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Floristic inventory and creation of a reference herbarium at the National Natural Park Lagon des Oîtres (PNN-LdH), Belle-Anse, Haiti

David Noncent et Petit Noël Lafleur

Équipe de Recherche sur les Changements Climatiques (ERC2), Université Quisqueya, Port-au-Prince, Haïti

Ecole Normale Supérieure, Université d’Etat d’Haïti, Port-au-Prince, Haïti

 

Executive summary

Malgré sa reconnaissance comme aire protégée d’importance nationale, le Parc National Naturel Lagon des Huîtres (PNN-LdH), situé dans le département du Sud-Est d’Haïti, ne disposait d’aucun inventaire floristique systématique, ni d’herbier de référence. Dans le cadre du Projet INOVEE (Initiative pour la Nature et l’Optimisation des Valeurs Écologiques et Économiques), un inventaire botanique a été réalisé dans les principaux écosystèmes du parc (forêts sèches xérophytiques, mangroves, dunes côtières et zones de transition), combiné à la création d’un herbier de référence. Au total, 71 espèces végétales vasculaires réparties dans 30 familles botaniques ont été recensées. Les Fabaceae dominent l’inventaire (10 espèces, 14,1 %), suivies des Lamiaceae (4 espèces), des Cactaceae, Apocynaceae et Myrtaceae (3 espèces chacune). Deux espèces endémiques d’Hispaniola ont été documentées (Allophylus haitiensis and Malpighia hispaniolica), ainsi que des espèces menacées dont Guaiacum officinale (classé « En danger » par l’UICN). Environ 77 % des espèces recensées présentent un usage médicinal traditionnel documenté, témoignant de l’importance ethnobotanique de cette flore. L’herbier constitué représente le premier outil de documentation botanique systématique pour le PNN-LdH et servira de référence pour le suivi de la biodiversité et les stratégies de conservation futures.

Keywords: biodiversité végétale, herbier, forêt sèche, mangrove, xérophyte, ethnobotanique, aire protégée, Haïti, Hispaniola

 

Abstract

Despite its recognition as a nationally important protected area, the Lagon des Huîtres National Nature Park (PNN-LdH) in southeastern Haiti lacked any systematic floristic inventory or reference herbarium. As part of the INOVEE Project (Initiative for Nature and Optimization of Ecological and Economic Values), a botanical inventory was conducted across the park’s main ecosystems (xerophytic dry forests, mangroves, coastal dunes, and transitional zones), combined with the creation of a reference herbarium. A total of 71 vascular plant species belonging to 30 botanical families were recorded. Fabaceae dominated the inventory (10 species, 14.1%), followed by Lamiaceae (4 species), Cactaceae, Apocynaceae, and Myrtaceae (3 species each). Two Hispaniolan endemics were documented (Allophylus haitiensis and Malpighia hispaniolica), along with threatened species including Guaiacum officinale (listed as Endangered by the IUCN). Approximately 77% of the species recorded have documented traditional medicinal uses, reflecting the ethnobotanical significance of this flora. The herbarium constitutes the first systematic botanical documentation tool for the PNN-LdH and will serve as a baseline for biodiversity monitoring and future conservation strategies.

Keywords: plant biodiversity, herbarium, dry forest, mangrove, xerophyte, ethnobotany, protected area, Haiti, Hispaniola

1. Introduction

La biodiversité végétale dans les régions tropicales constitue le socle des équilibres écosystémiques mondiaux, fournissant des services fondamentaux : régulation climatique, protection contre l’érosion, ressources alimentaires et médicinales, et séquestration du carbone (Ward et al., 2016). La Caraïbe est reconnue comme l’un des principaux hotspots de biodiversité mondiale, avec un taux d’endémisme végétal dépassant 34 % (Myers et al., 2000). Cette richesse biologique est aujourd’hui soumise à une pression sans précédent : le rythme de disparition des espèces est estimé de 100 à 1 000 fois supérieur au taux naturel d’extinction (Ceballos et al., 2017).

