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The organization of general elections, a challenge for the transitional power

Port-au-Prince, le 27 octobre 2025.- ​À moins de cinq mois de l’échéance constitutionnelle du 7 février 2026, l’organisation des élections générales en Haïti ressemble à une équation insoluble. Après l’installation du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) sous l’égide de l’Accord du 3 Avril 2024, les priorités, rétablissement de la sécurité, réforme constitutionnelle et élections, sont au point mort. Alors que le CPT vient de renoncer au processus référendaire, la promesse d’un calendrier électoral d’ici le 15 novembre, annoncée par le Conseiller-Président Frinel Joseph, se heurte à un scepticisme généralisé. Entre l’emprise territoriale des gangs, une crise de confiance aiguë envers les dirigeants et l’impossibilité logistique, citoyens et analystes doutent de la capacité du pouvoir en place à tenir ce pari.

​La transition politique, censée apaiser la crise profonde héritée du gouvernement du Dr. Ariel Henry, semble s’enliser. Le mandat du CPT, confirmé par les Conseillers-Présidents Laurent Saint-Cyr et Frinel Joseph pour s’achever le 7 février 2026, est déjà largement entamé. L’annonce de M. Joseph dans Le Nouvelliste le lundi 20 octobre, promettant une date d’élections pour la mi-novembre, a l’effet d’une bombe à retardement : il y admet que le scrutin ne permettra pas l’installation de nouveaux élus avant la fin de leur propre mandat.

​Cette déclaration, faite sous la pression apparente de la communauté internationale, notamment du Bureau Intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) et des États-Unis, expose les contradictions d’un pouvoir incapable d’avancer. D’ailleurs, le Président du Conseil Électoral Provisoire (CEP), Jacques Desrosiers, a indiqué ne pas être informé de cette fixation imminente d’une date, illustrant une possible cacophonie au sommet de l’appareil électoral.

​Le mur de l’insécurité sur le terrain, la priorité absolue de l’Accord du 3 Avril, la sécurité, reste une chimère. L’organisation d’élections est jugée « catégoriquement impossible » par Walkens Jean, ancien membre du Bureau Électoral Communal (BEC) dans le département du Centre. « Les départements clés en matière de participation, comme l’Ouest, l’Artibonite et le Centre, sont majoritairement contrôlés par des gangs armés », prévient-il. Cette analyse fait écho aux menaces directes du chef de la coalition « Viv ansanm », Barbecue, de « kanpe an kwa » (faire barrage) à tout processus électoral. ​M. Jean est formel : « À moins d’un vote électronique, les prochains dirigés seront illégitimes, car la population ne va pas se sacrifier pour aller voter ».

​Ce sentiment d’une insécurité instrumentalisée est partagé. Jackson Dena, coordonnateur du parti VEYE-YO pour la commune de Port-Salut (Sud) va plus loin, dénonçant une « insécurité d’État ». « Le CPT n’a pas de provision légale pour organiser des élections. Ces gens font un avec des gangs. Je ne participerai jamais à ces élections de gangs », martèle-t-il.
​Une crise de confiance et de légitimité ​au-delà de la logistique mise en place des BEC et BED, dotation en matériels, c’est la légitimité même des organisateurs qui est remise en cause.

Pour Me Pierre Augustin AUGUSTE, avocat et enseignant, le « non » est sans appel. « Un groupe qui va sanctionner le vote des citoyens doit avoir le crédit du peuple. Ces dirigeants n’ont pas ce crédit, ils ne sont pas là par le choix du peuple », analyse-t-il.
​Selon lui, le CPT, issu de compromis et non d’un processus légal, manque d’impartialité et se satisfait des privilèges du pouvoir.

Une opinion nuancée par Evens François, étudiant en sciences juridiques, qui décrit un dilemme douloureux : « Nous devons choisir entre le mal et le pire. Le mal, c’est que ces gens au pouvoir ne peuvent pas faire d’élections. Le pire, c’est de se demander qui d’autre peut les faire ? Ce sont les mêmes visages qui ont échoué. » Il conclut, résigné : « Je préférerais les laisser essayer. »

L’équation de la diaspora

​La crédibilité d’un futur scrutin passe aussi par l’inclusion. Depuis les États-Unis, Wilda Nathan, membre de la diaspora, met en doute la capacité des dirigeants actuels à organiser « de bonnes élections » tout en excluant les Haïtiens de l’étranger. « Le pouvoir en place ne peut pas réaliser des élections crédibles sans un mécanisme d’implication de la diaspora », insiste-t-elle, estimant qu’Haïti aurait besoin aujourd’hui d’une nouvelle figure consensuelle, à l’image d’Ertha Pascal Trouillot, pour garantir un processus neutre et fiable.

W.A.