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Système sanitaire haïtien : l’année du décrochage

Le secrétaire général de l’Association médicale haïtienne, Dr Jean Ardouin Louis Charles

En 2025, le système de santé haïtien a franchi un seuil critique. Selon le secrétaire général de l’Association médicale haïtienne (AMH), le Dr Jean Ardouin Louis Charles, il ne s’agit plus d’une stagnation, mais d’une détérioration profonde et généralisée, marquée par l’effondrement des hôpitaux publics, le recul technologique et l’incapacité à assurer des soins d’urgence, obligeant des milliers de patients à se faire soigner à l’étranger.

Intervenant au micro de Magik 9, le samedi 3 janvier 2025, le Dr Jean Ardouin Louis Charles dresse un constat sans appel : Haïti ne dispose plus d’un système sanitaire public fonctionnel. Le dispositif existant est devenu parallèle, dominé par des structures privées aux capacités limitées, souvent davantage orientées vers l’hébergement que vers une véritable prise en charge médicale.

Sur le plan quantitatif, le pays enregistre une baisse marquée du nombre d’institutions de santé opérationnelles, de médecins, de services spécialisés et d’équipements médicaux. Plusieurs départements se retrouvent avec une offre de soins extrêmement restreinte, incapable d’assurer une couverture minimale, notamment en urgence. Les hôpitaux généraux, autrefois piliers du service public avec une disponibilité 24h/24 et 7j/7, sont soit dysfonctionnels, soit hors service.

La qualité des soins s’est également effondrée. Le retard technologique est important par rapport à des pays de la région comme Cuba et la République dominicaine. L’absence de plateaux techniques modernes, de salles d’urgence conformes et de personnel en nombre suffisant entraîne des décès évitables, en particulier pour les cas graves nécessitant des interventions rapides, neurologiques ou chirurgicales.

Face à cette incapacité structurelle, l’exode sanitaire s’intensifie. De nombreux patients sont contraints de se rendre à l’étranger, notamment en République dominicaine, au Québec ou aux États-Unis, accentuant les inégalités d’accès aux soins et aggravant la vulnérabilité des plus démunis.

Pour le secrétaire général de l’AMH, la perte d’hôpitaux publics de référence et la disparition de centres spécialisés constituent des reculs irréversibles à court terme. « Ce n’est pas une stagnation, c’est une détérioration », insiste-t-il, appelant à une refondation urgente du système sanitaire haïtien.

W. A.