Les herbiers botaniques représentent un outil scientifique irremplaçable pour la conservation. Davis et al. (2023), dans Trends in Ecology & Evolution, soulignent que ces collections sont passées d’archives statiques à des outils dynamiques pour la biologie de la conservation, avec plus de 350 millions de spécimens conservés dans environ 3 000 herbiers mondiaux. Lang et al. (2018) démontrent que les herbaria permettent de tracer les décalages phénologiques sur des décennies, une information inaccessible par d’autres méthodes dans les pays tropicaux à faibles données historiques. Meineke et al. (2018) confirment le potentiel sous-exploité de ces collections pour la détection de changements phénologiques en réponse au réchauffement climatique.

Haïti, partageant l’île d’Hispaniola avec la République dominicaine, est un hotspot de biodiversité caraïbéenne avec plus de 5 000 espèces végétales dont 36 % endémiques (Haiti Biodiversity, 2023). Cependant, la déforestation massive – le couvert forestier est estimé à seulement 3 % du territoire, contre 60 % au début du XXᵉ siècle (FAO, 2010) – exacerbée par la pauvreté et les catastrophes naturelles, menace gravement ces écosystèmes. Hong et al. (2025), utilisant des séries temporelles Landsat, documentent une perte forestière de l’ordre de 1 %/an en Haïti, révélant un contraste saisissant avec la République dominicaine. Cano-Ortiz et al. (2016) identifient Hispaniola comme un centre d’endémisme de premier ordre avec 6 000 espèces végétales dont 34 % uniques.

Le Parc National Naturel Lagon des Huîtres (PNN-LdH), couvrant 9 640,60 hectares dans la commune de Belle-Anse, a été officiellement déclaré aire protégée en 2017. Il fait partie des quatre unités de conservation du Massif de la Selle, classé Réserve de la Biosphère. Cependant, le parc fait face à des pressions anthropiques persistantes : coupe illégale de bois, surpêche, érosion côtière, élevage caprin non contrôlé, et à une insécurité alimentaire classée au niveau IPC 4 (Noncent & Lafleur, 2025a).

Malgré la reconnaissance du PNN-LdH comme zone de haute valeur écologique, les données scientifiques disponibles sur sa flore restent fragmentaires. Hilaire (2014) et TNC (2019) ont fourni des évaluations écologiques générales, mais aucun inventaire floristique systématique accompagné de la création d’un herbier de référence n’avait encore été réalisé. L’objectif principal est de documenter la biodiversité végétale du PNN-LdH via un inventaire exhaustif et la création d’un herbier institutionnel, en analysant ses implications pour la conservation, l’écotourisme et le développement durable, dans le cadre des ODD 14 et 15 de l’Agenda 2030.

2. Zone d’étude et méthodologie

2.1. Présentation de la zone d’étude

Le PNN-LdH est situé dans le département du Sud-Est d’Haïti (Figure 1), couvrant trois sections communales des communes de Belle-Anse et Grand-Gosier. Ses coordonnées géographiques (UTM WGS84, zone 18N) s’étendent entre 813 337,84 et 827 305,01 m E et entre 2 000 099,90 et 2 023 125,67 m N. Le parc protège 6 061 hectares de forêts sèches côtières et de milieux humides, ainsi que 3 596 hectares d’écosystèmes marins, incluant mangroves, lagunes côtières, estuaires et deltas (TNC, 2019). Il est situé entre le niveau de la mer et 450 m d’altitude, avec un climat tropical subhumide semi-aride. Les précipitations annuelles moyennes varient entre 605 et 650 mm, avec deux saisons pluvieuses (avril–juin et août–octobre) et deux saisons sèches (décembre–mars et mi-juin à mi-juillet). La température annuelle moyenne est de 26,1 °C (Figure 2 ; Céliscar, 2017).

Figure 1. Localisation géographique du PNN-LdH dans le département du Sud-Est, Haïti. Source : CNIGS ; Projection UTM / WGS 84, Zone 18.
Figure 2. Climatogramme du PNN-LdH – Précipitations et températures moyennes mensuelles (altitude : 0–450 m). Les zones grisées indiquent les saisons sèches.

2.2. Matériels et méthodes

L’étude s’est déroulée de mars à septembre 2025. Une équipe pluridisciplinaire (botaniste, éducateurs, collecteurs communautaires) a prospecté les zones représentatives des principaux habitats du parc, en privilégiant les écosystèmes de mangroves (Rhizophora mangle, Laguncularia racemosa, Avicennia germinans) et de forêts sèches xérophytiques (Planche 1). L’inventaire floristique a été réalisé selon la méthode de relevés phytosociologiques de Braun-Blanquet, adaptée aux conditions locales.

