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Haïti : « La Constitution n’est pas le problème, ce sont les dirigeants » – Jocelerme Privert

L’ex-Président Jocelerme Privert

Port-au-Prince, le 27 janvier 2026.- Invité sur les ondes de Magik 9, l’ancien président de la République, Jocelerme Privert, a livré une analyse sans détour de la crise politique actuelle. Évoquant les délais constitutionnels, l’organisation des élections, la sécurité et la collusion entre acteurs politiques et groupes armés, il affirme que l’instabilité d’Haïti ne relève ni de la Constitution ni de la culture politique, mais bien du comportement des dirigeants qui refusent d’appliquer les règles qu’ils invoquent.

Le respect des délais constitutionnels : une illusion historique

Selon Jocelerme Privert, la Constitution haïtienne tant dans sa version originale que dans sa version amendée, prévoit des délais précis allant de 60 à 120 jours pour organiser des élections présidentielles en cas de vacance du pouvoir exécutif. Toutefois, il rappelle qu’aucun de ces délais n’a jamais été respecté depuis 1990, non par défaut juridique, mais par incapacité institutionnelle.

Pour l’ancien chef de l’État, le respect de ces échéances suppose des conditions indispensables :

l’existence d’un Conseil électoral permanent;

une loi électorale stable;

et surtout un gouvernement fonctionnel capable d’assurer la continuité de l’État.

Or, ces préalables font systématiquement défaut.

Stabilité gouvernementale et logique électorale

Dans le contexte actuel, alors qu’un décret électoral fixe la date des élections au 30 août et qu’un Conseil électoral est déjà à pied d’œuvre, Jocelerme Privert s’interroge sur la pertinence de provoquer une nouvelle instabilité gouvernementale.

« Ce n’est pas chaque vacance présidentielle qui doit automatiquement entraîner un changement de gouvernement », insiste-t-il, estimant qu’une telle logique compromet davantage l’organisation crédible des élections.

La Constitution de 1987 : longévité et mal-application

Balayant les critiques récurrentes contre la Loi mère, Privert rappelle que la Constitution de 1987, âgée de près de 39 ans, est la plus durable de l’histoire constitutionnelle haïtienne. En tant qu’œuvre humaine, elle peut être amendée, mais elle ne saurait être tenue pour responsable des dérives politiques.

« La Constitution n’est pas le problème. Le problème, c’est notre incapacité à gouverner selon ses exigences », tranche-t-il.

Il cite notamment la période 2010–2016, durant laquelle aucune élection n’a été organisée pendant près de six ans, malgré l’existence d’un cadre constitutionnel clair.

Insécurité, gangs armés et responsabilités politiques

Abordant la question sécuritaire, l’ancien président rappelle que la présence de groupes armés n’est pas un phénomène nouveau. Il évoque notamment les attaques armées de mai 2016, survenues alors qu’il était au pouvoir, mais qui n’avaient pas empêché la tenue des élections quelques mois plus tard.

Selon lui, l’arrogance croissante des gangs ces dernières années s’explique principalement par leur collusion avec des acteurs politiques, une réalité aujourd’hui dénoncée ouvertement par la communauté internationale, notamment les États-Unis, qui envisagent des sanctions ciblées contre les responsables politiques impliqués.

Un appel à la rupture avec les groupes armés

Pour Jocelerme Privert, le retour au calme passe par une décision claire et collective :
les dirigeants politiques doivent prendre leurs distances avec les groupes armés et assumer pleinement leurs responsabilités historiques.

« Si nous voulons la sécurité et la stabilité, il faut rompre sans ambiguïté avec ces forces de chaos », conclut-il.

W. A.