Accueil Micro Citoyen Sécurité en Haïti : promesses officielles, scepticisme populaire

Sécurité en Haïti : promesses officielles, scepticisme populaire

 

Port-au-Prince, 3 décembre 2025. – Alors que le pays demeure enlisé depuis des années dans une violence armée généralisée, marquée par l’expansion territoriale des gangs et l’effondrement des services essentiels, les autorités policières affirment intensifier leurs opérations. La Police nationale d’Haïti (PNH), appuyée par la Force de répression des gangs (FRG), annonce avoir repris plusieurs espaces stratégiques, saisi des armes de gros calibre et neutralisé des membres influents de groupes criminels.

Mais, dans la rubrique Micro Citoyen, la population accueille ces déclarations avec prudence, voire méfiance. Les promesses répétées d’un rétablissement du climat sécuritaire avant les prochaines élections peinent à convaincre.

Une confiance relative envers la PNH

Si certains saluent les efforts récents de l’institution policière, estimant que les opérations en cours témoignent d’une volonté de reprendre le contrôle du territoire, d’autres dénoncent un manque de volonté politique.
« La PNH est capable de résoudre le problème de sécurité, mais la politique reste un obstacle. Quand on parle de sécurité, on pense aux élections, aux élus, et à la fin de la transition… peut-être même à la fin d’une classe politique véreuse », analyse Frantz Pierre, étudiant en sciences politiques.

Des étudiants convaincus d’un blocage orchestré

À la Faculté des sciences humaines (FASCH), des étudiants en sociologie dressent un constat plus radical. Ils évoquent un « complot » impliquant la classe politique, certains acteurs internationaux et les dirigeants actuels.
« Il n’y a aucune volonté de résoudre l’insécurité. Ce qui se passe aujourd’hui fait partie de leur stratégie pour rester au pouvoir », affirme l’un d’eux.

Un échec largement reconnu

Le verdict dépasse le cadre universitaire. Leaders politiques, responsables communautaires et figures religieuses s’accordent sur un point : le Conseil présidentiel de transition (CPT) et le gouvernement n’ont pas répondu aux attentes.

Pour plusieurs leaders politiques, une nouvelle architecture transitoire inspirée de la Constitution, un exécutif bicéphale avec un président issu de la Cour de cassation et un Premier ministre de consensus, pourrait offrir une voie de sortie. Les leaders communautaires dénoncent, eux, une logique de « transition sans fin » qui maintient le pays dans l’incertitude.

Au sein du mouvement Aksyon Patriyotik (A.P), les critiques sont plus virulentes. Le groupe accuse la classe politique haïtienne de porter la responsabilité de l’effondrement institutionnel et de la corruption systémique. Il reproche également aux neuf conseillers présidentiels d’avoir utilisé les ressources publiques à des fins personnelles, au lieu de consolider les fondations de l’État.

Le pasteur Wilfrid Jean préconise une réduction du CPT à trois membres et la nomination d’un Premier ministre jugé moins conflictuel, ainsi qu’un technicien capable d’aborder de front la crise sécuritaire. Pour lui, la priorité reste claire : rétablir la sécurité avant toute initiative électorale.
« Nou pa ka kontinye nan jwèt politik retire pyew, ban m met pam », déclare-t-il, appelant à la prière pour que « le Seigneur touche le cœur des dirigeants ».

L’Artibonite sous pression

La situation sécuritaire demeure critique. Le 25 novembre 2025, une attaque menée par le gang Gran Grif à Petite-Rivière de l’Artibonite a fait au moins quatre morts, plusieurs blessés et de lourds dégâts matériels. Les localités de Descordes, Labé, Létan et Dezil ont été la cible d’assauts violents, plongeant la population dans la panique. Les autorités locales jugent la situation « insoutenable » et demandent une intervention urgente de l’État.

Des opérations en hausse, mais des questions en suspens

En parallèle, la PNH, avec l’appui de la Force de suppression des gangs (FSG), a intensifié ses opérations dans plusieurs zones sensibles, dont Port-au-Prince et l’Artibonite. L’objectif : neutraliser les groupes armés, désarmer leurs milices et démanteler leurs réseaux.

Cependant, les résultats restent insuffisants au regard de l’ampleur de la crise. Tandis que le gouvernement s’oriente vers des élections générales, des défis majeurs demeurent :
Que faire des zones encore contrôlées par les gangs ?
Les déplacés internes, souvent dépourvus de leurs pièces d’identité, pourront-ils exercer leurs droits civiques ?

Autant de questions qui alimentent le doute sur la capacité des autorités à garantir un processus électoral inclusif et sécurisé.

W. E.