Par Evens Emmanuel
Le 18 décembre 2025, l’Université Quisqueya (UniQ) accueillera une conférence en ligne animée par Jean-Joinville Vacher, diplomate et Directeur de recherche émérite de 1ère classe à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD). Celui-ci se propose d’explorer une question cruciale, à savoir comment la science peut transcender les frontières géopolitiques: ou plus simplement comment la diplomatie scientifique peut redéfinir les relations entre le Sud et le Nord.
Organisée par l’École doctorale « Société et Environnement » (EDSE), cette intervention débutera à 13h (heure haïtienne). Elle mettra en lumière un concept essentiel qui servira au pays d’instrument stratégique pour affronter les défis actuels, tels que le changement climatique et les inégalités technologiques. Monsieur Vacher, avec son expertise en agro écologie, bioclimatologie et diplomatie scientifique, soulignera comment cette approche peut favoriser des partenariats équitables entre pays du Sud et du Nord.
C’est quoi la diplomatie scientifique ?
La diplomatie scientifique regroupe les collaborations de recherche qui servent les relations internationales et s’appuie sur la science pour résoudre des problèmes communs là où la politique traditionnelle stagne. Autrement dit, elle désigne les échanges scientifiques et les collaborations transfrontalières qui servent des fonctions diplomatiques dans les relations internationales. Elle englobe des activités où les intérêts scientifiques, diplomatiques et sociétaux se chevauchent, impliquant États, organisations internationales et acteurs non étatiques. Contrairement à la diplomatie traditionnelle, elle s’appuie sur la coopération scientifique pour résoudre des problèmes communs, tout en pouvant accentuer ou atténuer les asymétries de pouvoir.
Historiquement, bien que le terme soit récent car il n’a été popularisé qu’au début du XXIe siècle, ses racines remontent aux grandes explorations coloniales et aux négociations post-Seconde Guerre mondiale, qui ont donné lieu à la création de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) en 1957 pour promouvoir une utilisation pacifique de l’énergie nucléaire. Pendant la Guerre froide, elle a permis des collaborations stratégiques, telles que les échanges sino-américains qui ont pavé la voie à la normalisation des relations en 1979
Aujourd’hui, le concept diplomatie scientifique, se décline en trois axes :
- La science dans la diplomatie : les avis scientifiques guident la politique étrangère.
- La diplomatie pour la science : les États facilitent la coopération technique internationale.
- La science pour la diplomatie : des projets de recherche communs améliorent les relations entre pays.
Un outil d’équité pour le Sud Global
Dans le contexte Sud-Nord, cette approche vise à corriger les inégalités. Les pays du Sud réclament désormais des partenariats plus justes. Les chercheurs du Sud ne veulent plus être des figurants, mais des acteurs clés des décisions.
Des initiatives comme le Foro CILAC de l’UNESCO en Amérique latine illustrent cette volonté. Elles alignent la recherche sur les Objectifs de développement durable (ODD) tout en renforçant les échanges entre les pays en développement.
La conférence de M. Vacher, co-coordonnée par l’axe 5 de l’Équipe de recherche sur les changements climatiques (ERC2), rappelle que la diplomatie scientifique n’est pas seulement un outil de soft power pour le Nord, mais un vecteur de solidarité et d’équité pour le Sud, favorisant la paix et la durabilité face aux menaces actuelles.
Enjeux pour Haïti et l’avenir
Au cours des 15 dernières années, la diplomatie scientifique a évolué face à des disruptions géopolitiques, avec une montée des acteurs non étatiques comme les entreprises technologiques, et une focalisation sur la sécurité de la recherche et les défis globaux comme l’IA et le climat. Pour les pays en développement comme Haïti, elle représente une opportunité de renforcer les capacités scientifiques nationales, comme le vise l’EDSE de l’UniQ en formant des docteurs pour irriguer l’enseignement supérieur et promouvoir une culture scientifique. Cependant, des défis majeurs persistent, tels que le sous-financement et les asymétries, rendant essentiel un dialogue inclusif
La conférence de Jean-Joinville Vacher rappellera que la science ne doit pas être un simple outil d’influence pour le Nord. Elle doit devenir un véritable vecteur de solidarité, de paix et de durabilité pour le Sud.
Sources
American Association for the Advancement of Science & Royal Society. (2025). Science diplomacy in an era of disruption. https://www.aaas.org/sites/default/files/2025-02/Final_Science%20diplomacy_15%20years%20on_report_WEB.pdf
Echeverría King, L. F. (2015, May 4). Science diplomacy: A view from the South. TWAS Newsletter. https://twas.org/article/science-diplomacy-view-south
Echeverría King, L. F., Pastrana, T., Aldama, R., Bonilla, K., Bolívar-Bernal, M. F., Echeverría, J. C., Hernández, E. P., & Selseleh, M. (2021). Science diplomacy in Latin America and the Caribbean: Current landscape, challenges, and future perspectives. Frontiers in Research Metrics and Analytics, 6, 670813. https://doi.org/10.3389/frma.2021.670813
Turekian, V. C., & Neureiter, N. P. (2012, March 9). Science diplomacy and twenty-first century statecraft. Science & Diplomacy. https://www.sciencediplomacy.org/perspective/2012/science-diplomacy-and-twenty-first-century-statecraft
Wikipedia contributors. (2023). Science diplomacy. In Wikipedia, The Free Encyclopedia. https://en.wikipedia.org/wiki/Science_diplomacy
Evens Emmanuel, PhD HDR
ERC2-UniQ / LMI-CARIBACT
Pôle Haïti-Caraïbe Haïti Sciences et Société (HaSci-So)
Équipe des Partenaires Scientifiques pour la Communication de la Recherche (E-PSi-CoRe)
E-mail : evens.emmanuel@uniq.edu
























