Photo des membres d’un gang opérant dans la capitale, disponible sur internet
L’année 2025 aura marqué un tournant dramatique pour Haïti. Entre massacres répétés, expansion territoriale des gangs, déplacements massifs de populations et aggravation de l’insécurité alimentaire, le pays s’enfonce dans une crise sécuritaire et humanitaire majeure. Selon les Nations unies, le BINUH, l’OIM et la CNSA, des milliers de morts ont été enregistrés, plus d’un million de personnes ont fui leurs foyers et plus de la moitié de la population fait face à la faim, tandis que la violence armée gagne de nouveaux départements.
La violence des gangs armés a atteint en 2025 des niveaux alarmants. Selon les données des Nations unies, au moins 2 680 personnes ont été tuées entre le 1er janvier et le 30 mai 2025, dont 54 enfants. Le bilan s’est encore alourdi dans les mois suivants : 3 141 morts ont été recensés entre janvier et juin 2025.
Le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) rapporte qu’entre octobre 2024 et juin 2025, au moins 4 864 personnes ont perdu la vie, illustrant une violence continue et structurelle qui s’étend bien au-delà de la capitale.
L’expansion territoriale des gangs
Longtemps concentrée dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, la violence s’est progressivement étendue vers les départements du Centre et de l’Artibonite, autrefois considérés comme relativement épargnés. Selon les agences onusiennes, les gangs contrôlent désormais environ 85 % de Port-au-Prince et de sa zone métropolitaine, imposant leur loi par des assassinats, enlèvements, extorsions et attaques ciblées.
Cette emprise territoriale limite fortement l’action de l’État, paralyse les activités économiques et empêche l’accès sécurisé aux services de base.
Des attaques ciblant même les lieux de culte
Les violences récentes illustrent le degré de brutalité atteint. Le 15 décembre 2025, au moins six personnes ont été assassinées à Bois Bélangé lors d’une attaque armée. Le même jour, des hommes armés ont ouvert le feu sur une église en pleine activité, faisant au moins un mort, selon Franceinfo.
Ces attaques contre des civils et des lieux de culte renforcent le sentiment de terreur généralisée au sein de la population.
Des déplacements massifs et incessants
La crise sécuritaire provoque un exode interne d’ampleur historique. Fin septembre 2025, 1,4 million de personnes étaient déplacées à l’intérieur du pays, soit environ 12 % de la population haïtienne, selon les données relayées par Franceinfo.
Rien qu’au mois de novembre 2025, près de 9 000 personnes ont fui les violences dans les départements de l’Artibonite et de l’Ouest, indique l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), dans une note consultée par l’agence AlterPresse.
Une pression humanitaire insoutenable
L’OIM alerte sur la saturation des sites d’hébergement déjà surpeuplés et sur la pression croissante exercée sur les communautés hôtes. Ces déplacements massifs entraînent une augmentation significative des besoins humanitaires, alors même que les financements restent largement insuffisants.
L’organisation souligne que de nombreuses personnes déplacées sont privées d’un soutien vital, compromettant toute perspective de solutions durables.
À cette situation déjà critique s’ajoutent les conséquences de l’ouragan Mélissa, qui a frappé le pays à la fin du mois d’octobre 2025. Des milliers de ménages touchés peinent encore à se reconstruire, faute de moyens et d’assistance adéquate, aggravant la vulnérabilité des populations déjà déplacées par la violence armée.
L’insécurité alimentaire atteint un seuil critique
Selon la dernière analyse du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), publiée en octobre 2025 par la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA), environ 51 % de la population haïtienne se trouve en situation d’insécurité alimentaire aiguë.
La CNSA prévient que la situation pourrait encore se détériorer entre mars et juin 2026, avec un taux pouvant atteindre 53 % de la population, en raison de l’insécurité persistante, des déplacements forcés et de la faiblesse de la production agricole.
Retours forcés et vulnérabilités accrues
Parallèlement, Haïti doit faire face à un afflux de personnes expulsées. Selon l’OIM, près de 22 000 migrantes et migrants haïtien·ne·s ont été expulsé·e·s vers le pays en novembre 2025, venant grossir les rangs des populations vulnérables, souvent sans abri ni moyens de subsistance.
La conjugaison de la violence armée, des déplacements massifs, des catastrophes naturelles et de l’insécurité alimentaire place Haïti au bord d’un effondrement humanitaire. Les organisations internationales s’accordent à dire que, sans un renforcement urgent de la sécurité, une réponse humanitaire mieux financée et des solutions politiques durables, la situation continuera de se dégrader en 2026.
W. A.



























