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Le Sud global face aux vicissitudes du commerce international : De la détérioration des termes de l’échange à la démondialisation


 
Par Quetya Aubin
 

Dans un monde en perpétuelle mutation, le Sud global, cet ensemble de pays en développement d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie et d’Océanie, continue de naviguer entre espoirs de prospérité et réalités amères de paupérisation. Depuis leur indépendance, ces nations ont cherché à s’affirmer sur la scène économique mondiale, mais les dynamiques du commerce international ont souvent contrecarré leurs ambitions. Le professeur Claude Albagli, éminent spécialiste du développement économique et président de l’Institut CEDIMES, abordera ces enjeux lors d’un webinaire qui sera organisé par le Centre de Recherche en Gestion et en Économie du Développement (CReGED) de l’Université Quisqueya (UniQ) en Haïti, le 15 décembre 2025. Intitulée « Le Sud global de la détérioration des termes de l’échange à la démondialisation : Un demi-siècle d’espérances et de déconvenues », cette conférence promet d’éclairer un demi-siècle de transformations géoéconomiques. Cet article vise à contextualiser ce thème à partir de la littérature scientifique, en éveillant la curiosité de tous et de toutes pour cet événement qui entend interrogerl’avenir des pays émergents dans un contexte de crises écologiques et technologiques.

Le CREGED, premier laboratoire en économie-gestion de l’UniQ, créé en mars 2001 au sein de la Faculté des Sciences Économiques et Administratives (FSEA), joue un rôle central dans la recherche haïtienne en économie et gestion. Il est un Laboratoire habilité à accueillir des doctorants par le Collège Doctoral d’Haïti depuis 2015,suite à une évaluation par une commission d’experts internationaux. Il se concentre sur les stratégies de croissance et de développement, avec deux axes principaux : l’entrepreneuriat et l’innovation, ainsi que le financement du développement. Ses travaux comparent les politiques de développement mises en œuvre en Haïti et proposent des alternatives pour un développement durable. Dans cet ordre d’idées, il a aménagé un espace de concertation et de vulgarisation scientifique dénommé « Les « LUNDIS du CReGED » pour la diffusion de la pensée économique, des données sur le management et les résultats de recherche. Cet espace estune série dédiée à l’échange académique qui, met en lumière des questions cruciales pour des pays comme Haïti qui sont, confrontés à des vulnérabilités économiques persistantes.

La détérioration des termes de l’échange, concept central de la conférence, trouve ses racines dans l’hypothèse de Prebisch-Singer, formulée indépendamment par RaúlPrebisch et Hans Singer en 1950. Cette théorie postule que les termes de l’échange – le rapport entre les prix des exportations et des importations – se détériorent au fil du temps pour les pays exportateurs de matières premières (typiquement du Sud global) au profit des exportateurs de biens manufacturés (du Nord).

Selon cette hypothèse, les prix des commodités primaires (agricoles, miniers, énergétiques) déclinent relativement aux produits industriels en raison de facteurs comme la faible élasticité de la demande pour les matières premières et les asymétries technologiques. Des études empiriques récentes, couvrant la période 1900-2015, confirment un déclin séculaire pour onze commodités majeures, renforçant l’idée que cette tendance n’est pas un artefact statistique mais une réalité structurelle. Pour le Sud global, cela signifiait qu’après l’indépendance, se produisait une érosion des revenus d’exportation, minant les espoirs d’un développement autonome. Figurez-vous un pays comme le Sénégal, dépendant du café ou du soja, une baisse persistante des prix internationaux les contraindrait à exporter plus pour importer le même volume de machines ou de technologies, perpétuant un cercle vicieux de sous-développement.

Pourtant, les années 1970 ont apporté un contrepoint avec le choc pétrolier de 1973, où l’OPEP a fait flamber les prix des matières premières, ruinant temporairement l’hypothèse de Prebisch-Singer. Ce renversement a illustré la volatilité des marchés, mais n’a pas inversé la tendance à long terme. L’effondrement de l’Union soviétique en 1991 a ensuite ouvert l’ère de la mondialisation triomphante, promue comme le « sésame du développement ». La libéralisation des échanges, via l’OMC et les zones de libre-échange, a boosté le ratio exportations/PIB mondial de 15 % à 25 % avant la crise de 2008. Les bénéfices pour le Sud global ont été tangibles : plus de 1,2 milliard de personnes sont sorties de l’extrême pauvreté, principalement en Chine, grâce aux délocalisations et aux investissements étrangers. La mondialisation a favorisé la croissance économique, l’accès à de nouveaux marchés et la diffusion de technologies, améliorant les standards de vie.

