Port-au-Prince, le 3 septembre 2025.- Alors que les gangs exigent le retour des déplacés internes dans les quartiers qu’ils ont jadis contrôlés, Pierre Espérance, directeur exécutif du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), dénonce un piège mortel pour la population. De son côté, le professeur James Boyard estime qu’une véritable sécurité durable passe par une refonte de l’aménagement territorial dans les zones à forte criminalité comme Cité Soleil, Martissant ou Bel-Air.
Invité sur les ondes de Magik9 le dimanche 31 août, Pierre Espérance a mis en garde les autorités et la population contre les appels des gangs invitant les déplacés à regagner leurs foyers.
Selon lui, « dès que les gens reviennent sur le caprice des terroristes, ils seront tués comme cela s’est fait de 2019 à 2024 ». Pour le défenseur des droits humains, seul l’État, via une présence policière et publique effective, doit créer les conditions du retour des familles déplacées, et non les bandits eux-mêmes.
Le professeur James Boyard, spécialiste en géopolitique, va plus loin. Pour lui, des quartiers comme Cité Soleil, Martissant, Solino ou Bel-Air ne devraient pas accueillir de déplacés, même après l’éradication des gangs, sans une nouvelle politique d’aménagement territorial.
Il prône une stratégie fondée sur « l’obsession de la ligne droite ou le culte de l’axe », afin de remodeler l’espace urbain et réduire les zones de concentration criminelle.
*Une réflexion ancrée dans son dernier ouvrage*
Cette approche s’inscrit dans la continuité de son ouvrage publié en juin 2024, Le Procès de l’Insécurité : Problèmes, Méthodes et Stratégies, qui a marqué les débats politiques récents. Boyard y dénonce les entrepreneurs politiques qui instrumentalisent les gangs à des fins électorales, les acteurs économiques qui financent les violences pour protéger leurs intérêts, certains médias sensationnalistes qui alimentent un « terrorisme publicitaire », ainsi que les puissances étrangères qui maintiennent Haïti dans un état d’ingouvernabilité pour en tirer profit.
Les propos croisés d’Espérance et de Boyard soulignent une double urgence : protéger immédiatement les déplacés internes des manipulations des gangs et engager, à long terme, une véritable refonte territoriale et politique pour rompre le cycle de la violence urbaine en Haïti.
W. A.



























