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DISCOURS D’OUVERTURE Dev Expo 2026

Patrick Attié

À l’occasion de DevExpo 2026, tenu le 6 juin au Karibe Convention Center, le cofondateur et directeur général de l’École Supérieure d’Infotronique d’Haïti (ESIH), Patrick Attié, a livré un discours remarqué sur les enjeux de l’intelligence artificielle pour l’avenir économique d’Haïti. Sous le thème « IA et économie haïtienne : assez parlé, passons à l’action ! », il a plaidé pour une mobilisation nationale autour de l’innovation, de la recherche scientifique et de la souveraineté numérique. InfoNation publie ci-dessous l’intégralité de cette intervention, qui se veut à la fois un état des lieux, un appel à l’action et une réflexion sur la place qu’Haïti peut occuper dans la révolution technologique en cours.

Karibe Convention Center | Port-au-Prince, Haïti | 6 juin 2026
“IA et Economie Haïtienne : Assez parlé, passons à l’action !”

OUVERTURE – LE CHOC DE L’EVEIL

Le 30 novembre 2022 ! Une bizarrerie technologique appelée ChatGPT est mise en ligne sur
Internet. Sans publicité ! Sans campagne marketing ! Sans conférence de presse !
Sept jours plus tard, elle comptait un million d’utilisateurs. Deux mois plus tard, cent millions.
Aucun produit dans toute l’histoire de la tech n’avait jamais atteint cette vitesse d’adoption.
Jamais.
Ce jour-là, quelque chose a changé. Non pas dans la technologie mais plutôt dans le rapport de
l’humanité à l’intelligence elle-même. Pour la première fois, et malgré les limitations
initiales de cet outil, j’ai eu l’impression que l’homme venait de créer une entité démontrant une
certaine « intelligence » ! A ce titre, il y a quelques mois seulement, une IA célèbre a littéralement
refusé de s’éteindre lorsque les ingénieurs qui l’ont créé le lui ont demandé.
J’ai suivi cet événement avec énormément d’attention. Et j’ai compris, très rapidement, que ce
n’était pas le début d’une nouvelle application. C’était le début d’une nouvelle ère. Une rupture.
Irréversible. Et je vous assure que je n’affirme pas ceci pour vous impressionner ! Je sais qu’il en
faudrait beaucoup plus !
Excellences, Mesdames et Messieurs les Représentants de l’Etat, chers Entrepreneurs, chers
Professionnels, chers Enseignants, chers Dirigeants d’Universités, Lycées et Collèges, chers
Etudiants et chers Lycéens :
(A mon tour, moi aussi de vous souhaiter la plus chaleureuse) Bienvenue à
DevExpo 2026 !!!

PARTIE I – LE MONDE A CHANGE. VRAIMENT.

Le marché mondial de l’IA, dont la valeur est projetée à 4 800 milliards de dollars d’ici 2033,
remodèle les économies du monde entier –  et la Caraïbe ne fait pas exception. La région Amérique
Latine et Caraïbe représente à elle seule une opportunité estimée à plus de 75 milliards de
dollars en conseil, formation et mise en œuvre de l’IA d’ici 2030, tandis que plus de 30% des
emplois de la région sont exposés à l’IA générative. Même la petite île d’Anguilla génère des
millions chaque année simplement en concédant sous licence son domaine .ai – preuve que les
territoires caribéens peuvent se tailler des niches inattendues dans l’économie mondiale de l’IA.
La Caraïbe en général et Haïti en particulier restent cependant quasi absentes de cette révolution.
Le marché de l’IA dans la Caraïbe est, quant à lui, projeté à un peu moins d’un milliard de dollars
d’ici 2030 avec une croissance annuelle de plus de 28% entre 2026 et 2030. La région LAC ne
capte pourtant qu’un peu plus de 1% des investissements mondiaux en IA pendant que
l’accès à l’intelligence se démocratise dans le monde !

