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7 juin : derrière la liberté de la presse, les visages de ceux qui sont tombés

©️photo : Le Nouvelliste

Pétion-ville, le 7 juin 2026.- La Journée latino-américaine de la presse, observée chaque 7 juin, est consacrée à la défense de la liberté de la presse et du droit à l’information. En Haïti, cette date prend une résonance particulière dans un contexte où plusieurs journalistes ont perdu la vie ou disparu au cours des dernières décennies. Entre devoir de mémoire et appel à la justice, cette journée rappelle que le journalisme demeure un métier à risque dans le pays.

La Journée latino-américaine de la presse vise à promouvoir la liberté d’expression, l’indépendance des médias et l’accès des citoyens à une information libre et pluraliste. Elle constitue également une occasion de rendre hommage aux journalistes qui continuent d’exercer leur profession malgré les menaces, les violences et les pressions auxquelles ils sont confrontés. Dans plusieurs pays de la région, cette journée sert aussi à dénoncer les atteintes à la liberté de la presse et à réclamer de meilleures conditions de travail pour les professionnels de l’information.

En Haïti, les défis demeurent considérables. Selon le Classement mondial de la liberté de la presse 2025 publié par Reporters sans frontières (RSF), le pays occupe la 111e place sur 180 États et territoires évalués. L’organisation souligne que les journalistes évoluent dans un environnement marqué par l’insécurité, les violences des groupes armés, les menaces et les difficultés d’accès à certaines zones du territoire. Malgré ce contexte, les médias continuent de jouer un rôle essentiel dans l’information de la population et la défense des principes démocratiques.

Des micros réduits au silence, des questions restées sans réponses

Cette journée est aussi un moment de recueillement pour la profession. Au fil des années, plusieurs journalistes haïtiens ont été tués ou ont disparu dans des circonstances liées à leur travail. Parmi eux figurent Jean Léopold Dominique et son gardien, Jean-Claude Louissaint en 2000, Brignol Lindor en 2001, Jacques Roche en 2005, le photojournaliste Vladjimir Legagneur disparu depuis 2018, Pétion Rospide et Néhémie Joseph en 2019, Diego Charles et l’ancienne journaliste Antoinette Duclaire en 2021 ainsi que Wilguens Louissaint et Amady John Wesley en 2022. Chacun de ces noms – comme tant d’autres – rappelle les risques auxquels sont exposés les professionnels des médias lorsqu’ils enquêtent, témoignent ou rapportent les faits.

« Sans liberté de la presse, il ne peut y avoir de véritable démocratie », rappellent régulièrement les organisations de défense des journalistes. Pourtant, plusieurs de ces dossiers demeurent entourés de zones d’ombre. Pour les proches des victimes comme pour leurs collègues, l’absence de justice dans de nombreuses affaires nourrit un sentiment d’impunité qui fragilise davantage la profession. Chaque asassinat ou disparition constitue non seulement une tragédie humaine, mais aussi une atteinte au droit de la population d’être informée.

En cette Journée latino-américaine de la presse, les hommages se mêlent à la douleur et aux revendications. Derrière chaque nom se trouvent une famille endeuillée, des collègues marqués à jamais et des enquêtes parfois restées inachevées. De Jean Léopold Dominique à Diego Charles, d’Antoinette Duclaire à Wilguens Louissaint et Amady John Wesley, leur mémoire continue de hanter les rédactions haïtiennes. Tant que la vérité et la justice ne seront pas au rendez-vous, le 7 juin restera aussi le rappel silencieux du prix que certains ont payé pour permettre aux autres de savoir.

Quetya AUBIN