À l’occasion du 223e anniversaire du drapeau haïtien, le ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, Vijonet DEMERO, a livré une allocution au Palais national autour de l’unité nationale, de l’éducation et de la refondation du système éducatif haïtien. Dans son intervention, le titulaire du MENFP a insisté sur le rôle stratégique de l’école et de l’université dans l’avenir du pays.
InfoNation vous propose l’intégralité de cette allocution.
Allocution de Monsieur Vijonet DEMERO
Ministre de l’Education nationale et de la Formation professionnelle (MENFP)
A l’occasion de la commémoration du 223e anniversaire du drapeau
Palais national, 18 mai 2026
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- Son Excellence Monsieur Alix Didier FILS-AIME, Premier Ministre de la République,
- Mesdames, Messieurs les membres du Gouvernement,
- Mesdames, Messieurs les membres du Corps diplomatique et consulaire,
Mesdames, Messieurs les Autorités scolaires, académiques et scientifiques, - Mesdames, Messieurs les membres du Conseil supérieur du Pouvoir judicaire
- Mesdames, Messieurs les membres de la Cour supérieur des Comptes et du Contentieux administratif,
- Chers étudiants, chers élèves et chers parents,
- Mesdames, Messieurs les représentants de la presse,
- Distingués invités, en vos rangs, titres et qualités,
- Peuple haïtien,
Je prends la parole aujourd’hui dans ce haut lieu de la République avec une profonde émotion et un sens aigu de nos responsabilités civiques et historiques. Célébrer le 18 mai au Palais National, c’est raviver la flamme d’un contrat social sacré, scellé il y a 223 ans à l’Arcahaie. C’est honorer l’acte fondateur par lequel nos ancêtres ont arraché le blanc du drapeau colonisateur pour unifier le bleu et le rouge, proclamant ainsi au monde notre droit inaliénable à la liberté, à l’égalité et à la dignité humaine. En déchirant le blanc, nos ancêtres ont refusé l’oppression. En versant leur sang (le rouge), ils ont conquis la liberté.
Pour comprendre la portée de ce bicolore, il nous faut plonger dans les conditions socio-historiques exceptionnelles qui ont donné naissance à notre Indépendance. Le drapeau de 1803 n’est pas le fruit du hasard. Il est l’aboutissement d’une convergence héroïque : le rassemblement des opprimés, l’alliance stratégique entre les forces du grand Nord et du grand Sud, et la volonté farouche de briser le système esclavagiste, ségrégationniste et colonial le plus féroce de l’époque. Ce drapeau symbolise l’unité face à la division de classes (esclaves, affranchis et colons), le triomphe de la liberté sur la barbarie. Il nous rappelle que notre souveraineté a été payée au prix du sang, du génie militaire et d’un esprit d’abnégation qui doit, aujourd’hui encore, inspirer nos actions publiques.
Cet héritage de l’esprit, nous le devons aussi à la double nature de cette célébration. Le 18 mai est la fête du Drapeau, mais elle est aussi, de manière indissociable, la Fête de l’Université au sens large du terme. Cette double symbolique est une construction historique majeure que nous devons à l’un des plus grands esprits de notre nation : Dantès Bellegarde. En 1920, alors que notre souveraineté était bafouée par l’occupation américaine, ce grand intellectuel et homme d’État, alors ministre de l’Instruction publique, a choisi d’unir institutionnellement le Drapeau et l’Université. Cent (100) ans après les premières initiatives de commémoration de 1820 sous la présidence de Jean-Pierre Boyer, le ministre Bellegarde a compris que la résistance à l’oppression et la reconquête de notre dignité ne se feraient pas seulement par les armes, mais par le savoir. Il a fait de l’Université le gardien du temple (drapeau) de notre souveraineté intellectuelle, civique et scientifique.
Aujourd’hui, en tant que ministre de l’Éducation nationale, je réaffirme cette conviction : « l’école et l’université sont les véritables bastions de la sécurité et de la refondation nationale ». Face aux crises multidimensionnelles qui secouent notre chère patrie commune, le ministère de l’éducation nationale ne recule pas. Nous matérialisons notre engagement par des réformes structurelles audacieuses telles que la reforme curriculaire avec des manuels scolaires répondant aux normes de la Francophonie scientifique, le déploiement d’infrastructures énergétiques dans nos écoles.
