Port-au-Prince, le 19 décembre 2025.- Le rapport « Haïti : démanteler l’alliance meurtrière des gangs » de l’International Crisis Group dresse un tableau sombre de la coalition criminelle « viv ansanm », responsable d’une explosion de violences depuis 2022. Invité sur Magik 9, l’analyste Diego Da Rin rappelle que cette alliance, souvent présentée par ses chefs comme un mouvement politique ou social, est avant tout une organisation criminelle structurée, impliquée dans au moins 16 types de crimes graves. Selon les chiffres de l’Organisation des Nations Unies (ONU), ces violences ont fait environ 16 000 morts en Haïti en trois ans.
L’étude montre que la création de « viv Ansanm » ne relève pas d’un projet idéologique, mais d’un calcul stratégique. Des gangs longtemps rivaux ont décidé de s’unir lorsqu’ils ont perçu la montée d’une menace susceptible de les dépasser : le déploiement d’une force internationale, conduite par le Kenya. La chronologie est révélatrice, puisque l’annonce officielle de la coalition et ses premières attaques majeures coïncident avec les démarches de l’ancien Premier ministre Ariel Henry en faveur de la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS).
Face à cette pression, la coalition « viv ansanm » a développé un discours populiste, se présentant comme le défenseur des quartiers pauvres contre l’oligarchie haïtienne. Le rapport démonte cette rhétorique, soulignant que les véritables objectifs des chefs de gangs restent l’enrichissement personnel, le contrôle territorial et l’obtention d’une amnistie totale pour des crimes tels que assassinats, enlèvements, viols, extorsions et trafic de drogue. Certains leaders ont d’ailleurs reconnu publiquement rechercher le « pardon » et l’oubli judiciaire.
L’International Crisis Group estime que la réponse de l’État ne peut être uniquement militaire. Le renforcement de la Police Nationale d’Haïti (PNH), l’action de la MMS et l’appui d’acteurs sécuritaires privés doivent s’inscrire dans une stratégie globale visant à rétablir un rapport de force clair en faveur des autorités. Cette domination est jugée indispensable pour contraindre les gangs à se dissoudre, et non pour leur offrir une légitimation politique.
Enfin, le rapport s’inscrit dans un triple contexte déterminant : l’approche du 7 février 2026, la tentative de viv Ansanm de s’imposer dans le débat politique, et le déploiement attendu de la Force de Répression des Gangs (FRG) autour du mois d’avril. Si la population haïtienne reste largement opposée à toute négociation avec les gangs, l’International Crisis Group n’exclut que des mécanismes très ciblés, notamment pour le retrait des mineurs, puissent être envisagés une fois le rapport de force rééquilibré.
W. A.



