Elon Musk l’a formulé avec la précision froide qui caractérise les vrais visionnaires :
l’intelligence va devenir une commodité. Comme l’électricité. Aujourd’hui, vous n’avez
pas besoin de comprendre la physique des électrons pour allumer une ampoule. Bientôt, mobiliser une expertise de niveau doctoral coûtera quelques dollars seulement. Ce n’est plus de la science-
fiction. C’est ce qui se passe, maintenant, pendant que nous parlons.
Le Stanford AI Report 2025 a révélé quelque chose de profondément paradoxal : les Etats-Unis
produisent la quasi-totalité des outils d’IA utilisés par la planète entière, mais ne figurent pas
en tête des classements d’adoption par le grand public et les entreprises. Les nations qui
adoptent le plus vite ne sont donc pas celles qui inventent. Ce paradoxe contient une
leçon stratégique majeure pour nous en Haïti !

Pourquoi cependant les Américains dominent-ils la production mondiale d’IA ? Parce qu’ils ont
fait un choix culturel et règlementaire délibéré : le minimum de règles, la priorité absolue
à l’innovation et à la création de richesse. L’Europe a fait le choix inverse – tout
règlementer, protéger d’abord, innover ensuite. Le résultat est sans appel : la grande
majorité des modèles d’IA que nous utilisons aujourd’hui sont américains. Ce n’est ni un
accident ni de la chance. C’est une politique. Un choix stratégique.
Quant aux logiciels que nous utilisons aujourd’hui, ils pourraient être condamnés à devenir
obsolètes en étant remplacés par une IA unique. Ainsi des entreprises comme Microsoft voient
leur modèle directement attaqué par une nouvelle génération d’acteurs. Parmi eux, Terafab,
le projet titanesque d’Elon Musk visant à construire la plus grande usine de puces pour l’IA au
monde, avec un investissement initial prévu d’au moins 55 milliards de dollars incarne cette
rupture radicale.

Il y a aussi les agents IA – des systèmes autonomes qui planifient, raisonnent et orchestrent
d’autres agents pour accomplir des tâches d’une complexité croissante –  et qui ont déjà prouvé
leur capacité à gagner de l’argent dans des compétitions inter-modèles IA d’investissement
boursier en temps réel. Jensen Huang, le CEO de Nvidia vient récemment de le confirmer : « L’ère
des agents IA est arrivée ! ».

Et puis il y a le Q-Day. Ce moment, estimé par certains experts a moins de trois ans, à partir
duquel les ordinateurs quantiques seront capables de casser l’intégralité des systèmes de
chiffrement actuels. Tous les mots de passe. Toutes les transactions bancaires. Toutes les
communications sécurisées. Le système financier mondial devra être rebâti avant ce jour. Ou il
s’effondrera après.
Il y a enfin Mythos –  le dernier modèle d’Anthropic, non encore accessible au public –  qui vient
de démontrer une capacité inédite : découvrir des failles de cyber sécurité sur des
systèmes hyper protégés que les meilleurs experts humains n’avaient jusque-là
jamais détectés. L’IA ne se contente plus d’exécuter des instructions. Elle découvre. Elle invente
des vecteurs d’attaque que personne n’avait imaginés. La cyber sécurité vient d’entrer dans une
dimension radicalement nouvelle – et notre système financier, en Haïti, n’est pas
imperméable à cette réalité.

Même les techniques d’apprentissage des IA évoluent rapidement : comme un élève qui apprend
en lisant des livres, ces IA se nourrissent des textes, images et données produits par les humains
mais ce stock a une limite et finit par s’épuiser. C’est pourquoi l’apprentissage par renforcement
change la donne : tel un enfant qui touche une flamme et comprend aussitôt que c’est chaud, l’IA
commence désormais à apprendre par essais et erreurs, s’améliorant seule et en continu, sans
dépendre de nouvelles données humaines. Pourtant, malgré ces avancées, l’écart avec le cerveau
humain reste vertigineux : là où les meilleurs modèles d’IA simulent quelques trillions de
connexions neuronales artificielles, le cerveau humain, quant à lui, possède plus de cent trillions
de connexions neuronales biologiques, nous rappelant que l’IA a encore devant elle un boulevard
gigantesque d’évolution.

