Port-au-Prince, le 24 décembre 2025.- Alors que le pays fait face à une crise multidimensionnelle sans précédent, certains craignent une fin d’année toute particulière, marquée par une crise humanitaire, sécuritaire et politique. Dans la rubrique Micro Citoyen, nous avons constaté que malgré des milliers de déplacés internes et des quartiers vidés de leurs habitants, l’esprit de Noël reste présent dans le cœur d’un peuple résilient.
En effet, la méfiance et le mépris envers les dirigeants de l’État demeurent profonds. Malgré cela, l’envie des citoyens de clôturer l’année en beauté reste bien vivante. « Le peuple haïtien a l’habitude des crises sociopolitiques et humanitaires, mais à ce stade, c’en est trop », explique Jean Frantzy, qui, toutefois, croit que la mauvaise foi des dirigeants ne peut nous empêcher de partager avec nos familles et amis les vœux de fin d’année.
Si pour certains la fête de Noël n’a jamais été une question d’argent ou de stabilité résidentielle, d’autres estiment que la mauvaise gouvernance et la complicité des dirigeants avec les groupes armés ont sabordé les fêtes de fin d’année. « Le CPT et le gouvernement ont volé cette année tout esprit de Noël. Pour nous, dans les camps, il n’y aura plus de fête de fin d’année, on attend l’année prochaine », a expliqué une personne déplacée interne (PDI) à Delmas 33.
Pour beaucoup, le refus de célébrer Noël revient aux dirigeants, qu’ils accusent de tout faire pour rendre le pays invivable. « C’est le résultat de leur insouciance, de leur incompétence et de leur mauvaise foi. Un CPT qui veut prolonger son mandat malgré l’évidence de son échec total, un Premier ministre qui fait le lobby pour obtenir une nouvelle chance à la Primature au-delà du 7 février 2026 », lance un PDI en colère.
Parallèlement, d’autres citoyens à Delmas 41 et à Bourdon n’espèrent qu’une seule chose : « des conditions sécuritaires pour retourner chez eux ». « Dans les camps de déplacés internes, ce n’est pas une vie : les conditions sanitaires, humanitaires et sécuritaires restent précaires. J’ai laissé une maison de quatre chambres meublée à Solino, j’ai mes deux filles avec moi, et j’ai peur qu’elles revivent l’horreur que nous avons vécue là-bas. On ne peut pas parler de Noël cette année, c’est renvoyé ! », explique Jacqueline.
Par ailleurs, les autorités de l’État annoncent, dans la rubrique « Mardis de la Nation », que le gouvernement a déjà mobilisé toutes les ressources nécessaires pour accompagner les PDI et les personnes en situation de vulnérabilité. Ces mesures consistent à intensifier la distribution de kits alimentaires, de plats chauds à travers les 105 restaurants communautaires fonctionnels sur l’ensemble du territoire, ainsi qu’un transfert monétaire de 10 000 gourdes aux chefs de foyer.
Ces accompagnements sont loin d’être satisfaisants, selon les personnes concernées, qui exigent avant tout des conditions sécuritaires afin de pouvoir retourner dans leurs foyers. « Des plats chauds et des kits alimentaires sont importants, je le confirme, mais ce n’est pas la priorité pour le moment. »
Plusieurs personnes déplacées ont souligné que, malgré l’annonce du gouvernement concernant le renforcement de la distribution de plats chauds et les transferts monétaires à l’École République de l’Équateur, les problèmes persistent.
« Toujours les mêmes galères pour un plat. La nourriture est là, mais c’est la distribution qui pose problème. Certaines personnes qui ne vivent même pas dans le camp sont les seuls bénéficiaires », déplore un homme dans la cinquantaine.
« N’en parlons pas du transfert monétaire. Les bénéficiaires ne seront pas les personnes réellement vulnérables », ajoute un jeune homme, qui n’a toutefois pas pu confirmer si les transactions avaient déjà commencé.
Par ailleurs, à Bourdon, dans un autre camp de déplacés, un incendie s’est déclaré, plongeant des centaines de familles dans l’inquiétude. Le gouvernement a annoncé des mesures urgentes pour réparer les zones endommagées et permettre un retour à la normale pour les personnes déplacées internes dans ce site déjà précaire.
Ce mardi 23 décembre, le Fonds d’Assistance Économique et Sociale (FAES) a annoncé la distribution de plusieurs kits dans le département du Sud. Aux Cayes, à Coteaux, Torbec, Camp-Perrin et Torbeck, environ 5 500 kits alimentaires ont été remis à des familles en situation de vulnérabilité durant la semaine du 15 au 21 décembre, dans le cadre du programme multisectoriel.
Enfin, les conseillers présidentiels Leslie Voltaire et Edgard Leblanc Fils, accompagnés du Premier ministre Alix-Didier Fils Aimé, ont visité les quartiers de Solino. Selon le gouvernement, cette démarche faisait partie d’une stratégie baptisée « Retour au quartier », censée marquer le rétablissement de l’autorité de l’État dans des zones marquées par la violence des gangs. Toutefois, certains y voient une tentative tardive de redorer l’image d’un exécutif largement critiqué pour son inaction, voire pour sa complicité dans la misère de la population.
Soulignons qu’aux quatre coins du globe, la fin d’année est l’occasion de célébrer, de se retrouver et de partager des traditions aussi variées que fascinantes. Curiosité, émerveillement et partage : ces valeurs au cœur de nos séjours trouvent un écho naturel dans les célébrations hivernales du monde entier.
W. E.



























