Résilience, littératie financière et performance dans les pays du Sud
Hubermane Ciguino
Université Quisqueya, Centre de Recherche en Gestion et en Économie du Développement (CReGED), Port-au-Prince, Haïti
Courriel : hubermane.ciguino@uniq.edu ,
ORCID : https://orcid.org/0000-0001-8869-0998
Résumé
La microfinance joue un rôle crucial dans le développement économique des pays du Sud, notamment en période de crises et de chocs multiples. Cet article examine la résilience des organisations de microfinance (OMF) et l’impact de la littératie financière sur la performance des microentreprises bénéficiaires. À travers une revue de la littérature enrichie par des études de cas en Haïti, au Cameroun, au Bénin et au Sénégal, nous analysons comment les conditions de microfinancement et le niveau de littératie financière des microentrepreneurs influencent la performance financière des micro, petites et moyennes entreprises (MPME). Les résultats montrent que les OMF qui maintiennent une bonne qualité de portefeuille de crédit ont une meilleure résilience face aux chocs. De plus, les microentrepreneurs, notamment les femmes, ayant accès aux services de microfinance présentent un niveau de littératie financière supérieur, ce qui renforce significativement la performance de leurs entreprises. Ces constats suggèrent des implications importantes pour les politiques publiques et les stratégies d’intervention dans le secteur de la microfinance.
Mots clés : microfinance, microentrepreneuriat, résilience, littératie financière, performance financière, pays en développement
Introduction
Depuis sa popularisation dans les années 1970 avec la création de la Grameen Bank au Bangladesh par Muhammad Yunus, la microfinance s’est imposée comme un outil essentiel de lutte contre la pauvreté et d’inclusion financière dans les pays en développement. En Afrique subsaharienne, le secteur a connu une croissance remarquable, touchant environ 16,5 millions d’épargnants et 6,5 millions d’emprunteurs à la fin 2008, avec une expansion continue depuis lors de près de 20 millions de clients en 2025 (AfriqueRenouveau, 2011 ; BCEAO, 2025).
Dans la zone UEMOA (Union Économique et Monétaire Ouest Africaine), le secteur de la microfinance est particulièrement développé au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Bénin, au Mali et au Burkina Faso. Ces pays sont caractérisés par la présence de grands réseaux de coopératives d’épargne et de crédit qui dominent le marché et touchent une clientèle importante tant en milieu urbain que rural. Au Cameroun, le pays dispose du réseau de microfinance le plus dense de la CEMAC avec 384 établissements de microfinance (EMF) agréés en 2024, représentant 73,7% du réseau global de la sous-région (Investir au Cameroun, 2025).
Les OMF et leurs bénéficiaires font face à des défis multiples dans les pays du Sud. Ces défis s’amplifient en contexte de crises, qu’elles soient sanitaires, politiques, économiques ou climatiques. La pandémie de COVID-19 a particulièrement mis en évidence la vulnérabilité du secteur, avec des impacts sans précédent sur les activités des institutions de microfinance et la capacité de remboursement de leurs clients (ADA Microfinance, 2020).
En Haïti, le secteur de la microfinance a dû faire face à une série de chocs majeurs depuis 2018, notamment le mouvement « peyi lòk » (pays bloqué) qui a paralysé l’économie pendant plusieurs mois, suivi par la pandémie de COVID-19 et ses confinements associés. Malgré ces défis, les acteurs de l’intermédiation microfinancière ont démontré une capacité de résilience remarquable, soulevant des questions importantes sur les facteurs qui permettent la pérennité de ces institutions en contexte d’instabilité chronique (Ciguino, 2023).
