Home Micro Citizen Élections 2026 : entre volonté de voter et profond désenchantement, que pensent...

Elections 2026: between will to vote and deep disenchantment, what do young Haitians really think?

 

À moins de quatre mois du premier tour des élections prévu le 13 décembre 2026, la jeunesse haïtienne reste partagée entre volonté de participer et profond scepticisme. Des entretiens de terrain réalisés avec 31 jeunes, universitaires, professionnels, travailleurs et autres citoyens, révèlent que seuls trois sont déjà inscrits comme électeurs. Parmi les 28 non-inscrits, 24 ne savent même pas où se trouve un centre d’inscription. Huit jeunes affirment vouloir voter, trois restent ouverts à la participation s’ils trouvent un candidat correspondant à leurs attentes, tandis que 20 déclarent qu’ils seraient prêts à voter à condition d’obtenir une compensation financière en retour. Ces résultats, qui ne découlent pas d’un sondage représentatif, mettent en évidence plusieurs réalités : manque d’information, insécurité, contraintes économiques, faible confiance envers les acteurs politiques et absence d’une mobilisation massive des jeunes.

Une jeunesse peu informée

L’un des constats les plus importants de cette enquête concerne l’accès à l’information.

Le témoignage de Sam Wendy Berjuste illustre cette difficulté. Ce jeune professionnel travaille de 8 heures à 16 heures. Il affirme ne pas encore être inscrit sur le registre électoral en raison du manque de communication sur les adresses des centres et les horaires disponibles.

Pourtant, il compte remplir son devoir citoyen le 13 décembre. Selon lui, « chaque vote compte « . Son cas témoigne d’un déficit d’information.

La méfiance freine la participation

Chez plusieurs jeunes interrogés, la principale barrière reste la confiance.

Edna Joseph, jeune professionnelle et victime de la violence des gangs, n’est pas encore inscrite, comme potentielles électrice. Elle explique qu’elle n’a pas envie d’encourager le système politique dans le contexte actuel.

Elle affirme toutefois vouloir voter, notamment si des jeunes se portent candidats.

Son analyse de la faible participation des jeunes est directe : « On dit toujours que les jeunes sont l’avenir du pays, pourtant on ne veut jamais leur donner une place pour avancer. «

Pour elle, les responsables politiques doivent respecter leurs promesses et poser davantage d’actions concrètes. « Nous entendons plus de paroles que d’actions « , estime Edna Joseph.

Cette perception rejoint celle de Jameson Thelisma, éducateur et administrateur en devenir. Il n’est pas encore inscrit parce qu’il ne voit pas, dans les conditions actuelles, une organisation sécuritaire suffisamment concrète pour garantir la tenue des élections.

Il compte néanmoins participer au scrutin. Pour lui, voter constitue un devoir citoyen et un moyen de contribuer au changement.

Jameson Thelisma estime que le désintérêt d’une partie de la jeunesse s’explique par la méfiance envers les politiciens, les résultats des élections précédentes, et les problèmes de sécurité.

Il propose que le CEP renforce l’éducation civique dans les écoles et les universités et utilise davantage les réseaux sociaux. Il demande également aux partis politiques d’offrir davantage d’espace aux jeunes et de leur permettre de participer comme acteurs du processus, et pas seulement comme électeurs.

L’avis d’un potentiel candidat

Lominy Edmond, mastérant en anthropologie sociale, avocat et journaliste, partage les préoccupations liées à la sécurité. Il estime qu’une organisation sécuritaire concrète doit être mise en place avant de pouvoir garantir la tenue des élections.

Mais son intention est claire. Il compte voter et envisage également de se porter candidat au Conseil d’administration de la section communale de Débay, dans la commune de Boucan-Carré, où il est né.

Son objectif est de participer directement à la vie politique locale et de contribuer à sanctionner, par le vote, les responsables qu’il considère comme incompétents.

Lominy Edmond estime que les jeunes sont fortement découragés par les fausses promesses, les discours politiques et l’insécurité. Il demande aussi aux partis politiques d’impliquer davantage les jeunes et de leur offrir de véritables responsabilités.

Quand le vote devient une transaction

L’enquête révèle également une autre situation, plus préoccupante : pour certains jeunes, le vote est devenu une transaction.

Kenold Coicou, chauffeur de camionnette sur l’axe Port-au-Prince-Delmas, explique avoir perdu sa carte d’identité et avoir dû débourser 5 000 gourdes pour en obtenir une nouvelle.

