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« Une prison dans la prison » : quand des détenus gardent eux-mêmes les clés des cellules

©️Victoria Hazou

Port-au-Prince, le 22 août 2025.- Invitée à l’émission Panel Magik ce vendredi 22 août, Mme Marie Yolène Gilles de la Fondasyon Je Klere (FJKL) a dénoncé les conditions inhumaines qui règnent dans les prisons haïtiennes. Sur 7 178 détenus recensés dans 14 centres carcéraux opérationnels, 82 % sont en détention préventive prolongée. Le manque criant de moyens pousse parfois l’administration à confier les clés des cellules à des prisonniers de confiance, symbole d’un système pénitentiaire en plein effondrement.

Un système carcéral paralysé

Haïti dispose officiellement de 24 espaces carcéraux, mais seuls 14 fonctionnent encore, les autres étant désaffectés ou rasés. Ces établissements accueillent 7 178 prisonniers dont 5 843 sans jugement et seulement 1 335 condamnés. En clair, à peine 18 % des détenus connaissent leur peine, a souligné Mme Gilles.

La population carcérale comprend 349 femmes, 234 mineurs et 24 mineures, exposés aux mêmes conditions de surpopulation et de privation de droits fondamentaux.

Des prisons sous-équipées et livrées à elles-mêmes

Selon les normes des Nations Unies, il devrait y avoir un agent pour quatre détenus. En Haïti, le ratio atteint un agent pour dix prisonniers, soit environ 700 agents pour 7 000 détenus. Cette carence oblige parfois l’administration à laisser des détenus gérer les clés des cellules, un signe alarmant du chaos sécuritaire dans les prisons.

Mme Gilles a révélé que la Direction de l’administration pénitentiaire ne dispose que de trois médecins pour tout le pays, tous basés à Delmas. Les 13 autres centres carcéraux fonctionnent avec seulement quelques infirmiers (ères) parfois très âgés. De plus, l’État n’alloue que 35 gourdes par jour et par prisonnier pour l’alimentation, un montant largement insuffisant face aux besoins élémentaires.

Avec l’occupation de larges zones de la capitale par les gangs armés, plusieurs commissariats ont été transformés en centres carcéraux improvisés, aggravant les conditions de détention et confirmant l’effondrement du système judiciaire et sécuritaire du pays.

W. A.