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Haïti renforce son arsenal judiciaire : le gouvernement veut frapper les gangs, la corruption et la fraude électorale

Le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé (à droite) et le ministre de la Justice, Patrick Pélissier (à gauche)•©️photo : Primature

Port-au-Prince, le 25 mai 2026.- Dans un contexte marqué par l’insécurité grandissante, la montée des crimes financiers et l’effondrement progressif des institutions judiciaires, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a visité, ce lundi 25 mai 2026, les futurs locaux devant accueillir les nouveaux pôles judiciaires spécialisés. Ces structures, dont l’inauguration est prévue ce mercredi, auront pour mission de traiter les crimes commis par les gangs armés, les fraudes électorales ainsi que les infractions financières complexes. Le chef du gouvernement affirme vouloir empêcher que les réseaux criminels infiltrent le processus électoral et continuent d’affaiblir l’État.

Accompagné du ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Patrick Pélissier, ainsi que du doyen du Tribunal de première instance de Port-au-Prince, Bernard Saint-Vil, le Premier ministre a inspecté l’état d’avancement des préparatifs des nouveaux bureaux judiciaires spécialisés.

Selon la Primature, ces pôles auront notamment pour mandat de poursuivre les crimes financiers complexes, les actes de blanchiment d’argent, les violences de masse, les violences sexuelles ainsi que les fraudes liées au processus électoral.

« N ap konbat blanchiman, e nou p ap kite lajan sal rantre nan bwat vòt yo », a déclaré Alix Didier Fils-Aimé, réaffirmant la volonté des autorités de sécuriser les prochaines élections générales et de limiter l’influence des groupes criminels dans la vie politique nationale.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un décret gouvernemental publié le 16 avril 2026 dans Le Moniteur, instituant deux pôles judiciaires spécialisés au sein du Tribunal de première instance de Port-au-Prince. Le premier sera chargé des crimes économiques et financiers complexes, tandis que le second se concentrera sur les crimes de masse et les violences sexuelles.

La création de ces structures intervient dans un système judiciaire haïtien profondément fragilisé par l’insécurité, le manque de moyens, les dysfonctionnements institutionnels et les pressions exercées par les groupes armés. Plusieurs tribunaux à travers le pays fonctionnent difficilement ou sont paralysés en raison des violences, alors que magistrats, greffiers et avocats évoluent souvent dans des conditions précaires.

Face à la multiplication des enlèvements, des massacres, des circuits de blanchiment d’argent et des accusations de corruption au sein de l’administration publique, les autorités espèrent que ces pôles spécialisés permettront d’améliorer le traitement des dossiers sensibles et de renforcer la lutte contre l’impunité.

Le gouvernement entend également envoyer un signal politique fort à quelques mois des échéances électorales, en affirmant que l’État « ne cédera aucune partie du territoire aux gangs armés ».

W.A.