©️ Odelyn Joseph
New-York, le 24 juin 2025.- Dans un rapport alarmant publié ce mardi, des experts de l’ONU tirent la sonnette d’alarme sur la situation en Haïti. Selon eux, les gangs armés, malgré un embargo sur les armes, continuent d’étendre leur emprise sur le pays avec une brutalité accrue. Leur puissance de feu s’est intensifiée, rendant les forces de sécurité impuissantes et laissant la population à la merci de violences extrêmes.
La violence des gangs en Haïti atteint un niveau sans précédent. C’est ce que révèle un rapport publié mardi par le groupe d’experts chargés de surveiller l’application des sanctions imposées par le Conseil de Sécurité des Nations Unies. Ces derniers s’inquiètent d’une brutalité croissante des bandes criminelles, qui multiplient les massacres, les enlèvements, les viols et les assassinats dans une impunité quasi totale.
« En l’absence de riposte efficace de la part du gouvernement, les gangs gardent les coudées franches pour mener des attaques en toute impunité et étendre leur contrôle territorial », déplore le rapport.
Le document souligne également que la puissance de feu des gangs s’est nettement renforcée au cours de la période allant d’octobre 2024 à février 2025. Ces groupes ont acquis des quantités croissantes de fusils-mitrailleurs, augmentant leur capacité létale face à des forces de l’ordre déjà affaiblies.
Et pourtant, depuis 2022, un embargo sur les armes à destination d’Haïti est en vigueur. Mais selon les experts, son application reste « très limitée », et il n’a eu « aucune incidence notable » sur les capacités opérationnelles des gangs. Les trafics d’armes en provenance des États-Unis continuent, auxquels s’ajoutent des détournements d’armes provenant de la police haïtienne et de la République dominicaine, facilités par des agents corrompus.
Face à cette montée en puissance des gangs, la Mission multinationale de soutien à la sécurité dirigée par le Kenya peine à inverser la tendance. Sous-financée et sous-équipée, elle n’a jusqu’ici permis « que très peu de progrès » dans le rétablissement de la sécurité publique, selon le rapport.
Dans ce contexte d’insécurité extrême, des groupes d’autodéfense ont vu le jour, multipliant les actes de violence, notamment des lynchages collectifs de présumés membres de gangs. Plus inquiétant encore, les experts dénoncent une collaboration croissante entre ces groupes et certains policiers, eux-mêmes accusés d’usage excessif de la force, voire d’exécutions extrajudiciaires.
Enfin, le rapport pointe un phénomène tout aussi préoccupant : le soutien actif que recevraient certains gangs de la part de figures du monde politique et sécuritaire, dans le but d’accroître leur pouvoir ou d’influencer les rapports de force au sein de l’État.
W.A.

