Face à ces constats, plusieurs questions émergent concernant la durabilité et l’efficacité de la microfinance dans les pays du Sud. Premièrement, comment les organisations de microfinance parviennent-elles à maintenir leurs opérations face aux chocs répétés ? Quels sont les facteurs qui déterminent leur niveau de résilience ? Deuxièmement, au niveau des bénéficiaires, la littératie financière joue-t-elle un rôle significatif dans la performance des microentreprises ? Enfin, comment les conditions de microfinancement influencent-elles la capacité des microentrepreneurs à développer leurs activités ?
Ces interrogations sont particulièrement pertinentes dans un contexte où les approches traditionnelles d’analyse par les performances sociale et financière ne suffisent pas pour comprendre les dynamiques complexes du secteur. L’approche welfariste, qui se concentre sur la pauvreté des bénéficiaires, néglige souvent la performance des microentreprises elles-mêmes. De son côté, l’approche institutionnaliste, centrée sur la viabilité financière des OMF, ne tient pas suffisamment compte de la dimension de résilience face aux chocs.
Cet article vise à synthétiser les connaissances actuelles sur la microfinance et le microentrepreneuriat en contexte de chocs, avec un accent particulier sur la résilience et la littératie financière. Plus spécifiquement, nous cherchons à comprendre comment ces deux dimensions interagissent pour influencer la performance des MPME bénéficiaires des services de microfinance. À travers des exemples concrets tirés de plusieurs pays du Sud, notamment Haïti, le Cameroun, le Bénin et le Sénégal, nous proposons des éléments de réponse pouvant alimenter les politiques publiques et renforcer les bonnes pratiques dans le secteur.
Revue de la littérature
La littérature sur la microfinance s’est considérablement enrichie au cours des deux dernières décennies, passant d’une focalisation initiale sur l’accès au crédit à une approche plus holistique intégrant la performance financière, l’impact social et, plus récemment, la résilience face aux chocs. Cette revue vise à structurer les connaissances actuelles autour de trois axes principaux : la résilience des organisations de microfinance, la littératie financière des microentrepreneurs bénéficiaires et l’impact des conditions de microfinancement sur la performance des MPME.
Résilience des organisations de microfinance
La résilience organisationnelle se définit comme la capacité d’une institution à absorber les chocs, à s’adapter et à maintenir ses fonctions essentielles en période de crise. Dans le contexte de la microfinance, cette capacité est cruciale étant donné la vulnérabilité intrinsèque des populations servies et l’exposition aux risques systémiques (Lengnick-Hall et al., 2011 ; Ullah et Khan, 2017).
Les études récentes sur l’impact de la pandémie de COVID-19 ont révélé que la plupart des institutions de microfinance ont démontré une résilience significative face à la crise sanitaire. Les leviers identifiés pour le retour à la stabilité financière incluent l’augmentation du volume du portefeuille, l’élargissement de la base de clients et l’ouverture à de nouveaux produits et services (ADA Microfinance, 2020 ; Ciguino, 2022). La digitalisation a émergé comme un facteur déterminant de cette résilience, permettant aux OMF de maintenir le contact avec leurs clients et de continuer leurs opérations malgré les restrictions de mouvement (CGAP, 2020).
La qualité du portefeuille de crédit apparaît dans la littérature comme le principal facteur associé au niveau de résilience des OMF. Les institutions qui maintiennent un taux de créances en souffrance (PAR>30 jours) faible et une gestion rigoureuse des risques sont mieux positionnées pour faire face aux chocs. Au Cameroun, par exemple, les EMF ont dégagé un bénéfice net cumulé de 5,24 milliards FCFA en 2024, en hausse de 54,5% par rapport à 2023, témoignant d’une bonne capacité de résilience du secteur (Investir au Cameroun, 2025).
Littératie financière et microentrepreneuriat
La littératie financière, définie comme l’ensemble des connaissances, compétences et attitudes nécessaires pour prendre des décisions financières éclairées, joue un rôle crucial dans le succès des microentreprises. Elle comprend la compréhension des concepts financiers de base, la capacité à gérer un budget, à planifier pour l’avenir et à utiliser efficacement les services financiers disponibles (Lusardi & Mitchell, 2011 ; Ciguino, 2023).
