Accueil Actualité Les Haïtiens stigmatisés aux Îles Turques-et-Caïques après la flambée de violence

Les Haïtiens stigmatisés aux Îles Turques-et-Caïques après la flambée de violence

 

Cockburn Town, le 3 septembre 2025.- Après une tuerie de masse survenue fin juillet à Providenciales, le Premier ministre Charles Washington Misick a pointé la communauté haïtienne comme foyer de la criminalité sur l’archipel. Ces déclarations, rapportées par AyiboPost, alimentent un climat de stigmatisation contre les migrants haïtiens, pourtant essentiels à la vie économique et politique locale.

Fin juillet, trois personnes ont été tuées et une dizaine d’autres blessées lors d’une fusillade dans une boîte de nuit à Providenciales, le principal centre touristique et économique des Îles Turques-et-Caïques (TCI). Qualifié de première « tuerie de masse » sur l’archipel, ce drame a provoqué une vive émotion.

Dans la foulée, le Premier ministre Charles Washington Misick a dénoncé « des meurtres de type gangster » concentrés, selon lui, « dans les communautés haïtiennes ». Il a exhorté les migrants à collaborer avec la police, affirmant que certains d’entre eux détiendraient des informations sur l’introduction clandestine d’armes aux TCI.

Ces propos ont accentué le malaise des Haïtiens établis dans l’archipel, nombreux à dénoncer un sentiment anti-haïtien croissant. « Au moindre acte de banditisme ou d’homicide, on pointe les Haïtiens », témoigne Alex, installé depuis 2014, auprès d’AyiboPost. Guyvenson Laine, arrivé en 2021, observe lui aussi que « cette perception négative est étroitement liée à l’image ternie d’Haïti par les gangs ».

Une communauté nombreuse, mais fragilisée

En 2012, les Haïtiens représentaient près de 35 % de la population, presque autant que les natifs (39 %). Certains se sont intégrés au monde politique et économique, à l’image d’Eliphat Registre, naturalisé depuis 1999, qui rappelle : « Nos votes comptent. » Mais la pauvreté, le chômage et la précarité frappent durement cette communauté, ce qui en fait une cible des discours officiels.

Entre migration et criminalité transnationale

L’archipel est l’une des principales destinations des migrants haïtiens depuis plusieurs décennies. Mais l’afflux massif de nouveaux arrivants, souvent en situation irrégulière, inquiète les autorités, qui ont suspendu récemment la délivrance de nouveaux permis de travail aux Haïtiens.

Déjà en 2022, Misick avait accusé les migrants irréguliers venus d’Haïti de nourrir la violence. Selon un rapport parlementaire britannique, l’insécurité aux TCI s’inscrit dans une dynamique régionale alimentée par les trafics d’armes et de drogues, aggravée par la pauvreté et les inégalités locales.

Providenciales et Grand Turk, où réside une grande partie des Haïtiens, concentrent l’essentiel des crimes. Les homicides sont en hausse : 13 cas en 2019, 22 en 2020, 13 en 2021, dans une population estimée à 50 000 habitants.

W. A.