Cependant, les inconvénients sont évidents car les inégalités ont accru entrainant la désindustrialisation au Nord et les dépendances excessives au Sud, avec des déficits commerciaux abyssaux jamais atteints auparavant commele milliard de dollars quotidien des États-Unis vis-à-vis de la Chine. Des analyses soulignent que la mondialisation a exacerbé les disparités sociales et politiques, favorisant un populisme économique.
Aujourd’hui, nous assistons à une démondialisation accélérée, marquée par un repli sur les marchés intérieurs, un souverainisme économique et un protectionnisme accru. Les impacts sur les pays en développement sont ambivalents. D’un côté, elle entraîne une réduction des flux commerciaux et d’investissements qui peut ralentir la croissance et l’innovation ; de l’autre, elle encourage l’autosuffisance et protège contre les chocs externes.

La pandémie de COVID-19 et les tensions géopolitiques (comme la guerre en Ukraine) ont amplifié ce mouvement, avec une convergence économique menacée et une hausse des inégalités entre nations. Pour les petits pays à faible revenu, qui sont dépendants des exportations, cela pourrait freiner la réduction de la pauvreté. En outre,  il existe des contraintes écologiques car la lutte contre le changement climatique impose des restrictions sur les transports mondiaux, favorisant une relocalisation des chaînes d’approvisionnement pour réduire l’empreinte carbone.

L’intelligence artificielle (IA) émerge comme un facteur disruptif dans cette équation. Elle accélère la démondialisation en rendant les robots imperméables aux coûts salariaux, encourageant la relocalisation au Nord et marginalisant les pays du Sud non encore industrialisés. Comment, dans ce paysage inédit, les nations du Sud peuvent-elles engager un véritable décollage ? C’est précisément a cette question que le professeur Albagliessaiera de répondre. Celui-ci a une grande expertise qui s’appuie sur sa formation académique en tant que Docteurd’État en Sciences Économiques et , ancien élève de Maurice Allais, détenteur du Prix Nobel d’Economie. Puis,,,il a servi pendant quinze ans en Afrique subsaharienne et a visité plus de 80 pays, ce qui lui confère une certaine expérience internationale.

Président de l’Institut CEDIMES, fédération académique francophone forte de soixante délégations, il a dirigé de nombreuses thèses et publié divers articles et ouvrages sur les mutations en Europe, Afrique et Asie. Ses missions annuelles en Chine, depuis 1990, totalisent quatre ans de séjour. Il a bénéficié, dans son pays, de certaines décorations et il détient des honneurs internationaux, dont celle de Chevalier du Mérite National en France.et également  de distinctions de maints pays étrangers.

Cette conférence n’est pas seulement une rétrospective ; elle est un appel à repenser les stratégies de développement en fonction des réalités du pays et de son environnement géopolitique. . Dans un contexte où Haïti, via le CREGED, cherche des options socioéconomiquesalternatives, il n’est pas trop hasardeux d’avancer que la pensée du professeur Albagli pourrait inspirer des politiques innovantes et performantes pour le pays.
 
Sources
Sarkar, P., & Singer, H. W. (1991). Manufactured exports of developing countries and their terms of trade since 1965. World Development, 19(4), 333-340. https://doi.org/10.1016/0305-750X(91)90180-P
Erten, B., & Ocampo, J. A. (2013). Super Cycles of Commodity Prices Since the Mid-Nineteenth Century. World Development, 44, 14-30. https://doi.org/10.1016/j.worlddev.2012.11.013
Rodrik, D. (2017). Populism and the economics of globalization (No. w23559). National Bureau of Economic Research. https://www.nber.org/papers/w23559
Wang, Q., Sun, T. & Li, R. Does artificial intelligence (AI) reduce ecological footprint? The role of globalization. Environ Sci Pollut Res 30, 123948–123965 (2023). https://doi.org/10.1007/s11356-023-31076-5
 

Quetya AUBIN
Pôle Haïti-Antilles, Haïti Sciences et Société (HaSci-So)
Équipe des Partenaires Scientifiques pour la Communication de la Recherche (E-PSi-CoRe) 
                                                                                                         
quetyaaubin25@gmail.com