. À ses yeux, la nouvelle configuration du pouvoir, dominée par le Premier ministre entouré du haut commandement des forces armées et de la police, constitue un acte politique fort traduisant une prise de leadership dans un contexte exceptionnel.
Il soutient que la situation actuelle ne peut être encadrée strictement par les dispositions constitutionnelles, notamment les articles 148 et 149 relatifs à la vacance présidentielle. Selon lui, ces mécanismes ne sont plus opérants dans les circonstances présentes. « Nous sommes devant une réalité non prévue par la Constitution », résume-t-il.
“Une situation de fait” au nom de la continuité de l’État
L’ancien haut fonctionnaire rappelle que la Constitution n’est pas conçue pour régler les crises extrêmes ou les ruptures institutionnelles. Dans un tel contexte, explique-t-il, prévaut le principe de continuité de l’État.
Ainsi, le Premier ministre se retrouve, de facto, investi de la fonction de chef de l’État, non en raison d’une légitimité électorale ou populaire, mais parce qu’il était institutionnellement le mieux placé pour assurer la stabilité minimale de l’appareil étatique.
Pour Me Brunache, il faut éviter toute lecture formaliste : « Ce n’est pas une question de légitimité constitutionnelle, mais de nécessité politique. »
Le rôle central des États-Unis
L’intervention met également en lumière le rôle déterminant des États-Unis, qualifiés de “grand électeur” dans les différentes transitions post-1986. Selon l’analyste, l’appui américain a pesé dans la configuration actuelle du pouvoir, comme ce fut le cas lors d’autres moments charnières, notamment en 2004.
Toutefois, Me Brunache rejette l’idée d’un simple “plan américain”. Il évoque plutôt un impératif de stabilisation visant deux objectifs prioritaires pour 2026 :
- le rétablissement d’un minimum de sécurité;
- la reconstruction des institutions constitutionnelles à travers des élections.
Interrogé sur les références faites à certains articles constitutionnels par les autorités en place, Me Brunache estime qu’il s’agit davantage d’un “vernis juridique” que d’une réelle application normative. Selon lui, invoquer la Constitution dans le contexte actuel relève davantage d’une tentative de légitimation symbolique.
« Pour le moment, la Constitution est en garage », affirme-t-il, soulignant que l’urgence réside moins dans l’interprétation des textes que dans la restauration effective de l’ordre public et institutionnel.
En conclusion, Me Brunache pose un diagnostic sévère : l’incapacité du pays à instaurer une cadence électorale régulière et un fonctionnement institutionnel stable traduit un échec collectif à achever la transition démocratique amorcée en 1986.
Selon lui, la priorité ne doit pas être un débat théorique sur la constitutionnalité, mais la mise en place de conditions sécuritaires et institutionnelles permettant un retour à l’ordre constitutionnel normal.
W. A.