Les femmes microentrepreneures font face à des défis particuliers liés à l’insuffisance de capital financier, l’analphabétisme, le manque de connaissances en gestion et l’absence de programmes de formation. Ces défis sont particulièrement prononcés dans des secteurs comme la vente de fruits et légumes, où les marchandes opèrent souvent dans l’économie informelle avec des ressources limitées et sans accès aux services bancaires formels.
Plusieurs études ont montré que les microentrepreneurs qui sont clients d’organisations de microfinance tendent à avoir un niveau de littératie financière plus élevé que ceux non-clients. Cette différence s’explique en partie par les programmes de formation et d’accompagnement que de nombreuses OMF offrent à leurs bénéficiaires, au-delà du simple accès au crédit et leurs expériences dans le crédit et sur le tas (Samreth, Aiba, 2025 ; Ciguino, 2023 ; Lusardi et Mitchell, 2014; Atkinsonn et Messy, 2012). Ces formations incluent souvent des modules sur la gestion financière, la tenue de registres, la planification d’entreprise et l’épargne.
Conditions de microfinancement et performance des MPME
Les conditions dans lesquelles le microfinancement est accordé influencent significativement la performance des microentreprises bénéficiaires. Ces conditions incluent le montant du crédit, la durée de remboursement, le taux d’intérêt, les garanties exigées et la fréquence des remboursements.
La littérature identifie une relation positive entre des conditions de financement favorables et la performance financière des MPME (Samreth, Aiba, 2025 ; Ciguino, 2023 ; Lusardi et Mitchell, 2014). Des conditions trop restrictives, notamment des échéances de remboursement très courtes ou des taux d’intérêt élevés, peuvent limiter la capacité des microentrepreneurs à investir dans des activités génératrices de revenus et à faire croître leurs entreprises. À l’inverse, des conditions adaptées au cycle d’activité et à la capacité de remboursement des emprunteurs favorisent une utilisation productive du crédit (Field et Pande, 2011 ; Bougssere, Yerbanga & Toe (2024).
Dans la zone UEMOA, l’encours des crédits a progressé de 5,0% au quatrième trimestre 2024 pour s’établir à 2.695,2 milliards FCFA, avec des hausses significatives en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Burkina Faso et au Bénin (BCEAO, 2024). Cette expansion témoigne de la vitalité du secteur et de sa capacité à répondre aux besoins de financement des microentreprises.
Innovation et transformation digitale dans la microfinance
La transformation digitale représente une évolution majeure du secteur de la microfinance en Afrique. L’adoption de technologies telles que le mobile banking, la biométrie et les systèmes d’information en nuage permet aux OMF de réduire leurs coûts opérationnels, d’étendre leur couverture géographique et d’améliorer la qualité de leurs services.
Au Togo, l’introduction des services digitaux continue de s’étendre dans le secteur des microfinances. En septembre 2024, la mutuelle d’Appui et de soutien aux jeunes pour le développement (ASJD) a lancé son service financier digital, rejoignant ainsi d’autres institutions dans cette transformation (Portail FinDev, 2024, Togo First, 2024). Ces innovations permettent notamment de faciliter les transferts de fonds, de collecter l’épargne de manière plus efficace et d’automatiser certains processus d’approbation de crédit.
En Afrique de l’Ouest, l’initiative postale pour les migrants menée par PlaNet Finance illustre le potentiel de l’innovation dans le secteur. Cette initiative facilite les transferts de fonds à usage productif entre le Mali, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire et le Cameroun avec des produits d’épargne couplés à de l’investissement dans les pays d’origine, contribuant ainsi au développement économique des communautés bénéficiaires.