Le monde a changé. Vraiment. Profondément. Et ce que nous vivons n’est que le
commencement. Déjà, 81 % des chercheurs utilisent des outils d’IA dans leurs travaux
scientifiques. C’est pour eux une question de compétitivité de leurs labos, cette compétitivité ayant
elle-même un impact direct sur les financements reçus par les labos.
D’après certains, l’IA est peut-être la dernière innovation de l’humanité, cette
humanité qui est en train de s’arroger les prérogatives jusque-là réservées à Dieu :
créer un être intelligent à son image. Dieu a mis des millions d’années pour y
arriver, l’humanité a commencé il y a seulement quelques décennies.

PARTIE II – ET HAITI, DANS TOUT CELA ?

Je veux d’abord dire quelque chose que je pense avec conviction.
Ceux qui opèrent encore aujourd’hui sur ce territoire — entrepreneurs, enseignants, médecins,
ingénieurs, fonctionnaires, policiers, militaires, lycéens, étudiants, dirigeants politiques, haïtiens
ou non haïtiens, doivent être considérés comme des héros. Dans un contexte que nous
connaissons tous, continuer à essayer de créer de la valeur, à former, à maintenir debout une
institution/entreprise/organisation ou une même société tout entière, est un acte de résistance et
de courage quotidiens. Ils/elles méritent le respect de tous. Sans exception. Sans nuance.
Mais la lucidité nous oblige à nommer ce que nous constatons : une paralysie décisionnelle
qui s’est installée depuis plusieurs années dans la plupart des sphères de gouvernance. Les
décisions les plus simples, les moins controversées, celles qui n’exigent que peu de courage
politique, tardent très souvent. Ce silence décisionnel a un coût. Et ce coût se mesure en
opportunités manquées à l’échelle d’une génération tout entière.

L’intelligence artificielle n’est pas un dossier informatique. C’est un dossier économique,
politique, culturel et social. Je ne suis compétent dans aucun de ces domaines, et pourtant, on me
demande de m’adresser à vous ! Trop de gouvernements de la Caraïbe – malgré les nombreux
évènements, colloques, rapports et initiatives isolées –  ne prennent pas encore la mesure réelle
de cette disruption.
Un artisan de Jacmel, par exemple, peut aujourd’hui, avec un téléphone et les bons outils IA, avec
comme seule compétence sa maitrise de la langue Créole, accéder simultanément à un expert IA
en design international, en marketing, en gestion de trésorerie et en rédaction de contrats, en
quelques secondes. Un agriculteur peut obtenir un diagnostic, en créole, d’un manguier, à partir
d’une simple photo du manguier prise avec son smartphone (cette application existe et a été créée
par une jeune étudiante haïtienne). Un entrepreneur peut générer un business plan solide et un
« pitch-deck » professionnel en quelques minutes. Aux États-Unis, des citoyens n’ayant pas les
moyens de se payer un bon avocat commencent même à monter leur dossier juridique et à gagner
des procès grâce à l’IA.

L’IA ne remplace pas le professionnel (du moins pas pour le moment) – elle l’augmente, elle
l’accélère, elle démocratise l’accès à l’excellence.
L’IA accompagne aussi le créateur, de la production à la commercialisation.
Mais elle exige que l’humain reste toujours dans la boucle –  le fameux « Human In The
Loop ». L’IA propose, l’humain dispose. L’IA calcule, l’humain juge. L’IA raisonne, l’humain
vérifie et valide. Cette complémentarité est aujourd’hui une condition éthique fondamentale, et la
garantie que cette transformation reste acceptée socialement. Si le numérique avait déjà déplacé
l’exercice intellectuel vers les plateformes et les données, l’IA, quant à elle, le déplace plus loin encore, vers le jugement, l’éthique, l’authenticité et la supervision humaine. Dans un contexte
marqué par une profusion d’informations souvent changeantes, l’aptitude essentielle consiste à
savoir sélectionner les données pertinentes, les comprendre correctement et construire un
raisonnement solide.