Le ministère de l’éducation nationale place désormais la transformation numérique au cœur de sa stratégie suivant trois (3) phases : l’accès à la technologie, l’utilisation du numérique et le développement des compétences numériques des cadres du ministère, des enseignants, des élèves et des étudiants. Plus encore, conscients des traumatismes subis par nos élèves, nos enseignants et nos étudiants, nous ferons de la santé mentale et du soutien psychosocial une priorité absolue au sein des écoles. Cet accompagnement humain est indissociable de notre nouveau curriculum, qui intègre de manière obligatoire l’éducation citoyenne pour raviver le civisme, ainsi que l’éducation financière pour doter nos futurs cadres des compétences économiques et financières indispensables à leur autonomie.
Cependant, aucune réforme curriculaire ne pourra réussir sans le moteur essentiel du changement : l’éveil d’une véritable conscience nationale. Pour débloquer notre pays et sortir de l’impasse socio-historique actuelle, nous devons impérativement opérer une révolution (renouvellement, recadrage, reformatage, reset) des esprits et une refondation en profondeur de notre système éducatif. L’école haïtienne ne doit plus se contenter à délivrer des diplômes ; elle doit forger l’âme et l’esprit du citoyen, inculquer le sens du bien commun et restaurer l’éthique républicaine.
Pour donner suite aux dernières Assises Nationales sur la refondation du système éducatif haïtien, j’en appelle solennellement à la responsabilité collective :
- J’invite les Syndicats d’enseignants à maintenir le dialogue social constructif afin de progresser vers la revalorisation de la fonction enseignante et l’harmonisation des salaires ;
- J’invite les Maisons d’édition à s’aligner de manière rigoureuse sur les nouveaux curricula pour fournir des outils pédagogiques adaptés aux réalités du 21e siècle ;
- J’invite les Parents et les enseignants, gardiens au quotidien du destin de nos enfants, à faire de la salle de classe et de la communauté des sanctuaires de discipline, d’équilibre émotionnel et d’abnégation ;
- J’invite nos Partenaires techniques et financiers à coordonner et intensifier leur appui budgétaire et matériel autour de nos plans stratégiques nationaux, notamment pour le déploiement technologique et sanitaire ;
- J’invite l’Université, et j’insiste sur ce point, à s’investir de manière intentionnelle et stratégique dans la formation et la reproduction d’élites dignes, intègres et visionnaires en Haïti. Nos institutions d’enseignement supérieur doivent assumer la lourde tâche de produire la pensée critique, l’innovation scientifique et les cadres techniques capables de piloter notre relance économique, de stabiliser nos institutions démocratiques et de renouveler le leadership national.
- Enfin, j’exhorte les Collègues membres du gouvernement, à accorder une priorité à l’éducation en accordant une part substantielle du budget national permettant la nomination des éducateurs en salle de classe et un meilleur traitement de ces derniers. Ceci est possible à travers une gestion saine de l’Etat et s’assurer que chaque dépense donne le résultat souhaité.
C’est précisément ce renouveau du leadership qui doit nous conduire vers l’échéance historique qui nous attend. Le respect du bicolore et des lois de la République exige le retour incontournable à la normalité institutionnelle.
Nous ne pouvons pas concevoir l’indépendance socio-politico-économique durable sans une éducation de qualité supérieure, accessible à tous, et une formation professionnelle modernisée. L’Université haïtienne doit cesser d’être un simple conservatoire du passé pour devenir le laboratoire de notre avenir.
Chers compatriotes, chers étudiants et enseignants,
Notre drapeau nous parle de rupture avec le mal (le blanc rejeté), de sacrifice (le rouge), de protection divine (le bleu), et de réconciliation (la couture). Si le geste de Dessalines et de Catherine Flon était politique, il porte en lui des échos spirituels profonds. Catherine Flon a pris le bleu et le rouge, deux éléments distincts (représentant les noirs et les mulâtres), et les a unis pour ne faire qu’un seul peuple. Nous devons regarder notre drapeau non pas seulement comme une étoffe, mais comme un rappel de notre responsabilité citoyenne envers notre nation. Célébrer le 223e anniversaire, ce n’est pas seulement regarder le passé. C’est s’engager aujourd’hui.
Que ce 223e anniversaire ne soit pas une simple commémoration nostalgique. Qu’il soit un appel pressant à l’unité nationale, à la cohésion gouvernementale et à la responsabilité citoyenne. À l’image de nos ancêtres qui ont su transcender leurs différences pour créer ce bicolore, unissons nos forces, nos intelligences et nos volontés pour reconstruire notre chère Haïti.
Vive l’École Haïtienne !
Vive l’Université Haïtienne !
Honneur et respect au bicolore national !
Que Dieu bénisse Haïti.
Je vous remercie.
Vijonet DEMERO
Ministre
























