Il incarne une figure singulière dans le paysage politique haïtien. Discret mais influent, cultivé mais pragmatique, Smith Augustin s’impose aujourd’hui comme l’un des piliers du Conseil présidentiel de transition. Ce rôle central, forgé par une carrière diplomatique solide et un engagement sans compromis, lui vaut désormais autant d’admirateurs que de détracteurs. Portrait d’un homme que certains considèrent comme un dernier rempart au chaos, d’autres comme une menace à abattre.
Né à Carrefour mais fort d’une longue expérience de vie à Ouanaminthe, tout près de la frontière dominicaine qu’il finira par surveiller en tant qu’ambassadeur, Smith Augustin est avant tout un homme de savoir. Titulaire d’un doctorat en sociologie, d’un master en droit international des droits fondamentaux, et diplômé en philosophie et sciences sociales, il conjugue réflexion critique et connaissance approfondie des dynamiques sociales, politiques et géopolitiques de la région.
Sa formation académique, acquise entre l’Europe, le Canada et la République dominicaine, lui permet très tôt d’élargir sa vision au-delà des clivages traditionnels haïtiens. De 2009 à 2014, il œuvre comme officier des droits de l’homme à l’ONU, une expérience fondatrice qui le prépare aux complexités du dialogue diplomatique et de la gouvernance multilatérale.
Sa nomination comme ambassadeur d’Haïti en République dominicaine en 2020, sous la présidence de Jovenel Moïse, marque une étape décisive dans son parcours. Dans un contexte de relations tendues entre les deux pays, Smith Augustin adopte une ligne à la fois ferme et constructive. Il s’emploie à rétablir un canal de communication institutionnel, tout en défendant sans relâche les droits des migrants haïtiens.
Ses interventions dans les cercles diplomatiques régionaux, notamment au sein de l’OEA, lui permettent de positionner Haïti dans des discussions clés sur la sécurité, la migration, et les droits humains. Il est perçu comme un homme de dossier, capable de parler d’égal à égal avec les chancelleries régionales, sans jamais tomber dans la rhétorique creuse ou la posture démagogique.
Avec la mise en place du Conseil présidentiel de transition en avril 2024, Smith Augustin entre dans une nouvelle ère de responsabilité. Représentant du bloc “Les Engagés pour le développement/RED – Compromis historique”, il s’impose rapidement comme l’un des esprits structurants du CPT, dans un contexte national en pleine ébullition.
Tandis que certains membres du Conseil cherchent des équilibres de pouvoir ou des compromis partisans, Augustin reste concentré sur les questions fondamentales : sécurité, diplomatie, justice, gouvernance. Sa capacité à dialoguer avec les partenaires étrangers et les organisations internationales renforce sa position de relais incontournable dans la transition.
Mais cette montée en influence ne plaît pas à tout le monde. Depuis plusieurs mois, Smith Augustin est la cible d’attaques multiples : campagnes de presse, mises en cause judiciaires, incidents diplomatiques… Rien ne semble épargné à celui que l’on soupçonne, à mots couverts, de vouloir incarner une forme de renouveau politique.
L’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) a recommandé l’ouverture de poursuites à son encontre pour des faits liés à l’usage d’une carte de crédit octroyée de manière irrégulière par un ancien dirigeant de la Banque nationale de crédit. Bien qu’aucune mise en examen formelle n’ait été annoncée, l’affaire a suffi à entacher temporairement sa réputation.
Pourtant, en février 2025, la Cour d’appel de Port-au-Prince a annulé les poursuites engagées par le juge Benjamin Félismé contre Smith Augustin et deux de ses collègues Conseillers-Présidents dans le cadre de cette affaire. En effet, le verdict judiciaire a invalidé les mandats de comparution émis en décembre 2024 contre lui, en raison de leur statut présidentiel. Ainsi, la Cour a estimé que cette décision ne respecte pas la Constitution de 1987.
En parallèle, certains médias dominicains ont exhumé une ancienne polémique liée à son passage à l’ambassade : l’organisation présumée de soirées privées pour des journalistes dominicains, où auraient été présentes des travailleuses du sexe. Des accusations contestées, qui relèvent davantage du coup bas que de l’enquête sérieuse.
Début août 2025, un événement marque un tournant : Smith Augustin, dit-on, est interpellé et retenu pendant près de quatre heures par la police dominicaine à Santiago, après être entré sur le territoire sans coordination diplomatique préalable. L’incident, largement médiatisé en Haïti, alimente à la fois la tension bilatérale et les discours contre lui. Bizarrement, ni les autorités dominicaines ni les médias dominicains ne rapportent l’incident.
Un jour après le scandale médiatique, la présidence dénonce des rumeurs qui ne résistent pas à la véracité des faits. Stratagème d’une énième agitation politique, malgré des excuses diplomatiques en coulisses, pour tenter de l’humilier, de le neutraliser ou de le faire reculer.
Ce qui dérange chez Smith Augustin, ce n’est pas seulement son ambition ou son influence, c’est sa capacité à penser une autre Haïti : structurée, souveraine, articulée avec le reste du monde mais ancrée dans ses valeurs.
Dans un contexte où les figures traditionnelles du pouvoir tâtonnent ou se discréditent, Augustin représente une alternative sérieuse, crédible, exigeante. Il ne fait pas de bruit, ne sature pas les réseaux sociaux, mais travaille et cela suffit à en faire une cible.
Le cas de Smith Augustin rappelle une constante de la vie politique haïtienne : les profils intègres, cultivés, stratégiques et indépendants sont souvent perçus comme des menaces par les tenants du « système ». Mais en s’attaquant à lui, ses adversaires prouvent surtout qu’il pèse dans les équilibres, qu’il dérange, qu’il compte.
Reste à savoir si l’homme, fort de son parcours et de sa détermination, saura transformer cette adversité en levier politique. Ce qui est certain, c’est que l’histoire retiendra qu’il fut, à un moment critique, l’un des rares à porter une vision claire de l’État et à en payer le prix.
Isemelie Jean Baptiste



