Nous devons aussi être conscients que ceux qui possèdent nos données contrôlent la perception
que les citoyens et le monde extérieur ont de nous (manipulation de l’opinion, désinformation,
surveillance, biais algorithmiques et concentration du pouvoir technologique). C’est pourquoi une
gouvernance claire de l’IA devient indispensable. C’est un enjeu de pouvoir de premier ordre.
Sans gouvernance et infrastructure de données souveraine, nous deviendrons –
progressivement, silencieusement – un état vassal de l’IA. Consommateurs permanents.
Jamais producteurs. Jamais décideurs.
Les pays comme le Brésil, le Chili ou la République Dominicaine ont compris une chose essentielle
: l’IA n’est pas seulement une innovation privée. C’est une politique publique. « Ils ont investi
dans la gouvernance numérique, les universités, les infrastructures et les stratégies nationales
», La République Dominicaine l’a compris. Elle dispose déjà d’une feuille de route nationale
sur l’IA, en cours de mise en œuvre. Nos voisins ont décidé.

Sans stratégie IA nationale, Haïti s’enferme dans un cercle vicieux : dépendante de technologies
étrangères, elle perd ses talents, rate de nombreux financements internationaux,
aggrave ses inégalités internes –  et finit invisible dans les instances où se décide pourtant
son avenir numérique. L’inaction n’est pas une pause. C’est un choix irréversible.

PARTIE III –  CE QUE NOUS AVONS DEJA COMMENCE

Permettez-moi d’ajouter quelque chose que beaucoup ignorent encore.
La Caraïbe, dans son ensemble, n’est pas encore si avancée en matière d’intelligence artificielle.
Ce n’est pas une consolation, mais plutôt un fait stratégique de première importance. Et ce
fait signifie qu’Haïti n’est pas en retard. Pas aujourd’hui. Pas encore.
D’autant plus que depuis près de quatre ans, des équipes haïtiennes forment des professionnels
haïtiens, africains et français à l’IA. Depuis près de dix-huit mois, ces mêmes équipes développent
des solutions IA opérationnelles, pour des clients haïtiens et étrangers. Haïti vend déjà de
l’intelligence artificielle à l’international. A ma connaissance, aucun autre pays de la
Caraïbe ne peut en dire autant à ce jour. Nous sommes un peu, je sais, c’est prétentieux, les Gaulois
d’Astérix aujourd’hui en IA.

Vous –  les étudiants, les lycéens présents ici –  vous n’avez pas besoin de quitter votre patrie pour
être à la frontière de cette révolution. La frontière est ici. Et elle est accessible.
Je ne voudrais pas non plus oublier de vous parler de quelques compétences que nous devons
cultiver collectivement. Parmi elles, la capacité d’abstraction, c’est-à-dire le fait de voir
derrière un fait concret et banal une idée générale. A l’instar d’Isaac Newton qui demande
pourquoi la pomme tombe au lieu de monter vers le ciel ou d’un entrepreneur qui voit une
opportunité là ou d’autres voient du chaos. D’autres compétences intellectuelles de base sont
nécessaires telles que l’esprit critique et la rigueur logique, acquises la plupart du temps par
les mathématiques ou la lecture, deux disciplines détestées aujourd’hui par un trop grand
nombre d’étudiants et craintes encore par un trop grand nombre d’étudiantes. Ces compétences
intellectuelles sont aujourd’hui encore difficilement remplaçables par l’IA. Elles sont pourtant la
condition pour la maitriser vraiment. Pas seulement pour la consommer intelligemment, mais
aussi et surtout pour la produire. Les compétences intellectuelles valorisables par l’humain sont
en train de passer de la simple exécution à la validation : l’IA exécute et l’humain valide !

