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LADIREP : Quarante ans après Duvalier : repenser les partenariats et la démocratie haïtienne


 
Le rôle de la science dans la construction d’un avenir démocratique en Haïti
 
Par Evens Emmanuel
 
En ce mois de décembre 2025, le Laboratoire LAngagesDIscours REPrésentations (LADIREP) de l’Université d’État d’Haïti (UEH) organise son Assemblée Générale annuelle ainsi que deux ateliers scientifiques d’envergure. Cet événement incarne la volonté d’un laboratoire universitaire haïtien de participer activement au débat national sur l’avenir du pays. À l’heure où Haïti traverse une crise multidimensionnelle sans précédent, cette initiative pose une question fondamentale, à savoir quel est le rôle de la science et de la recherche académique   dans la reconstruction démocratique et le développement durable d’une nation ?
Deux thématiques structurent ces journées d’étude : d’une part, la question des partenariats pour le développement, et d’autre part, un bilan des quarante années qui ont suivi la chute de la dictature duvaliériste en 1986. Ces sujets, loin d’être purement académiques, touchent au cœur des défis contemporains d’Haïti et questionnent les conditions d’émergence d’un leadership éclairé par la pensée scientifique.
 
I. Le LADIREP : un laboratoire au service de la compréhension des dynamiques caribéennes
1.1. Une tradition d’excellence scientifique
Depuis sa création, le LADIREP s’est imposé comme un espace intellectuel de premier plan pour l’analyse des transformations sociales en Haïti et dans la Caraïbe. Sa force réside dans son approche pluridisciplinaire, réunissant des chercheurs issus de l’anthropologie sociale, de la philosophie, de l’histoire, de la linguistique et de la psychosociologie. Cette diversité disciplinaire permet au laboratoire de saisir la complexité des processus de construction sociale dans une région en profonde mutation.
En janvier 2015, le LADIREP a été évalué par une commission d’experts internationaux et a obtenu l’habilitation du Collège Doctoral d’Haïti pour accueillir des doctorants. Cette reconnaissance institutionnelle témoigne de la rigueur scientifique qui caractérise ses travaux. Comme le souligne l’Université d’État d’Haïti dans sa documentation officielle, le laboratoire ne se contente pas de produire des connaissances, il offre également
_« un espace de formation pour la nouvelle génération de chercheurs haïtiens et caribéens, assurant ainsi la transmission et le renouvellement des questionnements » * (UEH, 2025).

L’UEH, avec plus de 20 000 étudiants et 1 500 enseignants répartis dans le pays, demeure la plus grande institution d’enseignement supérieur et de recherche d’Haïti. Cependant, comme le souligne une analyse bibliométrique récente, la recherche scientifique en Haïti reste confrontée à des défis majeurs : absence d’une politique scientifique nationale cohérente, pénurie de ressources humaines qualifiées, sous-financement chronique et faible valorisation des résultats de recherche tant par le secteur public que par le privé.

1.2. Une culture de manifestations scientifiques
Le LADIREP se distingue par son engagement constant dans l’organisation de manifestations scientifiques de recherche. L’Assemblée Générale annuelle constitue bien plus qu’une simple formalité statutaire. C’est l’occasion de mobiliser la communauté scientifique haïtienne et internationale autour de questions pressantes. En associant étudiants, collègues non-membres du laboratoire, partenaires institutionnels et acteurs de la société civile, le LADIREP met en œuvre uneconception ouverte et collaborative de la production du savoir.
Cette année, le laboratoire a prévu d’associer à ses travaux les membres du Laboratoire de Recherche et d’Intervention en Développement (LARIDEV), également basé à la Faculté d’Ethnologie. Cette collaboration inter-laboratoires témoigne d’une volonté de mutualiser les compétences et de construire une masse critique de chercheurs capables de contribuer aux débats nationaux. Dans un contexte où la recherche scientifique haïtienne souffre d’une faible visibilité internationale – aucune université haïtienne n’apparaît dans les classements QS World University Ranking pour l’Amérique latine en 2023 – ces initiatives de collaboration apparaissent d’autant plus essentielles pour la revitalisation de la recherche universitaire en Haïti.
 
II. Les partenariats de développement à l’ère de l’effondrement étatique
2.1. Repenser la coopération Sud-Sud et Nord-Sud
Le premier atelier du LADIREP, réalisé le 29 décembre 2025, porte sur les partenariats de développement en Haïti. Cette thématique s’inscrit dans un contexte global où les modalités de la coopération internationale font l’objet de profondes mutations. Comme l’indique le Bureau des Nations Unies pour la coopération Sud-Sud, celle-ci représente
« un effort commun des peuples et des pays du Sud, né d’expériences et de sympathies partagées, basé sur leurs objectifs communs et leur solidarité, et guidé notamment par les principes de respect de la souveraineté nationale et de l’appropriation, sans aucune conditionnalité » (UNOSSC, 2025).

