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Quand les gangs transforment la crise en « économie du déplacement »

 

 

Port-au-Prince, le 29 septembre 2025.- En Haïti, les violences des gangs ne provoquent pas seulement une crise humanitaire : elles redessinent aussi la géographie économique du pays. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 1,3 million de déplacés internes ont été recensés en juin 2025, révélant l’émergence d’une véritable « économie du déplacement », où l’exode forcé devient un instrument de capture de richesses. D’après un article de Réginald Surin, publié dans Le Nouvelliste, le 26 septembre 2025.

 

Un modèle criminel structuré

 

L’analyse de Réginald Surin montre que les gangs, regroupés au sein de la coalition Viv Ansanm, contrôlent près de 80 à 85 % de la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Ils appliquent une stratégie différenciée :

 

Zones de rente économique (Cité Soleil, Croix-des-Bouquets, Tabarre), où la population est maintenue sous taxation et extorsion ;

 

Zones tampons stratégiques (Delmas, Nazon, Solino), vidées de leurs habitants pour créer des glacis protecteurs autour de leurs bastions.

 

De la terreur à la captation économique

 

Entre novembre 2024 et août 2025, les gangs ont mené une stratégie en trois phases :

 

1. Terreur sélective (massacres, incendies, destructions ciblées) pour provoquer l’exode ;

 

2. Extraction économique (pillage méthodique, revente de matériaux, usage logistique des zones vides) ;

 

3. Repli tactique et début de légitimation politique, avec le chef Jimmy « Barbecue » Chérizier se présentant comme « révolutionnaire ».

 

Une mutation géopolitique

 

Ce modèle inédit place Haïti face à une mutation : la formation de « proto-États criminels », où la coercition militaire se double d’une efficacité économique relative. L’enjeu, selon Surin, dépasse la sécurité : seule une alternative économique crédible et inclusive pourra rivaliser avec l’offre criminelle actuelle.

 

W. A.