Jameson Duperval
Port-au-Prince, le 15 mai 2026.- Dans une intervention accordée à Magik 9 ce vendredi, l’économiste Jameson Duperval analyse les limites des Obligations BRH dans le système financier haïtien. Il met en évidence une dollarisation croissante de l’économie, où plus de 52 % des actifs financiers sont désormais adossés au dollar américain. Selon lui, la faible confiance dans la gourde, la montée des transferts de la diaspora et l’absence d’un marché financier structuré empêchent l’épargne en monnaie nationale de se développer. Il plaide pour une réforme profonde, incluant la digitalisation de la distribution via les services de paiement et la création d’un véritable marché secondaire des titres publics.
Dans son analyse, Jameson Duperval décrit un système financier haïtien de plus en plus dépendant du dollar. Il souligne que les dépôts en devises ont presque doublé entre 2020 et 2025, passant de 191,0 milliards à 379,1 milliards de gourdes équivalent, représentant aujourd’hui plus de la moitié des actifs financiers du pays.
Selon lui, cette évolution traduit moins un simple choix des épargnants qu’une perte progressive de confiance dans la gourde comme réserve de valeur. Le dollar devient ainsi une monnaie de refuge, utilisée non seulement pour les transactions internationales, mais aussi comme unité d’épargne et de protection contre l’instabilité économique.
L’économiste met également en lumière le rôle central des transferts de la diaspora dans cette dynamique. Entre 2019 et 2025, les envois de fonds sont passés de 2,979 milliards à 4,435 milliards de dollars, soit une hausse de près de 49 %. Ces flux constituent une source majeure de devises et renforcent la dollarisation de l’économie haïtienne.
Duperval explique que les réformes récentes dans le circuit des transferts ont également contribué à orienter une partie des fonds vers les dépôts bancaires en dollars, accentuant encore la dépendance au système bancaire en devises.
Sur le plan monétaire, il décrit un cercle vicieux préoccupant : la méfiance envers la gourde alimente la demande de dollars, ce qui entraîne une dépréciation de la monnaie nationale, laquelle renforce à son tour cette même méfiance. Pour lui, ce mécanisme rend inefficaces les simples ajustements de taux d’intérêt.
Dans ce contexte, l’économiste estime que les Obligations BRH restent un instrument encore marginal. Il critique un écosystème incomplet, marqué par l’absence de marché secondaire, une faible liquidité et une distribution limitée.
Pour remédier à ces faiblesses, Jameson Duperval propose d’impliquer davantage les fournisseurs de services de paiement comme MonCash ou NatCash dans la distribution des titres publics. Cette approche permettrait, selon lui, de démocratiser l’accès à l’épargne en gourdes et d’inclure une population largement exclue du système bancaire traditionnel.
Il insiste toutefois sur la nécessité d’un encadrement strict afin d’éviter les dérives, notamment en matière de transparence, de protection des utilisateurs et de séparation des fonds.
En conclusion, l’économiste estime que les Obligations BRH ne pourront jouer un rôle structurant que si elles s’inscrivent dans une réforme globale du système financier. Cela implique la restauration de la confiance dans la gourde, la création d’un marché financier fonctionnel et une meilleure articulation entre Banque centrale, banques commerciales et acteurs du numérique.
Sans ces transformations, avertit-il, le système haïtien continuera de fonctionner sous domination du dollar, limitant toute ambition de souveraineté monétaire.
W.A.
























