Accueil Éditorial L’économie informelle et la survie quotidienne : quand l’État abandonne les citoyens

L’économie informelle et la survie quotidienne : quand l’État abandonne les citoyens

On dit que l’économie est le poumon d’un pays. Pourtant, en Haïti, ce poumon est gravement atteint. Si le poumon permet de respirer, d’alimenter tout le corps en oxygène, alors Haïti, sans poumon économique fonctionnel, étouffe lentement. Quand une personne n’a plus de poumons, elle ne respire plus. Et un pays qui ne respire plus est un pays en agonie, privé de souffle, de perspectives et de vie.

Dans les rues d’Haïti, à chaque carrefour, sur chaque trottoir, l’économie informelle se dresse comme un cri de survie. Marchands ambulants, vendeurs de fritay, réparateurs de téléphones, jeunes cireurs de chaussures ; ce sont eux qui font battre le cœur de l’économie réelle. Non pas parce qu’ils ont choisi ce mode de vie, mais parce qu’ils ont été abandonnés par un État incapable de les encadrer, de les protéger, de les accompagner.

Aujourd’hui, en Haïti, exercer une activité dans l’informel n’est plus un choix alternatif : c’est devenu l’unique voie de subsistance pour des millions de citoyens. L’absence de politiques publiques claires, d’accès au crédit, de couverture sociale, et de formations adaptées a relégué toute une population à la débrouillardise permanente. Travailler sans sécurité, sans droits, sans avenir.

Et pourtant, c’est cette même population que l’État taxe arbitrairement, qu’il chasse parfois brutalement, qu’il ignore dans ses programmes et ses budgets. Une contradiction criante : les plus pauvres paient le prix fort de l’incompétence étatique, alors qu’ils devraient en être les premiers bénéficiaires.

Il est urgent de repenser le rôle de l’État. Non pas comme un spectateur hautain, mais comme un facilitateur du progrès. Haïti ne pourra pas se développer en laissant 80 % de sa force de travail à l’ombre (banque mondiale). Formaliser l’informel, c’est reconnaître la dignité de ceux qui luttent chaque jour pour survivre. C’est créer un pont entre la pauvreté et l’espoir, entre la débrouille et l’autonomie.

Ce pays ne se redressera pas sans ses citoyens. Mais ses citoyens ne peuvent plus avancer sans un État qui assume enfin ses responsabilités.

Isemelie Jean Baptiste