Me Frandley Denis Julien
Port-au-Prince, le 26 juin 2026.- La récente décision de la Cour suprême des États-Unis marque un tournant majeur dans le dossier du Statut de protection temporaire (TPS). Invité de l’émission Panel Magik ce vendredi 26 juin, l’avocat Me Frandley Denis Julien estime que les bénéficiaires haïtiens disposent désormais de très faibles chances d’obtenir un sursis devant les tribunaux. Selon lui, cette décision renforce considérablement la stratégie migratoire de l’administration Trump et expose des milliers de familles haïtiennes à des procédures d’expulsion accélérées.
La décision rendue par la Cour suprême des États-Unis sur le dossier du TPS constitue un sérieux revers pour les milliers d’Haïtiens qui espéraient bloquer la fin de leur protection temporaire. C’est l’analyse livrée par Me Frandley Denis Julien lors de son intervention à l’émission Panel Magik, diffusée ce vendredi sur Magik 9.
Selon l’avocat, le litige est né après que l’administration Trump a demandé à la Cour suprême de suspendre, par une procédure d’urgence (« shadow docket »), une injonction prononcée par un juge fédéral qui empêchait provisoirement la suppression du TPS en attendant un examen complet du dossier.
Les défenseurs du TPS avaient fondé leur recours sur trois principaux arguments : la violation de la loi régissant le TPS, le non-respect de l’Administrative Procedure Act, qui encadre les décisions des agences fédérales, et une atteinte à l’Equal Protection Clause ( clause de protection légale) de la Constitution américaine, garantissant une protection égale devant la loi.
Me Denis Julien explique toutefois que la Cour suprême a écarté les deux premiers arguments. Seule la question liée à une éventuelle discrimination fondée sur l’Equal Protection Clause demeure ouverte devant les juridictions inférieures. Toutefois, selon lui, la haute juridiction a déjà laissé entendre que cette argumentation présente peu de chances d’aboutir, réduisant considérablement les perspectives de succès des bénéficiaires du TPS.
L’avocat a également dénoncé ce qu’il considère comme une orientation idéologique de la majorité conservatrice de la Cour suprême, estimant qu’elle accorde une large marge de manœuvre au pouvoir exécutif, particulièrement dans les dossiers touchant à l’immigration. Il rappelle que certains juges ont refusé de retenir comme preuve de discrimination les nombreuses déclarations controversées de Donald Trump à l’égard des Haïtiens.
Au-delà du débat juridique, Me Denis Julien insiste sur les conséquences concrètes de cette décision. Il affirme que plusieurs milliers d’Haïtiens deviennent désormais plus vulnérables aux mesures d’expulsion. Les personnes présentes depuis moins de deux ans aux États-Unis pourraient faire l’objet de procédures d’éloignement accélérées, tandis que celles établies depuis plus longtemps devront comparaître devant les tribunaux de l’immigration.
Il souligne également que l’administration américaine a récemment nommé plus d’une centaine de nouveaux juges de l’immigration, une mesure qui pourrait accélérer le traitement des dossiers et, par conséquent, les expulsions.
Autre conséquence évoquée : les bénéficiaires du TPS vivant aux États-Unis depuis 2010 risquent de perdre les avantages sociaux accumulés, notamment certains droits liés au système de sécurité sociale, en cas de renvoi du territoire américain.
Malgré ce contexte défavorable, Me Denis Julien rappelle que certaines personnes pourraient encore bénéficier de mécanismes de régularisation, notamment celles ayant des liens familiaux avec des citoyens américains ou des résidents permanents. Ces possibilités demeurent toutefois soumises à l’appréciation des juges de l’immigration et ne garantissent pas une protection automatique contre l’expulsion.
Pour l’avocat, cette décision de la Cour suprême constitue avant tout un signal fort en faveur de la politique migratoire de l’administration Trump, avec des répercussions majeures pour les communautés haïtiennes établies aux États-Unis.
W. A.



























