Accueil Société Crise en Haïti : Ulrika Richardson dénonce l’inaction face à l’urgence humanitaire

Crise en Haïti : Ulrika Richardson dénonce l’inaction face à l’urgence humanitaire

©️UN/Evan Schneider

 

Port-au-Prince, le 12 août 2025.- Après plus de trois ans en Haïti, la diplomate suédoise Ulrika Richardson, bientôt en poste en Libye, dresse un constat alarmant : entre la résilience remarquable de la population et l’abandon manifeste de la communauté internationale face à la violence des gangs. Elle évoque notamment la détresse de nombreuses familles haïtiennes, contraintes d’abandonner des proches âgés ou handicapés lors de fuites précipitées.

Lors de sa dernière conférence de presse, Mme Richardson a salué le courage d’une femme violée à plusieurs reprises qui, malgré les traumatismes, continue de se battre pour vivre et réclame justice. Le pays, selon elle, est à genoux : malnutrition infantile, enfants enrôlés dans des groupes armés, écoles fermées, hôpitaux presque paralysés – seulement 36 % fonctionnent pleinement à Port-au-Prince, précise-t-elle.

Pourtant, les outils sont là : un plan humanitaire, un régime de sanctions, un embargo sur les armes, et une mission multinationale dirigée par le Kenya. Mais le soutien reste très insuffisant : le plan humanitaire n’est financé qu’à 9 %, le plus bas taux au monde. « La communauté internationale n’est pas à la hauteur », déplore-t-elle.

Malgré ce sombre tableau, la coordinatrice humanitaire de l’ONU reste optimiste : « Haïti a une population dynamique, une diaspora active, des ressources. Les Haïtiens sont prêts. Il faut leur en donner les moyens. »

©️Christian Cricboom

Elle affirme qu’Haïti peut rebondir, mais à condition que la violence cesse. Ses priorités sont claires : stopper l’entrée des armes, briser les liens entre les gangs et certaines élites corrompues, renforcer la mission multinationale, et mettre en place une solution politique durable. Faute de quoi, l’instabilité pourrait se propager dans toute la région.

Selon elle, ces mesures tardent en raison d’un manque de volonté politique à plusieurs niveaux, combiné à un grave déficit de financement. Elle souligne également que les gangs, de plus en plus indépendants, vivent aujourd’hui du crime organisé à l’échelle régionale.

Enfin, elle a lancé un appel pressant : « La violence brutale, surtout envers les femmes, les enfants et les jeunes, doit cesser pour que le pays puisse sortir de cette spirale négative. »

W. E.