Pétion-ville, le 3 avril 2026.- Alors que l’État haïtien a annoncé, ce jeudi 2 avril, de nouvelles grilles tarifaires pour le transport en commun, la réalité sur les routes reste bien différente. L’augmentation des prix du carburant (+29 % pour l’essence et +37 % pour le diesel) a incité les autorités à encadrer les tarifs, mais l’insécurité et les postes de péage illégaux imposés par des groupes armés compliquent l’application de ces mesures.
Dans la région métropolitaine, plusieurs trajets sont désormais fixés à 75 gourdes, notamment entre Port-au-Prince et Carrefour, Bon Repos, Croix-des-Bouquets ou Pétion-Ville. D’autres trajets restent à 50 gourdes, pour des zones comme Delmas 65, Canapé-Vert ou l’aéroport, tandis que les liaisons plus longues atteignent 115 gourdes pour Cabaret, 180 pour Arcahaie et 240 pour Kenscoff. Dans les villes de province, les tarifs officiels s’échelonnent de 750 gourdes pour Saint-Marc à 3 150 pour Jérémie ou Port-de-Paix.
Sur le terrain, les chauffeurs doivent faire face à une réalité différente. De nombreux axes stratégiques sont contrôlés par des groupes armés qui imposent des péages informels, faisant grimper le coût réel des trajets. Chaque passage peut représenter plusieurs milliers de gourdes pour un véhicule et des dizaines de milliers pour un camion de marchandises. Ces postes de contrôle se succèdent parfois sur un même trajet, transformant le transport en un parcours coûteux et imprévisible.
Face à ces pressions, les transporteurs répercutent ces frais sur les passagers. Le tarif réel dépasse donc largement le prix officiel, illustrant l’écart entre la régulation de l’État et la pratique quotidienne. Le système parallèle qui s’instaure place le coût imposé par les groupes armés au centre de l’économie du transport public.
En proposant des tarifs sans tenir compte des péages illégaux, l’État limite son contrôle à une régulation partielle. Tant que ces frais continueront de peser sur les routes, le prix effectif restera déterminé par la négociation au passage des barrages, reflétant la double contrainte qui pèse sur le transport public haïtien.
R. J.






