Planche 1. Paysages du PNN-LdH lors des missions de terrain : formation à cactacées columnaires (en haut à gauche), sentier en forêt xérophytique (en haut au centre), grotte calcaire (en haut à droite), lagune à mangroves (en bas à gauche), littoral avec mangroves (en bas à droite). Crédit : Noncent & Lafleur (2025).

L’identification des spécimens a été réalisée par confrontation avec les ouvrages de référence (Liogier, 1982–2000 ; Alain, 1953–1979) et les bases de données taxonomiques Tropicos (Missouri Botanical Garden) et The Plant List. Pour chaque point de collecte, les coordonnées GPS (UTM WGS84, zone 18N ; précision ±5 m), le type d’habitat, la date, le nom vernaculaire créole et les observations morphologiques ont été systématiquement enregistrés (Planche 2). Des entretiens semi-directifs avec 20 informateurs locaux (agriculteurs, guérisseurs, pêcheurs) ont permis de documenter les usages ethnobotaniques.

Planche 2. Collecte et identification des spécimens végétaux sur substrat calcaire lors des missions de terrain au PNN-LdH. Crédit : Noncent & Lafleur (2025).

2.3. Préparation de l’herbier

Les spécimens, privilégiant les individus en fleurs ou en fruits, ont été pressés entre des feuilles de papier journal absorbant, changé quotidiennement pendant les trois premiers jours, puis séchés pendant 7 à 14 jours. Les spécimens séchés ont été montés sur des planches cartonnées A3 (420 × 297 mm), accompagnés de fiches scientifiques détaillées (16 champs d’information). Les étiquettes ont été rédigées à l’encre noire indélébile sur papier de qualité archive. La conservation se fait à température ambiante, à faible humidité relative et à l’abri de la lumière directe.

2.4. Limites méthodologiques

L’inventaire n’a pas été structuré selon un plan d’échantillonnage statistique strict (transects systématiques, quadrats permanents). Les zones prospectées ont été sélectionnées sur la base de l’accessibilité et de la représentativité des principaux types d’habitats. Le nombre réel d’espèces est vraisemblablement supérieur aux 71 documentées. La taille de l’échantillon ethnobotanique (20 informateurs) est relativement modeste.

3. Résultats

3.1. Richesse spécifique et composition taxonomique

L’inventaire a permis de recenser 71 espèces végétales vasculaires réparties dans 30 familles botaniques (Figure 3, Tableau 1). Les Fabaceae (sensu lato) dominent avec 10 espèces (14,1 %), suivies des Lamiaceae (4 espèces, 5,6 %), puis des Cactaceae, Apocynaceae et Myrtaceae (3 espèces chacune, 4,2 %).

Figure 3. Distribution des 71 espèces végétales du PNN-LdH par famille botanique. Les Fabaceae dominent nettement (14,1 %), cohérent avec leur rôle de fixatrices d’azote en milieu xérophytique. Source : Noncent & Lafleur (2025).

Tableau 1. Synthèse des familles botaniques recensées au PNN-LdH (Nb esp. = nombre d’espèces ; % = pourcentage du total ; End. = espèces endémiques ; Médic. = espèces à usage médicinal documenté).

Famille botanique Nb esp. % total End. Médic. Principales espèces
Fabaceae (s.l.) 10 14,1 0 8 Prosopis juliflora, Vachellia farnesiana…
Lamiaceae 4 5,6 0 4 Clerodendrum sepium, Ocimum gratissimum…
Cactaceae 3 4,2 0 2 Opuntia ficus-indica, Pilosocereus polygonus…
Apocynaceae 3 4,2 0 3 Calotropis gigantea, Angadenia berteroi…
Myrtaceae 3 4,2 0 3 Psidium guajava, Syzygium cumini…
Sapindaceae 2 2,8 1 2 Dodonaea viscosa, Allophylus haitiensis*
Zygophyllaceae 1 1,4 0 1 Guaiacum officinale** (UICN VU, CITES II)
Zamiaceae 1 1,4 1 0 Zamia rosea* (endémique rare)
Autres (16 fam.) 14 19,7 0 12 Moraceae, Polygonaceae, Malpighiaceae…
TOTAL 71 100 2 55 (77 %)

* Espèce endémique d’Hispaniola. ** Espèce inscrite à l’Annexe II de la CITES et classée Vulnérable par l’UICN.