Pour Haïti, pays classé parmi les moins avancés et confronté à un effondrement étatique, la question des partenariats revêt une importance cruciale. Le LADIREP ambitionne de relancer son projet de livre sur cette thématique en remobilisant les données d’enquêtes de terrain effectuées il y a plus de deux ans. L’objectif est double : d’une part, recruter de nouvelles contributrices et de nouveaux contributeurs pour enrichir l’analyse ; d’autre part, susciter de nouvelles réflexions sur les enjeux du partenariat dans le contexte d’un État effondré.

La coopération triangulaire, qui implique des partenariats Sud-Sud soutenus par un pays développé ou une organisation multilatérale, offre des perspectives intéressantes pour Haïti. Le Fonds IBSA (Inde, Brésil, Afrique du Sud) a notamment soutenu en Haïti la construction de centres de santé communautaires, démontrant que des solutions contextualisées et portées par des pays du Sud peuvent produire des résultats concrets. Comme le rappelle un rapport récent des Nations Unies sur la coopération Sud-Sud,
« la solidarité entre pays en développement offre non seulement un chemin pratique mais aussi une approche fondée sur des principes pour faire progresser le progrès social là où il est le plus urgent » (DESA, 2025).

2.2. Les défis de la reconstruction du partenariat

L’atelier du LADIREP pose une question audacieuse : comment envisager la reconstruction du partenariat à l’ère de la montée des extrêmes-droites dans le monde ? Cette interrogation n’est pas anodine. Les principes qui ont guidé la coopération internationale depuis la fin de la Guerre froide – multilatéralisme, solidarité internationale, respect des droits humains – sont aujourd’hui remis en question par des mouvements nationalistes et isolationnistes dans plusieurs pays développés.
Pour Haïti, qui dépend fortement de l’aide internationale, ces évolutions géopolitiques constituent une menace mais aussi, potentiellement, une opportunité. L’Union européenne, par exemple, maintient son engagement stratégique en Haïti avec une approche Team Europe qui mobilise la France, l’Espagne et l’Allemagne autour de projets d’éducation technique et professionnelle. Le Programme de Développement des Nations Unies (PNUD) a également établi un cadre de coopération 2023-2027 pour Haïti qui privilégie le renforcement institutionnel, la bonne gouvernance et un modèle économique inclusif.

Cependant, comme le souligne le Groupe consultatif ad hoc du Conseil économique et social des Nations Unies sur Haïti, la cohérence et la durabilité du soutien international demeurent problématiques. Les interventions sont souvent fragmentées, sous-coordonnées, et insuffisamment alignées sur les priorités nationales de développement à long terme. L’effondrement institutionnel actuel d’Haïti, marqué par l’absence de parlement élu depuis 2023 et une crise sécuritaire majeure, rend encore plus difficile la mise en œuvre de partenariats efficaces.
 
III. Quarante ans après Duvalier : bilan et perspectives démocratiques
3.1. La chute d’un régime et les espoirs déçus
Le 7 février 1986 marque un tournant décisif dans l’histoire d’Haïti. Après 29 années de règne autoritaire de la dynastie Duvalier – François « Papa Doc » (1957-1971) et Jean-Claude « Baby Doc » (1971-1986) –, celui-ci s’envole pour la France à bord d’un avion fourni par les États-Unis. Ce départ faitsuite à des mois de protestations populaires qui ont éclaté en octobre 1985, d’abord dans la ville de Gonaïves, puis se sont propagées à travers tout le pays.

Le régime duvaliériste avait transformé Haïti en une dictature héréditaire totalitaire caractérisée par une répression féroce. François Duvalier s’était proclamé « président à vie » en 1964, changeant même les couleurs du drapeau national du rouge et bleu au rouge et noir. Il avait établi une milice paramilitaire pour protéger son pouvoir, les Volontaires de la Sécurité Nationale (VSN), plus connus sous le nom de « Tontons Macoutes », qui ont terrorisé la population pendant près de trois décennies. .
Comme le note un historien dans The Guardian,
« les manifestants de 1985-1986 ont été galvanisés par la visite du Pape Jean-Paul II en mars 1983, qui avait déclaré que quelque chose devait changer en Haïti » (Chamberlain, 1986).

