Accueil Société Au Sénat américain, le TPS pour les Haïtiens divise profondément les élus

Au Sénat américain, le TPS pour les Haïtiens divise profondément les élus

©️photo : AFP

Washington, le 22 juillet 2026.- Le débat sur le Statut de protection temporaire (TPS) des Haïtiens a provoqué de vifs échanges au Sénat des États-Unis. Selon des informations relayées par Jacqueline Charles, les sénateurs démocrates Ed Markey et Lisa Blunt Rochester ont dénoncé la décision de l’administration Trump de mettre fin à cette protection, qu’ils jugent inhumaine au regard de la crise sécuritaire en Haïti. À l’inverse, le sénateur républicain Eric Schmitt s’est opposé à toute prolongation du programme, estimant que les États-Unis ne doivent pas devenir un « camp mondial de réfugiés ».

Le Sénat américain a été le théâtre d’un débat particulièrement tendu, ce mercredi, autour du renouvellement du Statut de protection temporaire (TPS) accordé aux ressortissants haïtiens vivant aux États-Unis. Ce programme protège temporairement contre l’expulsion les personnes originaires de pays confrontés à des conflits, des catastrophes naturelles ou des crises humanitaires.

Prenant la parole au Sénat, le démocrate Ed Markey a vivement critiqué la décision judiciaire et la politique de l’administration Trump concernant les bénéficiaires haïtiens du TPS. Selon lui, cette décision prive des centaines de milliers de personnes d’une protection indispensable.

Le sénateur du Massachusetts a rappelé que le Département d’État américain déconseille actuellement à ses propres citoyens de se rendre en Haïti en raison de l’insécurité persistante. Il a dénoncé ce qu’il considère comme une contradiction majeure.

« Vous ne pouvez pas dire aux Américains qu’il est trop dangereux d’aller en Haïti et, dans le même temps, demander à 350 000 Haïtiens d’y retourner », a-t-il déclaré devant ses collègues.

Ed Markey a également mis en avant le rôle économique et social des bénéficiaires haïtiens du TPS. Il les a décrits comme des infirmiers, aides-soignants, enseignants, ouvriers du bâtiment, employés de commerces et propriétaires de petites entreprises qui contribuent quotidiennement à l’économie américaine. Selon lui, ces travailleurs respectent la loi et occupent des postes essentiels dans plusieurs secteurs.

De son côté, la sénatrice démocrate du Delaware, Lisa Blunt Rochester, également co-auteure d’un projet de loi visant à prolonger le TPS pour les Haïtiens, a qualifié cette décision de « cruelle » et motivée par la xénophobie.

Elle a rappelé que l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021 a aggravé l’instabilité politique du pays. Depuis, Haïti est confrontée à une violence généralisée des groupes armés, aux enlèvements, à l’effondrement des services publics ainsi qu’aux conséquences de plusieurs catastrophes naturelles.

Selon elle, ces réalités expliquent pourquoi des centaines de milliers d’Haïtiens ont cherché refuge aux États-Unis.

La sénatrice a également averti qu’une suppression du TPS aurait des conséquences importantes pour l’économie américaine. Elle affirme que plusieurs employeurs lui ont déjà signalé être contraints de licencier des travailleurs haïtiens dont l’autorisation de travail dépend directement de ce statut.

À l’opposé, le sénateur républicain du Missouri, Eric Schmitt, s’est fermement opposé au projet de loi. Il a accusé les démocrates de vouloir maintenir un système qu’il juge abusif. Selon lui, les États-Unis ne doivent pas devenir « un camp mondial de réfugiés » et les personnes qui n’ont plus de base légale pour rester sur le territoire doivent être renvoyées dans leur pays.

Ces échanges illustrent la profonde fracture politique qui entoure la politique migratoire américaine. Pour les démocrates, le maintien du TPS répond à une urgence humanitaire et tient compte de la situation sécuritaire extrêmement dégradée en Haïti. Les républicains, quant à eux, défendent une application plus stricte des lois sur l’immigration et refusent une prolongation qu’ils considèrent comme injustifiée.

Le débat intervient alors que le sort de centaines de milliers d’Haïtiens installés légalement aux États-Unis demeure incertain, dans un contexte où la crise multidimensionnelle en Haïti continue d’alimenter les inquiétudes de la communauté internationale.

W. A. _avec_AFP