Parlons un peu de la recherche. Un exemple intéressant : Israël. Ce pays compte
huit mille chercheurs actifs pour 1 million d’habitants. Haïti en compte moins de 5
pour 1 million d’habitants.
Cette asymétrie, qui semblait insurmontable, pourra bientôt être
partiellement compensée. En effet, l’incarnation, c’est-à-dire l’IA incarnée dans des robots
pourrait aider Haïti à réduire son déficit massif de chercheurs. En peuplant ses laboratoires
d’assistants scientifiques disponibles, polyvalents et peu coûteux, le pays pourrait accélérer sa
recherche, à condition d’en faire un choix stratégique national. Selon OpenAI, ses modèles sont
passés de 39 % à 93 % de réussite sur des tests de niveau doctoral en deux ans, un chiffre à prendre
avec prudence, mais qui donne une idée de la vitesse d’amélioration de ces IAs. En vingt-quatre
mois, l’IA a frôlé le niveau Nobel et bousculé les certitudes des mathématiciens.

AlphaFold2 a prédit la structure des 200 millions de protéines connues, exploit couronné par le
Prix Nobel de chimie 2024 ; AlphaFold3 a ensuite étendu ce pouvoir aux interactions entre
protéines, ADN et petites molécules, avec des gains supérieurs à 50% sur les méthodes
antérieures. Sur le front mathématique, AlphaProof a résolu quatre des six problèmes de
l’Olympiade internationale de mathématiques 2024 en moins de 72 heures, dont un problème de
théorie des nombres que les jurés considéraient parmi les plus difficiles de la décennie. La
trajectoire ne prête plus à débat : médaille d’argent aux Olympiades en 2024, médaille d’or en
2025. La science entre dans une ère nouvelle, une ère qui nous est tout à fait accessible.
Il y a enfin une urgence culturelle que je veux nommer clairement : la langue. Le créole haïtien,
parlé par plus de 13 millions d’individus, doit être massivement intégré aux données utilisées par
l’IA mondiale. Produire ces contenus est un acte de résistance permettant de préserver l’identité
haïtienne dans la mémoire numérique. Ceci peut se faire de manière accélérée avec l’appui des
dirigeants, universités, entreprises et partenaires internationaux et, bien sûr, de l’IA.

PARTIE IV –  CE QUI DOIT ETRE DECIDE MAINTENANT

A nos responsables politiques, je propose d’intégrer dans vos politiques plus globales les 5
éléments de décision suivants :
ELEMENT # 1 : L’IA en Haïti progressera surtout grâce à la commande publique. En exigeant
des solutions IA dans les marchés publics –  santé, agriculture, éducation, justice, infrastructures,
environnement – l’État peut déclencher un écosystème local d’innovation, comme les États-Unis
l’ont fait avec la DARPA, la NASA et leur budget de défense. La commande publique est le
levier le plus puissant dont dispose un Etat pour structurer un écosystème
technologique national. Nous avons ce levier. Il est malheureusement aujourd’hui très
largement sous-utilisé.

ELEMENT # 2 : Haïti doit se doter d’une feuille de route IA nationale – opérationnelle,
financée et portée au plus haut niveau de l’État. L’initiative ProAI (BANJ + BID + ISOC Haïti)
trace une direction sérieuse pour une feuille de route nationale, dont la publication est prévue au
cours de l’année 2026. L’IHSI et la BRH collaborent déjà pour moderniser les services publics via
l’IA. Lors du Sommet Ayiti AI 2025, le Gouverneur de la BRH, avait appelé à un cadre national de
gouvernance et à un fonds national pour l’IA, soulignant que l’IA doit servir un véritable projet de
société. Un an après, les dirigeants politiques doivent se décider à concrétiser ces annonces.