La mobilisation populaire, soutenue par l’Église catholique et les radios indépendantes, a finalement contraint le dictateur à l’exil suite aux pressions de l’administration Reagan  pour son départ.

3.2. Une transition démocratique avortée
Avant de quitter le pays, Jean-Claude Duvalier a mis en place un Conseil National de Gouvernement (CNG) dirigé par le général Henri Namphy, composé de militaires et de civils. Ce conseil devait assurer la transition vers la démocratie, mais il s’est rapidement transformé en un nouveau régime autoritaire. Le CNG a officiellement dissous les VSN quelques jours après le départ de Duvalier, mais n’a pas pris les mesures nécessaires pour désarmer effectivement ces miliciens, beaucoup d’entre eux s’intégrant dans les cercles militaires.
Entre 1986 et 1990, cinq régimes différents se sont succédé au pouvoir : le CNG dirigé par Namphy (1986-1988), le gouvernement civil de Leslie Manigat élu lors d’élections boycottées par la majorité de la population (février-juin 1988), suivi d’un retour de Namphy, puis du général Prosper Avril, et enfin du gouvernement transitoire d’Ertha Pascal-Trouillot, première femme présidente d’Haïti. Comme le décrit un rapport de la Commission interaméricaine des droits de l’homme,
« chaque fois que la majorité déshéritée s’est rapprochée de l’expression de la volonté nationale et de l’établissement d’un contrôle démocratique, les éléments disparates de l’ancienne garde se sont unis pour les réprimer » (CIDH, 1987).

Le massacre électoral de novembre 1987 illustre tragiquement cette répression. Des membres des forces armées haïtiennes et leurs alliés duvaliéristes ont participé au massacre de citoyens faisant la queue pour voter pour un nouveau président. En 1990, des élections libres ont finalement eu lieu, portant au pouvoir le père Jean-Bertrand Aristide. Cependant, son mandat a été de courte durée : il a été renversé par un coup d’État militaire en 1991, inaugurant une nouvelle période d’instabilité politique.

3.3. Les enjeux mémoriels et la justice transitionnelle

En 2026, Haïti marquera les quarante ans de la chute de la dictature duvaliériste. Le LADIREP prévoit d’organiser un colloque les 16 et 17 juillet 2026 pour faire le bilan de ces quatre décennies et ouvrir des perspectives. L’atelier dedécembre 2025 constitue une étape préparatoire à cet événement majeur, avec comme objectif de créer
« les conditions d’émergence pour des travaux en sciences humaines et sociales sur des thématiques post-mémoires de la dictature » (LADIREP, 2025).

La question mémorielle demeure sensible en Haïti. Contrairement à d’autres pays d’Amérique latine qui ont connu des dictatures militaires (Argentine, Chili, Uruguay), Haïti n’a jamais mis en place de commission vérité et réconciliation ni de processus systématique de justice transitionnelle. Les tentatives de jugement des crimes du régime duvaliériste se sont limitées à quelques procès spectacles organisés par le CNG, sans confrontation authentique avec le passé criminel. Comme l’écrit un journaliste du Placentin,
« la période post-Duvalier fut marquée par une série de tentatives de réformes démocratiques, souvent contrariées par l’instabilité politique, la corruption, et l’ingérence étrangère » (Le Placentin, 2025).

Le colloque prévu par le LADIREP ambitionne de mener chercheurs et témoins à collaborer sur cet objet sensible de l’histoire récente, en adoptant une perspective de justice mémorielle. Il s’agit d’explorer comment Haïti peut tirer les leçons de ces quarante années pour construire un avenir démocratique plus solide. Les thématiques abordées incluront la démocratie, la transition politique, les luttes populaires, les mutations socio-économiques, ainsi que la mémoire et l’histoire.
 
IV. Science, leadership et avenir démocratique d’Haïti 4.1. Le déficit scientifique dans la gouvernance haïtienne

L’une des leçons majeures des quarante années post-Duvalier est le déficit chronique de pensée scientifique dans la gouvernance haïtienne. Cette absence de culture scientifique dans la prise de décision politique a des conséquences dramatiques. Les politiques publiques sont souvent élaborées sans études d’impact préalables, sans évaluation rigoureuse des résultats, et sans consultation des experts nationaux. Le cycle électoral haïtien, de l’élection des Conseils d’administration de sections communales (CASEC) et d’assemblées de sections communales (ASEC) jusqu’à la présidence de la République, se déroule généralement sans que les candidats présentent de programmes fondés sur des données scientifiques ou des analyses prospectives sérieuses.
La Constitution de 1987, adoptée après la chute de Duvalier, établit un cadre démocratique ambitieux avec une séparation des pouvoirs et des mécanismes de contrôle. Cependant, son application a été constamment entravée par des crises politiques récurrentes. Depuis 2020, Haïti fonctionne sans parlement élu, et les institutions prévues par la Constitution sont largement dysfonctionnelles. Dans ce contexte, la question du leadership éclairé par la science devient cruciale.

