Face à une flambée sans précédent de la violence des gangs armés dans la capitale, plus d’1,2 million de personnes ont été contraintes de fuir leur foyer, trouvant refuge dans des camps improvisés, souvent des écoles et bâtiments publics. Cette crise humanitaire d’ampleur historique affecte tous les secteurs vitaux du pays, de l’éducation à la santé, en passant par l’économie. Malgré les efforts du Conseil Présidentiel de Transition et des initiatives gouvernementales pour reloger certaines familles déplacées, la situation reste critique, entre espoirs fragiles et défis structurels majeurs.
Un pays à genoux sous la violence
La montée fulgurante des violences armées dans la région métropolitaine de Port-au-Prince a plongé le pays dans une crise sécuritaire et humanitaire. Les fossoyeurs de troubles occupent plusieurs zones stratégiques, forçant des milliers de familles à fuir vers des écoles, des édifices publics, transformés en abris de fortune. Selon l’OIM, plus d’un million de personnes étaient déplacées internes en juin 2025, soit une hausse de 24 % en six mois.
Des secteurs clés asphyxiés
Le secteur éducatif est parmi les plus touchés. De nombreuses écoles, publiques et privées, ont dû se délocaliser à Pétion-Ville ou en haut de Delmas, tandis que d’autres n’ont eu d’autre choix que de passer à l’enseignement en ligne. Mais cette adaptation reste peu efficace, comme l’explique Mme Doune Placide, mère de deux enfants : « La connexion est instable, les enfants sont distraits, ce n’est pas une vraie solution. » Le problème est similaire dans l’enseignement supérieur, où certains professeurs peinent à s’adapter aux outils numériques.
Un soutien gouvernemental quoique timide
Le Conseil Présidentiel de Transition, qui a pour mission de stabiliser le pays et de préparer les élections, tente de contenir la crise en soutenant la Police Nationale d’Haïti (PNH)et les Forces Armées D’Haïti (FAD’H) à travers des équipements, tout en misant sur l’arrivée de la Mission Multinationale de Soutien à la Sécurité (MSS). Parallèlement, environ 3000 familles déplacées ont pu quitter les camps grâce à une aide financière de 100 000 gourdes distribuée via l’Office National de la Migration (ONM), organe technique du Ministère des Affaires Sociales et du Travail (MAST).
Cependant, des irrégularités sont signalées. Un déplacé du camp Colbert Lochard déclare que certaines familles ont reçu deux chèques grâce à leurs liens d’influence, créant ainsi des inégalités flagrantes dans l’accès à cette aide.
Territoires abandonnés, population désespérée
Des zones entières comme Delmas 19, Delmas 32 et Christ-Roi sont en voie de devenir des territoires perdus, faute d’intervention. L’impact de cette crise est particulièrement sévère sur les jeunes professionnels, de plus en plus nombreux à sombrer dans le chômage, la précarité et le désespoir. « Aujourd’hui, beaucoup ne survivent que grâce aux paris sportifs », confie un jeune rencontré dans un camp.
Une crise aux multiples visages
Pendant ce temps, des ressortissants haïtiens sont arrêtés et refoulés en Haïti par les autorités dominicaines et américaines, ajoutant à la pression démographique et sociale. La gestion de cette crise nécessite une réponse humanitaire globale, des réformes en profondeur et une véritable volonté.
La crise humanitaire actuelle en Haïti met à nu la fragilité de ses institutions et l’urgence de repenser un modèle de gouvernance centré sur la sécurité humaine. Sans réponse rapide, structurée et inclusive, le pays court le risque de voir s’effondrer les derniers piliers de son tissu social.
W. A.





























