©️Primature
Port-au-Prince, lundi 6 octobre 2025.– Après plusieurs années d’inaccessibilité dues à la violence des gangs, les tribunaux haïtiens ont officiellement rouvert leurs portes ce lundi, à l’occasion de la rentrée judiciaire 2025-2026. La cérémonie s’est tenue à la Cour de cassation, au Champ de Mars, marquant une tentative de l’État de reprendre le contrôle du centre-ville de Port-au-Prince, malgré un climat sécuritaire toujours précaire. Si cette réouverture suscite un espoir de redressement, plusieurs magistrats tirent néanmoins la sonnette d’alarme sur le déclin profond du système judiciaire, affaibli par l’insécurité, le manque de moyens et l’abandon prolongé de l’appareil judiciaire par les pouvoirs publics.
Des membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, ainsi que des représentants du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ), entre autres, ont pris part à la cérémonie dans le calme, avant d’effectuer une visite de terrain au Champ de Mars pour évaluer l’avancement des travaux d’assainissement et de réhabilitation. Ces travaux visent à permettre le retour progressif de plusieurs ministères, dont ceux de l’Intérieur, du Commerce et du Tourisme, ainsi que la relocalisation prochaine du CPT au Palais national et de la Primature au Bicentenaire. Selon le gouvernement, cette initiative s’inscrit dans un effort global de revitalisation du centre administratif et de restauration de l’autorité de l’État dans la capitale.
Des juges sonnent l’alarme
Malgré cette reprise symbolique, plusieurs magistrats dénoncent la dégradation profonde du système judiciaire. « Le système est aujourd’hui affaibli par des crises de toutes sortes », a déclaré Martel Jean Claude, président de l’Association des Professionnels Magistrats (APM), au micro de Radio Métropole. Il déplore notamment le quasi-dysfonctionnement des tribunaux dans plusieurs régions du pays.
À Port-au-Prince, le Tribunal de Première Instance (TPI), la plus grande des 18 juridictions du pays, demeure sans locaux, vandalisé et pillé. Le juge Jean Claude déplore que l’expansion des gangs, qui contrôlent aujourd’hui plus de 85 % de la zone métropolitaine, constitue le principal frein à l’administration de la justice.
Dans plusieurs régions, la peur paralyse les activités judiciaires : juges, avocats, huissiers et greffiers sont régulièrement menacés, rendant leur mission quasi impossible.
Le magistrat appelle le gouvernement et le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) à adopter des mesures urgentes pour sécuriser les infrastructures judiciaires et protéger les acteurs du secteur. Il plaide également pour une augmentation significative du budget de la justice, qui ne représente actuellement qu’environ 1 % du budget national. Selon lui, il faudrait au moins 4 % pour assurer un fonctionnement minimal et réhabiliter les tribunaux. Il réclame aussi une revalorisation des salaires des magistrats ainsi que de meilleures conditions de travail, afin d’éviter les grèves à répétition qui paralysent le système.
Dans ce contexte difficile, le Premier ministre a réaffirmé la détermination du gouvernement à renforcer les capacités de la Police nationale d’Haïti (PNH) et à rétablir la sécurité nécessaire à l’organisation d’élections démocratiques. Malgré les nombreux défis, certains juges continuent d’exercer « avec honneur et dignité », selon l’Association des Professionnels Magistrats (APM), qui salue leur résilience et leur engagement à restaurer la crédibilité de la justice haïtienne.
W. A.