Méthodologie
Matériels et méthodes
Cet article s’appuie sur une revue de littérature simple et non systématique, enrichie par l’analyse de travaux de recherche récents portant sur la microfinance et le microentrepreneuriat dans les pays du Sud. La méthodologie adoptée vise à synthétiser les connaissances actuelles sur la résilience des organisations de microfinance et l’impact de la littératie financière sur la performance des microentreprises bénéficiaires.
Les sources documentaires incluent des articles scientifiques, des rapports d’organisations internationales, des études de cas et des données statistiques provenant d’institutions de régulation financière. Une attention particulière a été portée aux travaux récents (2020-2025) afin de capturer les évolutions les plus actuelles du secteur, notamment en lien avec les impacts de la pandémie de COVID-19 et des autres chocs récents.
Critères d’inclusion et d’exclusion
Les critères d’inclusion pour cette revue sont les suivants : études portant sur la microfinance dans les pays en développement, avec un accent particulier sur les pays d’Afrique subsaharienne et des Caraïbes ; recherches abordant les thématiques de résilience organisationnelle, de littératie financière ou de performance des microentreprises ; publications en français ou en anglais datant des quinze dernières années, avec une priorité accordée aux travaux les plus récents.
Ont été exclus les travaux portant exclusivement sur des contextes de pays développés, les études ne présentant pas de données empiriques ou d’analyse approfondie, ainsi que les documents dont la qualité méthodologique semblait insuffisante. L’analyse s’est concentrée sur des exemples documentés provenant d’Haïti, du Cameroun, du Bénin, du Sénégal et d’autres pays de la région Amérique latine et Caraïbe.
Résultats et discussions
Résilience des organisations de microfinance face aux chocs
Les données issues de différents contextes géographiques confirment que les organisations de microfinance ont démontré une capacité de résilience variable mais généralement positive face aux chocs récents. En Haïti, une étude portant sur 30 OMF réparties dans les 10 départements géographiques du pays a révélé que toutes ces institutions se sont relevées des deux principaux chocs subis : le « peyi lòk » et le COVID-Lockdown (Ciguino et Paul, 2022).
L’analyse économétrique menée dans le cadre de cette étude a identifié la qualité du portefeuille de crédit comme le principal facteur associé au niveau de résilience des OMF. Ce résultat est cohérent avec la littérature internationale qui souligne l’importance d’une gestion rigoureuse du risque de crédit pour la pérennité des institutions de microfinance. Les OMF qui maintiennent un faible taux de créances en souffrance et qui ont mis en place des mécanismes efficaces de suivi et de recouvrement sont mieux armées pour traverser les périodes de crise (Ciguino et Paul, Op. cit.).
Au Cameroun, malgré les difficultés structurelles du secteur, les établissements de microfinance ont affiché des performances encourageantes en 2024. Le bénéfice net cumulé a progressé de 54,5% pour atteindre 5,24 milliards FCFA. Cette performance s’explique en partie par le renforcement du cadre réglementaire opéré par la COBAC depuis 2015, qui a instauré des normes plus strictes en matière de surveillance, notamment en ce qui concerne le contrôle opérationnel, la conformité et la gestion des risques (BCEAO, 2024 ; Investir au Cameroun, 2025).
Impact de la littératie financière sur la performance des microentreprises
Les recherches menées auprès des microentreprises bénéficiaires de services de microfinance révèlent une corrélation positive entre le niveau de littératie financière et la performance de ces entreprises. Une étude portant sur 106 marchandes de fruits et légumes dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince en Haïti a montré que les femmes entrepreneures clientes d’organisations de microfinance ont un niveau de littératie financière significativement plus élevé que celles non-clientes (Ciguino, 2023).
Cette différence s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, l’accès aux services de microfinance expose les bénéficiaires à des concepts et pratiques financières qu’ils n’auraient pas nécessairement rencontrés dans le cadre de leurs activités quotidiennes. Ensuite, de nombreuses OMF incluent des composantes de formation et d’éducation financière dans leurs programmes, reconnaissant que le simple accès au crédit ne suffit pas pour garantir le succès entrepreneurial.
