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Justice en péril : le juge Martel Jean Claude alerte sur l’effondrement du système judiciaire

 

Port-au-Prince, le 8 octobre 2025.- Lors d’une interview accordée à Magik 9, ce mercredi 8 octobre, le juge Martel Jean Claude, président de l’Association des Professionnels Magistrats (APM), a tiré la sonnette d’alarme sur la dégradation inquiétante du système judiciaire haïtien. Entre insécurité, manque de ressources et paralysie des tribunaux, la justice peine à remplir sa mission fondamentale.

À l’occasion de la rentrée judiciaire, tenue ce lundi 6 octobre, plusieurs magistrats dénoncent la détérioration avancée des composantes du système judiciaire haïtien. Selon le juge Martel Jean Claude, plusieurs juridictions, dont le Tribunal de Première Instance (TPI) de Port-au-Prince, la plus importante du pays, ont été vandalisées, pillées et demeurent sans locaux. « Le système est affaibli par des crises de toutes sortes », a déploré le magistrat, soulignant que la justice, en tant que service public essentiel, ne peut jouer son rôle de garant de la démocratie dans de telles conditions.

Le président de l’APM pointe du doigt l’expansion des gangs comme principal obstacle à la distribution de la justice. Plusieurs tribunaux et cours de justice se trouvent désormais sous le contrôle de groupes armés, paralysant totalement leur fonctionnement. Dans d’autres régions, c’est la peur qui dicte la loi : juges, avocats, huissiers et greffiers redoutent d’être pris pour cibles. Cette atmosphère d’insécurité généralisée provoque un ralentissement considérable des activités judiciaires.

Face à ce constat alarmant, le juge Jean Claude appelle le gouvernement et le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) à agir d’urgence. Il réclame des mesures concrètes pour sécuriser les infrastructures et protéger le personnel judiciaire. « L’accès à la justice est un droit fondamental », rappelle-t-il, exhortant les autorités à faire de l’année judiciaire 2025-2026 un véritable tournant vers la reconstruction du système.

Outre la question sécuritaire, le président de l’APM fustige la faiblesse du budget consacré à la justice, estimé à seulement 1 % des dépenses publiques. Il plaide pour une hausse à 4 % afin de garantir le fonctionnement des tribunaux, la réparation des infrastructures et l’amélioration des conditions de vie des magistrats. Selon lui, les grèves à répétition dans le secteur judiciaire sont la conséquence directe des mauvaises conditions de travail. Néanmoins, il souligne que les associations de juges ont choisi le dialogue plutôt que la confrontation au cours de la dernière année judiciaire.

Malgré ce tableau sombre, le juge Martel Jean Claude salue la détermination de nombreux magistrats qui continuent à rendre la justice « avec honneur et dignité » malgré les difficultés. Il les encourage à poursuivre sur cette voie pour redorer le blason d’une institution en quête de renaissance.

W. A.