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Inflation en hausse pouvoir d’achat en chute la gourde sous tension

Le gouverneur de la BRH, Ronald Gabriel

Face à une inflation persistante qui érode le pouvoir d’achat et fragilise la confiance dans la monnaie nationale, la Banque de la République d’Haïti (BRH) analyse, dans le « Mot du Gouverneur », les mécanismes à l’œuvre et détaille sa stratégie pour contenir les pressions sur les prix, stabiliser le taux de change et ancrer les anticipations.

La hausse durable des prix n’est plus un simple indicateur macroéconomique en Haïti. Elle est devenue une réalité quotidienne qui pèse lourdement sur les ménages, contraints à des arbitrages de plus en plus difficiles. À revenu constant, consommer devient un exercice de renoncement : soins différés, dépenses essentielles comprimées, qualité de vie en recul.

Dans son analyse, le Gouverneur de la BRH, Ronald Gabriel rappelle que l’inflation agit comme un choc social, en particulier dans une économie où les dépenses incompressibles occupent une part importante du budget des familles. Les plus vulnérables, sans mécanismes de protection, en subissent les effets immédiats et profonds.

Au-delà de son impact social, l’inflation pose un défi institutionnel majeur. Elle affaiblit la monnaie nationale comme repère de confiance, réduit l’horizon des décisions économiques et alimente un climat d’incertitude. Lorsque les anticipations d’inflation s’installent, elles peuvent elles-mêmes accélérer la hausse des prix, en modifiant dès aujourd’hui les comportements d’achat, de fixation des salaires et des tarifs.

Dans le cas haïtien, ces dynamiques sont amplifiées par la forte dépendance aux importations. La dépréciation de la gourde se transmet rapidement aux prix des biens essentiels, via ce que les économistes appellent le « pass-through » du taux de change. Carburants, transport, produits de base : toute variation du taux de change se répercute dans le panier de consommation.

Face à ces risques, l’intervention de la BRH s’inscrit d’abord dans un cadre légal clair : préserver la valeur interne de la monnaie. Une inflation élevée et persistante mine la crédibilité monétaire, encourage la dollarisation et limite l’efficacité des politiques économiques.

Mais l’enjeu est aussi social. Stabiliser les prix, c’est protéger directement le pouvoir d’achat, en particulier celui des ménages les plus exposés. C’est également éviter l’enclenchement de spirales inflationnistes auto-entretenues, nourries par l’incertitude et les comportements de précaution.

Pour y parvenir, la banque centrale mise sur une approche graduelle et cohérente. Elle cherche à limiter les mouvements brusques du taux de change, à maîtriser les excès de liquidité et à renforcer la prévisibilité de ses actions. Parmi les instruments mobilisés figurent les émissions de bons BRH à différentes maturités, le maintien des réserves obligatoires et un suivi étroit de la liquidité bancaire.

Ces mesures visent un objectif central : empêcher que l’expansion monétaire ne se traduise par une pression accrue sur le marché des changes et, in fine, sur les prix. Car la stabilité ne se décrète pas. Elle se construit dans la durée, par la constance et la discipline.

Enfin, la BRH insiste sur un levier souvent sous-estimé : la communication. Dans un environnement marqué par l’incertitude, la transparence et la clarté des orientations jouent un rôle déterminant pour ancrer les anticipations et restaurer la confiance.

À travers le « Mot du Gouverneur », l’institution entend ainsi éclairer les acteurs économiques et renforcer le dialogue autour des enjeux macroéconomiques. Car au-delà des instruments techniques, la stabilité des prix demeure un objectif collectif, essentiel à la préservation du pouvoir d’achat et à la crédibilité de la monnaie nationale.