L’importance de la littératie financière est particulièrement cruciale pour les femmes microentrepreneures qui, dans de nombreux contextes, font face à des barrières supplémentaires liées au genre. L’entrepreneuriat féminin dans le secteur informel est souvent caractérisé par des niveaux d’éducation formelle plus faibles et un accès limité aux réseaux d’affaires. Dans ce contexte, les programmes de microfinance qui intègrent une dimension de renforcement des capacités peuvent avoir un impact transformateur.
Influence des conditions de microfinancement sur la performance des MPME
Une analyse portant sur 544 bénéficiaires répartis dans treize communes de quatre départements géographiques d’Haïti a établi que la performance financière des microentreprises est renforcée par des conditions de microfinancement favorables et un niveau de littératie financière moyen ou élevé des microentrepreneurs. Ce résultat suggère un effet synergique entre ces deux facteurs (Ciguino et Paul, 2023).
Les conditions de microfinancement considérées comme favorables incluent des montants de crédit adaptés aux besoins réels des entreprises, des échéances de remboursement alignées sur les cycles d’activité, des taux d’intérêt raisonnables et des exigences de garantie proportionnées. Lorsque ces conditions sont réunies, les microentrepreneurs peuvent utiliser le crédit de manière productive, investir dans le développement de leurs activités et générer les revenus nécessaires au remboursement sans compromettre la viabilité de leur entreprise (Ullah et Khan, 2017 ; Lusardi et Mitchell. 2014 ; Atkinson & Messy, 2012).
Dans la zone UEMOA, les données de fin 2024 montrent une progression de 5,3% en glissement annuel de l’encours des crédits, témoignant d’une demande soutenue pour les services de microfinance. Le montant moyen des crédits octroyés par client a atteint 140.949 FCFA, reflétant une adaptation progressive des OMF aux besoins croissants de leurs clients. Cette évolution suggère que le secteur parvient à trouver un équilibre entre la nécessité de maintenir la viabilité financière des institutions et celle de répondre efficacement aux besoins des microentreprises.
Défis et opportunités du secteur
Malgré les résultats encourageants, le secteur de la microfinance dans les pays du Sud fait face à plusieurs défis structurels. Au Cameroun, la multiplication des sanctions contre les EMF, incluant des liquidations et des mises sous administration provisoire, nourrit les inquiétudes des clients quant à la sécurité de leurs dépôts. Cependant, les experts du secteur lient cette situation au renforcement du cadre réglementaire, qui vise à assainir un secteur devenu stratégique pour le financement de l’économie (Agence Ecofin, 2025).
La question du surendettement des clients représente un autre défi majeur. L’expérience de l’Inde, où la crise de l’État d’Andhra Pradesh a conduit à de nombreux drames, rappelle l’importance d’une approche responsable du crédit. Les institutions de microfinance doivent veiller à ne pas sur-solliciter leurs clients et à maintenir une évaluation rigoureuse de leur capacité de remboursement (CGAP, 2010).
Le rapport BlueOrchard (2025) souligne que l’adoption de solutions technologiques telles que les services bancaires mobiles et les portefeuilles numériques contribue à étendre la portée géographique des services financiers, à réduire les coûts opérationnels et à améliorer l’efficience des institutions de microfinance dans les pays en développement. Des données sur des plateformes comme M‑PESA (Van Hove & Dubus,2019). montrent également comment l’argent mobile permet d’intégrer davantage de populations non bancarisées dans le système financier formel et de faciliter les transactions numériques dans des économies à forte proportion de microentrepreneurs.
Conclusion
Synthèse des principaux résultats
Cette revue de la littérature sur la microfinance et le microentrepreneuriat en contexte de chocs a permis d’identifier plusieurs constats majeurs. Premièrement, les organisations de microfinance dans les pays du Sud ont démontré une capacité de résilience significative face aux crises récentes, notamment la pandémie de COVID-19 et d’autres chocs spécifiques liés à leurs contextes locaux. La qualité du portefeuille de crédit émerge comme le facteur le plus déterminant de cette résilience.