ELEMENT # 3 : Haïti doit faire de la recherche scientifique une priorité stratégique nationale.
Dans la continuité des initiatives déjà soutenues par la BRH, comme la bourse Anténor Firmin ou
le Fonds pour la Recherche et le Développement, les initiatives de l’Agence Universitaire de la
Francophonie ou UF, il devient nécessaire de mettre en place un mécanisme de financement plus
ambitieux, durable et mieux structuré, appuyé par un modèle économique solide. L’objectif
pourrait être, à titre de proposition, de former et de mobiliser 200 chercheurs dans des
domaines scientifiques clés au cours des cinq prochaines années, tout en surveillant attentivement
les avancées relatives aux robots humanoïdes afin d’envisager leur intégration progressive dans
nos laboratoires de recherche. Dans cette perspective, les compétences humaines et les
technologies robotiques ne s’opposent pas : elles se complètent. Parallèlement, Haïti doit
cofinancer la formation d’une masse critique plus importante d’ingénieurs dans les
secteurs stratégiques, car ces compétences sont aujourd’hui indispensables à la reconstruction du
pays. Sans un nombre suffisant d’ingénieurs, Haïti risque de rester dépendante de solutions
importées, conçues selon des logiques, des langues et des références culturelles qui ne
correspondent pas toujours à ses propres besoins.

ELEMENT # 4 : Haïti doit se doter d’une infrastructure de données souveraine. Nos données
ne peuvent pas être exclusivement stockées et traitées ailleurs.

ELEMENT # 5 : Adopter une culture de régulation (culture américaine ou culture
européenne ?) et l’adapter au terrain haïtien, surtout ne pas réinventer la roue !
Il ne s’agit plus seulement de parler d’IA, mais d’en faire de plus en plus. Et surtout,
de plus en plus vite !

CONCLUSION –  1804 NUMERIQUE

En 1804, Haïti a accompli quelque chose que le monde entier considérait comme impossible. Non
pas parce qu’elle avait plus de ressources que ses adversaires. Bien au contraire ! Non pas parce
qu’elle avait de meilleures armes. Bien au contraire !
Mais parce qu’elle avait une vision !
Parce que des hommes et des femmes ont refusé de laisser d’autres définir leur avenir à
leur place. Ils n’ont pas attendu que l’Empire leur donne la permission de penser. Ils ont pensé.
Ils ont organisé. Ils ont agi. Et ils ont changé le cours de l’histoire humaine.
Nous sommes aujourd’hui, je le crois, a un moment comparable dans son ampleur historique. Pas
une révolution armée. Mais une révolution de souveraineté numérique. Une révolution
cognitive. Une révolution économique. Et comme en 1804, personne ne viendra nous la
servir sur un plateau. Ni Washington. Ni Bruxelles. Ni Paris. Ni Pékin. Ni Montréal. Nous devons
la prendre – avec nos cerveaux, avec nos données, avec nos choix politiques, avec notre audace
collective.

Aux jeunes qui sont dans cette salle, j’ai encore un message important pour vous : vous n’êtes pas
les spectateurs de cette révolution. Vous en êtes les architectes. Votre génération est la première
de l’histoire haïtienne à pouvoir être en compétition à armes presque égales avec n’importe quelle
équipe au monde – avec un téléphone, un ordinateur, une connexion, et surtout la volonté de
maitriser ces outils en profondeur. Commencez le plus rapidement possible ! Si vous ne
faites rien, vous ne serez pas plus excusables que vos ainés !

Aux décideurs présents dans cette salle : l’histoire n’attend pas. Elle enregistre. Ceux qui auront
eu le courage d’agir à ce moment précis seront du bon côté de ce qu’elle écrira. Ignorer l’IA
aujourd’hui, ce n’est pas seulement rater une révolution technologique. C’est abandonner une
partie du pouvoir politique à ceux qui la maîtrisent déjà. Ceci a été mentionné par le Pape Léon
XIV en mai 2026, lui-même conseillé par l’un des fondateurs d’Anthropic, le créateur de Claude, dans son encyclique « Magnifica Humanitas » : selon cette encyclique, L’IA amplifie les
déséquilibres existants et concentre le pouvoir entre quelques acteurs qui orientent l’information
et par conséquent les démocraties.

Haïti n’a jamais attendu la permission pour être une Haïti libre.
Il n’y a absolument aucune raison pour qu’elle attende la permission pour devenir
une « Haïti Intelligente ».
Alors, la question que je nous pose, à nous tous et à nous toutes : « Voulons-nous
continuer à être une mouche au sein de cette méga-toile mondiale, où bien allons-
nous travailler pour y devenir une araignée ? »

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