Selon lui, pour qu’il aille voter, un candidat devra lui rembourser les 5 000 gourdes dépensées et prendre en charge ses frais de déplacement. Il estime qu’après avoir voté pour un candidat, il ne bénéficiera probablement de rien en retour.

Clotaire, mécanicien travaillant à Delmas 31, tient une position comparable. Il affirme être prêt à voter pour un candidat à condition d’être payé.

Sur les 31 jeunes interrogés, 20 déclarent ainsi qu’ils devraient être payés pour participer au vote.

Le chantier de la confiance

Le samedi 22 août, un échange avec trois professionnels de la construction travaillant sur un chantier à Jacquet-Toto, à Delmas 95, a également permis de recueillir des réactions. La majorité de ces travailleurs sont de jeunes hommes âgés d’une trentaine d’années.

Tous ont affirmé ne se reconnaître dans aucun des potentiels candidats actuellement en présence et ne pas être optimistes quant à leur éventuelle participation aux prochaines élections.

Ce constat rejoint les témoignages précédents. Pour une partie des jeunes, le problème ne réside pas uniquement dans l’acte de voter. Il commence bien avant, avec le choix des candidats, la confiance envers les institutions et la conviction que les élections peuvent produire un changement concret.

La jeunesse entre deux choix

Les témoignages recueillis dessinent une jeunesse située entre deux positions.

D’un côté, des jeunes comme Sam Wendy Berjuste, Edna Joseph, Jameson Thelisma et Lominy Edmond souhaitent participer au processus malgré leurs réserves.

De l’autre, des jeunes comme Kenold Coicou et Clotaire expriment une vision beaucoup plus transactionnelle du vote.

Entre les deux, certains restent indécis parce qu’ils ne trouvent aucun candidat capable de répondre à leurs attentes.

À moins de quatre mois du scrutin, le défi consiste donc à transformer la méfiance en participation citoyenne.

La jeunesse haïtienne n’a pas besoin de simples slogans sur son rôle dans l’avenir du pays. Elle attend des espaces de participation, des informations accessibles, des garanties de sécurité et des actions capables de restaurer la confiance.

Le 13 décembre 2026 permettra peut-être de mesurer une partie de cette confiance. Mais le véritable travail commence avant le jour du vote.

Une responsabilité partagée

Le faible niveau d’information relevé dans cette enquête devrait interpeller le Conseil électoral provisoire (CEP), les partis politiques, les organisations de la société civile, les médias et les institutions éducatives.

Le CEP doit rendre les informations plus accessibles. Les jeunes doivent savoir où s’inscrire, quand s’inscrire, quels documents présenter et comment suivre les différentes étapes du processus.

Les partis politiques doivent également revoir leur rapport avec la jeunesse. Les jeunes ne devraient pas être mobilisés uniquement pendant les campagnes. Ils doivent pouvoir participer à la définition des programmes, aux structures politiques et aux décisions.

Les universités et les écoles peuvent aussi jouer un rôle dans l’éducation civique. Les réseaux sociaux constituent un autre espace essentiel pour toucher une génération qui s’informe largement à travers les plateformes numériques.

Le Conseil électoral provisoire (CEP) a lancé les opérations d’inscription le 20 juillet 2026. Elles doivent se poursuivre jusqu’au 13 octobre. Selon les informations disponibles, environ 250 000 électeurs étaient déjà enregistrés après le premier mois, sur un corps électoral potentiel de plus de six millions de personnes.

Le calendrier électoral prévoit le premier tour le 13 décembre 2026. Après plusieurs années sans élections générales, le scrutin doit permettre aux citoyens de choisir leurs représentants et de renouveler plusieurs institutions issues du suffrage populaire.

Mais avant de parler de mobilisation électorale, une question demeure : les citoyens, particulièrement les jeunes, savent-ils réellement comment participer au processus ?

Les chiffres de l’enquête

Les résultats recueillis se présentent ainsi :

  • 31 jeunes interrogés.
  • 3 déjà inscrits comme électeurs.
  • 28 non-inscrits.
  • 24 des 28 non-inscrits ne savent pas où se trouve un centre d’inscription.
  • 4 non-inscrits évoquent d’autres obstacles, notamment le manque de temps, l’insécurité et le manque d’information.
  • 8 jeunes affirment clairement vouloir voter.
  • 20 déclarent attendre une compensation financière pour voter.
  • 3 n’excluent pas de voter, mais ne trouvent aucun candidat correspondant à leurs critères.

Un élément mérite une attention particulière : les 8 jeunes qui affirment clairement vouloir voter sont des universitaires et des professionnels.

W.A.