Deuxièmement, la littératie financière joue un rôle crucial dans la performance des microentreprises bénéficiaires. Les microentrepreneurs, et particulièrement les femmes, qui ont accès aux services de microfinance présentent généralement un niveau de littératie financière supérieur, ce qui se traduit par de meilleures performances entrepreneuriales. Troisièmement, les conditions de microfinancement influencent directement la capacité des MPME à se développer et à prospérer, avec un effet synergique entre des conditions favorables et un niveau élevé de littératie financière.
Implications pour les politiques publiques
Ces résultats suggèrent plusieurs orientations pour les politiques publiques dans le domaine de la microfinance. Les gouvernements et régulateurs devraient renforcer les cadres réglementaires tout en veillant à ne pas étouffer l’innovation et la capacité d’adaptation du secteur. L’expérience camerounaise montre qu’un encadrement rigoureux, s’il est bien conçu, peut contribuer à assainir le secteur et à renforcer la confiance des clients.
Les politiques publiques devraient également favoriser le développement de programmes d’éducation financière à grande échelle, en reconnaissant que la littératie financière est un investissement à long terme qui renforce la résilience des ménages et des microentreprises. Ces programmes pourraient être intégrés dans les curricula scolaires et proposés à travers des plateformes communautaires et digitales accessibles au plus grand nombre.
Recommandations pour le secteur de la microfinance
Pour les organisations de microfinance, plusieurs recommandations émergent de cette analyse. Il est essentiel de maintenir une gestion rigoureuse du portefeuille de crédit en renforçant les capacités d’évaluation du risque, de suivi des emprunteurs et de recouvrement. Les OMF devraient également investir davantage dans les programmes de formation et d’accompagnement de leurs clients, allant au-delà du simple octroi de crédit pour proposer un soutien holistique au développement entrepreneurial.
La transformation digitale doit être poursuivie de manière stratégique, en s’assurant que les innovations technologiques créent véritablement de la valeur pour les clients et ne se limitent pas à des gains d’efficacité opérationnelle. Les OMF doivent adopter une approche centrée sur le client, en développant des produits et services adaptés aux besoins spécifiques de différents segments de clientèle, notamment les femmes entrepreneures et les populations rurales.
Limites et perspectives de recherche
Cette revue présente certaines limites qu’il convient de reconnaître. D’abord, s’agissant d’une revue non systématique, elle ne prétend pas à l’exhaustivité de la littérature existante. Ensuite, les exemples de pays analysés, bien que représentatifs de différentes réalités des pays du Sud, ne couvrent pas l’ensemble de la diversité des contextes où la microfinance opère.
Plusieurs pistes de recherche future méritent d’être explorées. Il serait pertinent de mener des études longitudinales pour comprendre l’évolution de la résilience des OMF et de la littératie financière des bénéficiaires sur le long terme. Des recherches comparatives plus approfondies entre différents pays et régions pourraient également permettre d’identifier les facteurs contextuels qui influencent l’efficacité de la microfinance.
Portée et contribution de l’étude
Cette revue contribue à la littérature en proposant une synthèse intégrée des connaissances sur la microfinance en contexte de chocs, avec un accent particulier sur la résilience organisationnelle et la littératie financière. Elle met en lumière l’importance d’une approche multidimensionnelle qui ne se limite pas à l’analyse de la performance financière des OMF, mais qui intègre également les dimensions de résilience, de littératie financière et d’adaptation aux besoins des bénéficiaires. Les éléments présentés peuvent alimenter les réflexions et décisions des décideurs politiques, des praticiens de la microfinance et des chercheurs engagés dans la promotion d’un développement économique inclusif et durable dans les pays du Sud.
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