4.2. Que faut-il espérer d’un futur leadership  ?

Que peut-on espérer du leadership des futurs candidats aux différents postes de pouvoir en Haïti, du CASEC à la présidence de la République, au regard de la Constitution de 1987 et de l’impératif du développement basé sur la science ? Trois dimensions méritent d’être explorées.
Premièrement, la formation scientifique et technique des leaders politiques. Le déficit éducatif dans les classes politiques haïtiennes, combiné à un système universitaire affaibli, produit des dirigeants souvent déconnectés à la fois des réalités du pays et des innovations scientifiques contemporaines. Il est impératif que les futurs leaders aient , au moins, une culture scientifique minimale leur permettant de comprendre les enjeux du développement durable, de l’adaptation au changement climatique, de la santé publique, et de l’innovation technologique.

Des initiatives comme le programme de formation en recherche développé par : (i) le Collège doctoral d’Haïti à travers les universités membres ainsi que les laboratoires habilités à accueillir des doctorants ; (ii) le Laboratoire mixte international LMI-CARIBACT de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) de l’URGéo (FDS-UEH) ; (iii) la Chaire UNESCO Femmes et Sciences de l’ISTEAH ; (iv) la Chaire UNESCO sur le Patrimoine de l’UEH ; (v) la Chaire UNESCO sur l’eau, l’hygiène et l’assainissement dans les écoles de l’UniQ ; (vi) le programme de doctorat de l’Université INUFOCAD supporté par l’Agence universitaire de la Francophonie ; (vii) le NIH Fogarty International Center en partenariat avec des institutions haïtiennes comme GHESKIO, etc… montrent qu’il est possible de renforcer les capacités scientifiques locales.

Deuxièmement, l’institutionnalisation de l’expertise scientifique dans les processus de décision. À tous les niveaux de gouvernement – des sections communales à l’État central –, il est nécessaire de créer des mécanismes institutionnels garantissant que les décisions politiques s’appuient sur des études scientifiques rigoureuses. Cela implique de renforcer les liens entre les universités, les laboratoires de recherche comme le LADIREP, l’URGéo, le LangSÉ, le CReGED, l’ERC2, l’EREMIT, l’AgroUniQ LAB, etc., et les instances de décision politique. La Banque de la République d’Haïti a créé un Fonds de Recherche et Développement pour encourager les initiatives de recherche jugées importantes pour la société – une démarche qui devrait être généralisée à tous les secteurs.
Troisièmement, le développement d’une culture démocratique fondée sur la rationalité et l’évidence. Comme le rappelle le journal Le Placentin dans son éditorial de février 2025,
« une démocratie ne se limite pas à l’organisation d’élections. Elle exige la construction d’institutions fortes, la promotion des droits humains, et la mise en place de réformes économiques et sociales durables » (Le Placentin, 2025).
La science peut contribuer à cette culture démocratique en promouvant le débat rationnel, l’argumentation fondée sur des faits, et la remise en question systématique des préjugés et des dogmes.

4.3. Le rôle des universités et des laboratoires de recherche

Les universités haïtiennes, et en particulier l’UEH avec ses 20 000 étudiants et ses multiples facultés, ont un rôle central à jouer dans la construction d’un leadership éclairé. Le LADIREP, par son approche multiscalaire articulant les réalités nationales haïtiennes et les dynamiques caribéennes, offre un modèle de recherche engagée et pertinente. Ce Laboratoire ne se contente pas de produire seulement des connaissances académiques mais encore il s’impliquant activement dans les débats de société,  incarnant ainsi une conception de la science comme service public.
Les ateliers de décembre 2025 illustrent cette démarche. En réunissant membres du laboratoire, doctorants, étudiants du premier et second cycles, professeurs-chercheurs et partenaires de la société civile, le LADIREP crée un espace de dialogue entre producteurs de savoir et acteurs du développement. Cette ouverture est essentielle car la science ne peut transformer la société que si elle dialogue avec elle, si elle répond à ses préoccupations concrètes, et si elle contribue à éclairer les choix collectifs.