3.2. Répartition par habitat et usages ethnobotaniques

La répartition spatiale des espèces révèle une nette différenciation entre les habitats (Figure 4a). Les forêts xérophytiques, couvrant environ 57,7 % de la superficie inventoriée, abritent la majorité de la diversité floristique (41 espèces). Les mangroves et zones côtières hébergent 18 espèces (25,4 %), avec une forte spécialisation écologique. Les analyses ethnobotaniques (Figure 4b) montrent que 60,4 % des espèces sont utilisées en médecine traditionnelle, 15,4 % à des fins alimentaires, et 6,6 % à des fins artisanales ou culturelles.

Figure 4. (a) Distribution des espèces végétales du PNN-LdH par habitat et (b) par catégorie d’usage ethnobotanique.

3.3. Espèces d’intérêt pour la conservation

Parmi les espèces recensées, plusieurs présentent un intérêt patrimonial majeur (Figure 5). Guaiacum officinale (Zygophyllaceae), inscrit à l’Annexe II de la CITES et classé Vulnérable par l’UICN, a été identifié dans les zones de forêt sèche. Zamia rosea (Zamiaceae), cycadale rare et endémique d’Hispaniola, a également été documentée. Deux endémiques ont été recensées : Allophylus haitiensis (Sapindaceae) et Malpighia hispaniolica (Malpighiaceae). Swietenia mahagoni (Meliaceae), classé Vulnérable par l’UICN, a également été noté, soumis à la coupe sélective pour son bois précieux.

Figure 5. Profil de conservation des espèces par habitat au PNN-LdH : nombre total d’espèces, espèces à usages médicinaux, endémiques et menacées UICN. (Source : Noncent & Lafleur (2025) ; UICN (2024).

Tableau 2. Espèces à fort intérêt pour la conservation au PNN-LdH.

Espèce Famille Statut UICN Endém. Usage principal Menace
Guaiacum officinale Zygophyllaceae VU / CITES II Caribbean Anti-inflammatoire Surexploitation
Allophylus haitiensis Sapindaceae Non évalué Hispaniola Alimentaire Forestry
Zamia rosea Zamiaceae Non évalué Hispaniola Pharmacol. Rareté, collecte
Swietenia mahagoni Meliaceae VU Caribbean Bois précieux Coupe sélective
Rhizophora mangle Rhizophoraceae LC Pantropical Prot. côtière Coupes charbon
Avicennia germinans Acanthaceae LC Pantropical Prot. côtière Dégrad. côtière

3.4. Herbier de référence

L’ensemble des 71 espèces a fait l’objet d’une collecte, d’un pressage, d’un séchage et d’un montage selon les standards internationaux de l’herborisation. Chaque planche est associée à une fiche normalisée comprenant 16 champs d’information. Cet herbier, hébergé au bureau de Helvtas à Belle-Anse, constitue le premier outil de référence botanique systématique pour le PNN-LdH.

4. Discussion

4.1. Structure floristique et contexte biogéographique

La prédominance des Fabaceae (14,1 %) est cohérente avec la littérature sur les forêts sèches néotropicales, où cette famille occupe généralement une position dominante en raison de son rôle dans la fixation de l’azote atmosphérique (Cano-Ortiz et al., 2016). La diversité des Lamiaceae, Cactaceae et Apocynaceae confirme le caractère xérophytique des formations, ces familles étant caractéristiques des milieux semi-arides tropicaux. Avec 71 espèces dans 30 familles, la richesse floristique apparaît modérée mais significative, compte tenu des limites méthodologiques et du caractère semi-aride du milieu.

4.2. Rôles écologiques des espèces recensées

Les mangroves (Laguncularia racemosa, Rhizophora mangle, Avicennia germinans) jouent un rôle fondamental dans la protection côtière et la fonction de nurserie pour les espèces marines. Ward et al. (2016) ont démontré que ces formations réduisent l’énergie des vagues de 50 à 70 % et séquestrent 3 à 5 fois plus de carbone par hectare que les forêts tropicales humides. Ellison (2015) a développé un cadre méthodologique pour l’évaluation de la vulnérabilité des mangroves, applicable au PNN-LdH. La présence de Prosopis juliflora, espèce potentiellement envahissante, nécessite cependant un suivi rigoureux (Hilaire, 2014).

