Port-au-Prince, le 1er novembre 2025.- Le Centre de Recherche en Gestion et en Économie du Développement (CReGED) de l’Université Quisqueya (UniQ) a tenu, le lundi 27 octobre, la conférence inaugurale des Lundis du CReGED de l’année universitaire 2025-2026 autour du thème : « Quel pourrait être l’apport de la science au développement économique d’Haïti ? » Quatre chercheurs haïtiens, Evens Emmanuel, Jean Waddimir Gustinvil, Bénédique Paul et Vijonet Déméro, ont partagé leurs réflexions sur la place de la science dans la transformation économique du pays, insistant sur la nécessité d’une recherche contextualisée, coordonnée et orientée vers l’innovation.
Pour le Professeur Evens Emmanuel, la recherche scientifique est une condition essentielle à la reconstruction intellectuelle et économique d’Haïti. Selon lui, le pays doit investir dans la recherche centrée sur la population et sur les réalités locales. Il souligne l’importance d’un alphabétisme scientifique fonctionnel qui permet aux citoyens de comprendre et de s’approprier les innovations. Le professeur appelle à une approche pluridisciplinaire, intégrant les sciences humaines, sociales et environnementales, afin d’aborder les défis liés à la vulnérabilité, au climat et à la production agricole. Pour lui, la science doit redevenir un levier de souveraineté et de sécurité alimentaire.
Les défis de la valorisation de la recherche en Haïti
Dans sa prise de parole, le Dr Jean Waddimir Gustinvil admet que la valorisation des résultats de la recherche en Haïti reste freinée par plusieurs obstacles : le manque de revues scientifiques conformes aux normes internationales, l’absence de culture d’évaluation par les pairs et la faible reconnaissance du statut de chercheur. De nombreux universitaires manquent de moyens pour publier ou ignorer les procédures éthiques indispensables, comme la saisine du comité d’éthique avant toute recherche. Pour que la recherche devienne un levier de développement économique, il est essentiel de renforcer la rigueur scientifique, la formation à l’éthique et la valorisation institutionnelle du travail des chercheurs haïtiens, a-t-il soutenu.
Pour une recherche contextualisée et tournée vers l’innovation locale*l
Le professeur Bénédique Paul met l’accent sur la contextualisation de la recherche et sur la nécessité de répondre aux besoins économiques concrets du pays. Il déplore la faible formalisation des entreprises haïtiennes, dont plus de 80 % évoluent dans l’informel, ce qui limite l’innovation et la compétitivité. Selon lui, l’État et les universités doivent encourager une recherche technologique et entrepreneuriale adaptée aux réalités du marché haïtien. L’objectif : transformer la connaissance scientifique en solutions pratiques favorisant la création de richesses et la réduction de la dépendance économique extérieure.
Vers une coordination entre universités, centres de recherche et secteur privé
Abordant la question de la synergie scientifique, le Dr Vijonet Déméro plaide pour une coordination efficace entre les universités, les centres de recherche et le secteur privé. Il rappelle que les 176 universités haïtiennes doivent assumer pleinement leur triple mission : enseignement, recherche et service à la communauté. Pour ce faire, il appelle à la création de cadres de collaboration transsectoriels, notamment des partenariats public-privé et public-société civile, afin d’aligner les recherches sur les besoins réels du marché et d’assurer un transfert de connaissances utile au développement national.
De cette conférence inaugurale se dégage une conviction commune : Haïti ne pourra amorcer un développement durable sans une politique scientifique forte et coordonnée. La recherche, loin d’être un luxe académique, devient un outil stratégique pour transformer l’économie, stimuler l’innovation et renforcer la résilience nationale.
W. A.




























