Port-au-Prince, le 5 janvier 2026.- La capture du président vénézuélien Nicolas Maduro par les États-Unis marque un tournant historique dans les relations interaméricaines. Dans un entretien accordé à Radio Magik 9 ce lundi 5 janvier, le professeur brésilien Ricardo Seitenfus analyse une opération militaire inédite en Amérique du Sud, ses implications géopolitiques et les fractures qu’elle révèle au sein de l’espace latino-américain.
L’annonce de la capture de Nicolas Maduro et de son épouse par les forces américaines continue de provoquer de vives réactions à travers le monde. Pour le professeur Ricardo Seitenfus, spécialiste des relations internationales, cette opération constitue un fait sans précédent dans l’histoire contemporaine de l’Amérique du Sud.
« C’est la première fois que l’armée américaine intervient de manière ouverte et violente sur le territoire sud-américain », souligne-t-il. Contrairement aux interventions répétées des États-Unis en Amérique centrale et dans les Caraïbes, jamais jusque-là des Marines et forces spéciales américaines n’avaient mené une opération directe de ce type au sud du continent.
Selon l’universitaire brésilien, cette distinction est fondamentale pour comprendre la portée de l’événement. Si l’Amérique du Sud a connu, dans les années 1960 et 1970, des ingérences indirectes via des opérations clandestines comme le Plan Condor, aucune intervention militaire ouverte n’avait été enregistrée.
Autre élément clé : la réaction mitigée des pays de la région. Sur les 33 États que comptent l’Amérique latine et la Caraïbe, seuls cinq ont officiellement condamné l’action américaine. Une situation qui, selon Seitenfus, révèle « l’éclatement du concept même d’Amérique latine » et laisse entrevoir une approbation silencieuse de certains gouvernements.
Concernant les accusations d’un retour à la politique du « Big Stick », héritée de Theodore Roosevelt, Ricardo Seitenfus invite à la nuance. Il estime que l’opération américaine s’inscrit davantage dans une logique juridico-militaire que dans une stratégie impérialiste classique. Depuis 2020, rappelle-t-il, Nicolas Maduro, son épouse et plusieurs hauts responsables sont poursuivis par la justice américaine pour trafic de drogue et blanchiment d’argent.
Le professeur souligne également l’isolement politique du dirigeant vénézuélien, fragilisé par des élections contestées en 2024, le non-respect de l’accord de la Barbade, ainsi que par des initiatives controversées, notamment la tentative d’annexion de deux tiers du territoire de la Guyane.
Pour Ricardo Seitenfus, si l’opération américaine pose de sérieuses questions sur le droit international, elle s’explique aussi par le parcours politique et judiciaire de Nicolas Maduro, devenu un acteur difficilement défendable sur la scène internationale.
W. A.






















