Manilla Arroyo, cheffe de mission de MSF en Haïti
Port-au-Prince, le 31 janvier 2026.- À Port-au-Prince, les violences sexuelles et sexistes atteignent un niveau alarmant dans un contexte d’insécurité généralisée. Dans un rapport accablant, Médecins Sans Frontières dénonce des services insuffisants, mal financés et difficilement accessibles pour les survivant·e·s. Invitée sur Radio Magik 9 ce 31 janvier, Manilla Arroyo, cheffe de mission de MSF en Haïti, appelle à une réponse humanitaire urgente, coordonnée et centrée sur les survivant-e-s.
« Les survivantes sont abandonnées à leur sort »
« Les violences sexuelles et sexistes sont aujourd’hui utilisées comme une véritable arme contre les communautés, et ce sont principalement les femmes et les filles qui en paient le prix », affirme Manilla Arroyo au micro de Radio Magik 9.
Selon MSF, malgré l’ampleur de la crise, l’offre de soins médicaux et psychosociaux à Port-au-Prince reste largement insuffisante. Les survivant·e·s font face à de nombreux obstacles : services éloignés, coûts de transport non pris en charge, manque d’information, et surtout discontinuité des programmes.
« Beaucoup de services fonctionnent de manière intermittente, parce qu’ils dépendent de financements de très courte durée. Cela décourage les survivantes à demander de l’aide et complique l’aiguillage entre les organisations », explique la cheffe de mission.
Des financements inadaptés et des refuges inaccessibles
MSF pointe également les critères restrictifs imposés par certains refuges, qui excluent les survivant·e·s les plus vulnérables : femmes avec enfants, femmes enceintes ou personnes souffrant de problèmes médicaux.
« Ces femmes sont celles qui ont le plus besoin de protection, mais leurs besoins complexes demandent plus de ressources. Résultat : elles sont trop souvent laissées de côté », déplore Manilla Arroyo.
L’organisation appelle les bailleurs de fonds, États, Nations unies et institutions multilatérales à augmenter la part de leur budget consacrée à des services gratuits, accessibles et durables, et à prolonger la durée des accords de financement afin d’éviter les ruptures de prise en charge.
Une coordination onusienne jugée défaillante
Autre point critique du rapport : la coordination entre les agences des Nations unies. MSF estime que les mécanismes actuels, notamment la carte d’aiguillage du FNUAP, sont largement inefficaces.
« Une carte de plus de 70 pages, avec des informations obsolètes et difficiles à comprendre, n’aide ni les survivantes ni les prestataires de services. Elle retarde l’accès aux soins », souligne Manilla Arroyo.
MSF recommande une mise à jour régulière de ces outils, une présentation simplifiée, des coordonnées fiables et des consignes d’aiguillage claires, afin d’améliorer la rapidité et l’efficacité des réponses.
Former les forces de sécurité pour mieux protéger
Enfin, l’organisation humanitaire interpelle directement les acteurs chargés de la sécurité, y compris l’armée haïtienne et les forces internationales.
« Ces acteurs sont souvent les premiers en contact avec les survivantes après une attaque. Ils doivent être formés pour reconnaître les violences sexuelles, orienter les victimes vers les services appropriés et les traiter avec dignité », insiste la cheffe de mission.
Pour MSF, reconnaître officiellement que les violences sexuelles et sexistes sont utilisées comme une arme est une étape indispensable pour mettre en place une réponse sécuritaire et humanitaire à la hauteur de la crise.
W. A.