Cependant, pour que les universités haïtiennes puissent pleinement jouer ce rôle, des investissements massifs sont nécessaires. Il faut renforcer les bibliothèques et les infrastructures de recherche, augmenter les salaires des enseignants-chercheurs pour leur permettre de se consacrer pleinement à leurs activités académiques, créer des programmes de doctorat de qualité internationale, et établir des partenariats structurants avec des institutions d’excellence à l’échelle régionale et mondiale.

Conclusion : Pour un avenir haïtien fondé sur la science

L’Assemblée Générale et les ateliers du LADIREP de décembre 2025 interviennent à un moment charnière de l’histoire haïtienne. Quarante ans après la chute de Duvalier, le pays se trouve à la croisée des chemins. Les défis sont immenses : effondrement institutionnel, crise sécuritaire sans précédent, pauvreté endémique, vulnérabilité face aux catastrophes naturelles, et défi du changement climatique. Face à cette situation, la tentation est grande de céder au pessimisme ou de chercher des solutions simplistes.
Pourtant, les deux thématiques explorées par le LADIREP – les partenariats de développement et le bilan des quarante ans post-Duvalier – montrent qu’une autre voie est possible. La coopération Sud-Sud, ancrée dans la solidarité entre pays en développement et respectueuse de la souveraineté nationale, offre des perspectives prometteuses. La réflexion critique sur l’histoire récente, menée dans une perspective de justice mémorielle, peut contribuer à cicatriser les blessures du passé et à construire un avenir réconcilié.

Mais surtout, ces travaux soulignent l’urgence de placer la science au cœur du projet national haïtien. Le développement durable ne peut se faire sans recherche scientifique de qualité, sans universités dynamiques formant des professionnels compétents et des chercheurs capables d’innover. La démocratie ne peut se consolider sans une culture du débat rationnel, de la transparence, et de la prise de décision fondée sur des données probantes.
Les futurs leaders d’Haïti, des CASEC aux ASEC jusqu’au Président de la République, devront être évalués non seulement sur leurs promesses électorales mais sur leur compréhension des enjeux scientifiques, leur capacité à mobiliser l’expertise nationale et internationale, et leur volonté de fonder leurs décisions sur des faits et des analyses rigoureuses reposant sur des méthodes éprouvées.. La Constitution de 1987 fournit un cadre ; la science doit en devenir l’âme.

Le LADIREP, par son engagement constant dans l’organisation de manifestations scientifiques, par sa volonté de dialogue avec la société civile, et par sa détermination à former la nouvelle génération de chercheurs haïtiens, incarne déjà cette vision. Il reste à espérer que son exemple inspire d’autres institutions, et surtout, qu’il trouve écho auprès des futures générations de leaders politiques. Car comme le disait Louis Pasteur,
« la science ne connaît pas de pays, mais les hommes de science ont une patrie. »
Pour Haïti, cette patrie mérite des hommes et des femmes de science capables de la conduire vers un avenir de prospérité, de justice et de dignité.
 
Références bibliographiques

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  2. Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH). (1987). Annual Report 1986-1987, Chapter IV: Haiti. Washington, DC : OAS. Disponible sur : https://www.cidh.org/annualrep/86.87eng/chap.4c.htm
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  6. Le Placentin. (2025, 8 février). Démocratie en Haïti (1986-2025) : Quelle leçon ? [Éditorial]. Disponible sur : https://leplacentin.com/editorial/08-02-2025-democratie-en-haiti-1986-2025-quelle-lecon
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  8. Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). (2023). Country Programme Document for Haiti (2023-2027). New York : UNDP. Disponible sur : https://www.undp.org/sites/g/files/zskgke326/files/2023-01/Haiti-CPD-2023-2027-ENG.pdf
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  10. United Nations Economic and Social Council (ECOSOC). (s.d.). Advising on Haiti’s Long-term Development. Disponible sur : https://ecosoc.un.org/en/what-we-do/ecosoc-ad-hoc-advisory-group-haiti
  11. United Nations Office for South-South Cooperation (UNOSSC). (2025). About South-South and Triangular Cooperation. Disponible sur :https://unsouthsouth.org/about/about-sstc/
  12. United Nations Office for South-South Cooperation (UNOSSC). (2025, 26 mai). South-South Cooperation: An Engine for Transformational Change in Achieving the 2030 Agenda. Disponible sur : https://unsouthsouth.org/2025/05/26/south-south-cooperation-an-engine-for-transformational-change/
     
    Evens Emmanuel, PhD HDR
    ERC2-UniQ / LMI-CARIBACT
    Pôle Haïti-Caraïbe Haïti Sciences et Société (HaSci-So)
    Équipe des Partenaires Scientifiques pour la Communication de la Recherche (E-PSi-CoRe)
    E-mail : evens.emmanuel@uniq.edu