4.3. Importance ethnobotanique et pharmacologique

Avec 77 % des espèces présentant des usages médicinaux documentés, le PNN-LdH représente une pharmacopée végétale de premier ordre. Ces résultats corroborent les travaux de Salla (2015) et de Vardeman et al. (2014) sur l’utilisation des plantes médicinales par les communautés haïtiennes. Parmi les espèces les plus remarquables, Phyllanthus amarus (hépatoprotecteur), Guaiacum officinale (anti-inflammatoire, UICN VU), Annona muricata (propriétés anticanceréreuses étudiées) et Psidium guajava (anti-diarrhéique, validé par le programme TRAMIL) méritent une attention particulière. McKee (2004) rappelle que les connaissances traditionnelles sur les usages des plantes représentent un patrimoine immatériel menacé de disparition. L’herbier institutionnel constitue un outil précieux pour la double conservation de ce patrimoine – biologique et culturel.

4.4. Menaces sur la biodiversité et implications pour la conservation

Les principales menaces identifiées sont : (1) la déforestation et la coupe de mangroves pour le charbon de bois ; (2) l’érosion côtière et l’envasement des lagunes ; (3) le pâturage caprin non contrôlé ; (4) le changement climatique, avec des projections de réduction des précipitations et de montée du niveau de la mer de 0,5 m d’ici 2100, affectant 23 % des mangroves caraïbéennes (Wilson, 2017). L’UNEP (2020) rapporte que les mangroves haïtiennes diminuent à un rythme d’environ 1 % par an, soulignant l’urgence d’une gestion fondée sur des données scientifiques actualisées. La présence de Guaiacum officinale (CITES II, UICN VU), de Swietenia mahagoni (UICN VU) et de deux endémiques d’Hispaniola renforce la justification du statut d’aire protégée et souligne l’urgence de mesures de conservation ciblées.

4.5. L’herbier comme outil de conservation et de recherche

Davis et al. (2023) soulignent que les herbaria modernes sont capables de fournir des données de référence pour la surveillance à long terme des écosystèmes, en intégrant des données moléculaires, chimiques et morphologiques. La perspective de numérisation et de mise en ligne des spécimens sur des plateformes internationales (GBIF, JSTOR Global Plants) maximiserait considérablement la valeur scientifique de cette collection. L’implication des communautés locales dans le processus constitue une démarche participative prometteuse, contribuant au renforcement des capacités locales et à la sensibilisation à la biodiversité, dans l’esprit des principes d’Ostrom (1990) pour la gestion durable des biens communs.

5. Conclusion

Cette étude présente le premier inventaire floristique systématique du PNN-LdH, assorti de la création d’un herbier institutionnel de référence. Avec 71 espèces vasculaires dans 30 familles, dont des endémiques d’Hispaniola et des espèces menacées (UICN, CITES), les résultats confirment la haute valeur patrimoniale de cette aire protégée. Le fort taux d’espèces à usages médicinaux (77 %) souligne l’imbrication entre conservation biologique et patrimoine culturel.

Les perspectives prioritaires incluent : (à court terme) la numérisation de l’herbier sur GBIF et JSTOR Global Plants, l’extension de l’inventaire aux zones sous-échantillonnées et la mise en place de transects permanents ; (à moyen terme) le suivi phénologique des espèces clés, les analyses moléculaires (ADN code-barre) sur les endémiques et l’intégration des données dans un SIG couplé à la télédétection (Hong et al., 2025) ; (à long terme) le développement de filières économiques durables (produits forestiers non ligneux certifiés, écotourisme) et le renforcement de la gouvernance locale. Ces recommandations s’inscrivent dans les engagements d’Haïti au titre des ODD 14 et 15 et du Cadre de Kunming-Montréal (30 % d’aires protégées d’ici 2030).

Remerciements

Cette étude a été réalisée dans le cadre du Projet INOVEE, financé par HELVETAS Haïti (Fonds Européen de Développement, réf. EuropeAid/178173/ID/ACT/HT). Les auteurs remercient Dérisier Jean-Louis (Directeur du PNN-LdH), Alix Bazil et Feguens Joseph (collecteurs).

 

References

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