Accueil infrastructure Énergie en Haïti : l’État pose les bases d’une réforme historique vers...

Énergie en Haïti : l’État pose les bases d’une réforme historique vers l’horizon 2050

Le Directeur général de l'ANARSE, Evenson Calixte

Port-au-Prince, le 31 janvier 2026.- Réunis le jeudi 29 janvier, le Ministère des Travaux publics, Transports et Communications (MTPTC) et l’Autorité nationale de régulation du secteur de l’énergie (ANARSE) ont organisé, à Port-au-Prince, un Atelier de réflexion sur l’énergie en Haïti (AREH). Cette rencontre stratégique vise à refonder un secteur en crise, définir une feuille de route 2027-2032 et préparer les États généraux de l’énergie Horizon 2050, dans un contexte marqué par un accès extrêmement limité à l’électricité et une urgence nationale de transition énergétique.

Un secteur énergétique en situation critique

Organisé par la Cellule Énergie du MTPTC en collaboration avec l’ANARSE, l’AREH a réuni des représentants de l’État, des experts, des opérateurs privés et des partenaires techniques autour des grands défis du secteur énergétique haïtien. Parmi les participants figuraient notamment le ministre du MTPTC, Raphaël Hosty, le directeur général de l’Électricité d’Haïti (EDH), Jean Errol Morose, ainsi que plusieurs cadres institutionnels.

Selon Evenson Calixte, directeur général de l’ANARSE, le diagnostic du secteur est alarmant : moins de 30 % de la population haïtienne dispose d’un accès fiable à l’électricité, pour une capacité effective estimée à environ 30 mégawatts, alors que la demande nationale varie entre 500 et 800 MW. À cela s’ajoutent des pertes techniques et commerciales dépassant 50 %, des infrastructures vieillissantes, une forte dépendance aux combustibles fossiles et une gouvernance fragmentée, autant de facteurs qui freinent le développement économique et découragent l’investissement.

Une feuille de route réaliste pour restaurer la confiance

Face à ces défis structurels, la feuille de route énergétique 2027-2032 entend enclencher une dynamique irréversible d’électrification, sans prétendre résoudre l’ensemble des problèmes en cinq ans. L’objectif central, selon les autorités, est de restaurer la confiance à travers une gouvernance transparente et prévisible, tout en jetant les bases d’un système électrique plus résilient, équitable et attractif pour le secteur privé.

Le plan prévoit notamment d’augmenter le taux d’accès national à l’électricité de moins de 30 % à au moins 60 % d’ici 2032, de créer environ 250 000 nouveaux raccordements, dont 150 000 via des solutions décentralisées et d’accroître la capacité de production fiable des réseaux hors Port-au-Prince à 75 MW. Le mix énergétique devrait également intégrer au minimum 30 MW d’énergie solaire.

Miser sur le solaire et les modèles décentralisés

Intervenant lors de l’atelier, l’ingénieur Léonidas Pierre Davoust, coordonnateur de la Cellule Énergie du MTPTC, a insisté sur la nécessité de faire preuve de flexibilité afin de réaliser les projets dans des délais raisonnables. Il a souligné que les initiatives en cours visent à desservir près de 10 000 ménages, soit environ 50 000 personnes, tout en appelant à une mobilisation collective pour surmonter les obstacles institutionnels et techniques.

Il a également mis en avant le fort potentiel solaire du pays : Haïti bénéficie en moyenne de 5,5 heures d’ensoleillement par jour, contre environ 3 heures en Allemagne, pourtant l’un des leaders européens de l’énergie solaire. Un argument de poids pour accélérer l’adoption de technologies innovantes et réduire la dépendance aux énergies fossiles.

Des expériences locales déjà en marche

L’atelier a également permis de partager des expériences concrètes de production et de distribution d’électricité décentralisée, notamment avec Sigora dans le Nord-Ouest (Môle Saint-Nicolas, Bombardopolis et Jean-Rabel), EARTHPARK, Enèji Pwòp dans le Sud (Tiburon et Les Anglais) et la CEAC, Coopérative d’électricité de l’arrondissement des Côteaux, couvrant Côteaux, Roche-à-Bateau et Port-à-Piment.

Un moment charnière pour l’avenir énergétique du pays

S’inscrivant dans un contexte de crise mais aussi d’opportunités inédites, l’AREH se veut un espace de concertation pour dresser un état des lieux du secteur, partager des modèles innovants et élaborer une vision commune de l’électrification nationale. « Notre responsabilité collective est de transformer ces défis en solutions concrètes au service de la population et du développement national », ont souligné les responsables.

L’ouverture institutionnelle et politique de l’atelier a réaffirmé l’engagement de l’État en faveur de la réforme énergétique, avec des discussions portant notamment sur le cadre réglementaire, la modernisation du réseau de l’EDH et l’introduction de compteurs prépayés. Autant de chantiers jugés essentiels pour tracer la voie d’un avenir énergétique durable pour Haïti.

W. A.