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3 avril : Le cri des femmes pour une démocratie réelle retentit en pleine crise

 

Port-au-Prince, le 3 avril 2026.- Quarante ans après la marche historique de 1986, le Ministère à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes (MCFDF) et les organisations de la société civile ont commémoré, ce vendredi 3 avril 2026, la Journée nationale du mouvement des femmes haïtiennes. Dans un pays meurtri par une crise sécuritaire et humanitaire sans précédent, la ministre Pedrica Saint Jean a réitéré l’urgence d’intégrer les femmes dans les sphères de décision. Entre rappel historique de la lutte contre la dictature et impératifs de protection contre les violences de genre, cette célébration se veut un levier pour la reconstruction d’un État de droit où l’égalité n’est plus une option.

Le 3 avril 1986 : L’acte de naissance d’une force politique

L’histoire du féminisme haïtien moderne s’est cristallisée un matin d’avril 1986. Au lendemain de la chute du régime duvaliériste, environ 30 000 femmes ont investi les rues de Port-au-Prince et des villes de province. Cet événement, impulsé par l’organisation « Fanm d’Ayiti », a marqué une rupture définitive avec l’exclusion. « La bourgeoise y côtoyait la chômeuse », rappellent les historiens, unissant leurs voix pour exiger une participation directe à la gestion de la chose publique. Ce jour-là, les Haïtiennes ont cessé d’être des spectatrices de la politique pour en devenir des actrices centrales, imposant le slogan devenu indissociable de la lutte : « Pa gen demokrasi san fanm ».

Des remparts face au chaos actuel

Aujourd’hui, le contexte a changé, mais l’adversité reste de mise. Alors qu’Haïti traverse une période de turbulences sécuritaires majeures, les organisations féministes se dressent comme les derniers remparts du lien social. Présentes dans les quartiers les plus vulnérables et les sites de déplacés, elles assurent des missions de protection et de solidarité que les structures étatiques peinent à remplir. Cette résilience démontre que le mouvement des femmes n’est pas seulement une force de revendication, mais un pilier essentiel de la réponse humanitaire communautaire.

La feuille de route du Ministère : Sécurité et Représentation

Dans son message officiel, la ministre Pedrica Saint Jean a transformé la commémoration en un plaidoyer politique musclé. Pour le gouvernement, l’héritage de 1986 doit se traduire par des actes législatifs et sécuritaires concrets. La ministre a ainsi dévoilé les priorités du MCFDF pour l’année en cours, issues des recommandations des États Généraux de 2025 :

  • Participation politique : Garantir l’accès des femmes aux postes de décision à tous les échelons de l’État.
  • Zéro tolérance contre la violence : Renforcer la protection des citoyennes, particulièrement lors des périodes électorales souvent marquées par des agressions ciblées.
  • Protection numérique : Lancer une offensive contre les violences de genre sur les réseaux sociaux.
  • Leadership féminin : Promouvoir l’égalité des chances dans tous les secteurs de la vie nationale.

Un engagement pour l’avenir

En conclusion de son intervention, Pedrica Saint Jean a rappelé que le respect des droits des femmes est une « obligation » sociétale. Le Ministère lance un appel pressant à tous les secteurs, privé, religieux et civil, pour une synergie nationale. L’objectif est clair : faire en sorte que l’étincelle de 1986 continue d’inspirer les nouvelles générations pour bâtir une Haïti où la justice et la paix ne se conjuguent plus seulement au masculin.

W. A.