Accueil Éducation ANESRS : lancement officiel d’une réforme majeure pour refonder l’enseignement supérieur haïtien

ANESRS : lancement officiel d’une réforme majeure pour refonder l’enseignement supérieur haïtien

Port-au-Prince, le 28 février 2026.- L’Agence nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (ANESRS) a officiellement lancé ses travaux le vendredi 27 février à l’hôtel Karibe, marquant une étape déterminante dans la restructuration du système universitaire haïtien. Autorités gouvernementales, recteurs, universitaires et partenaires internationaux ont salué l’opérationnalisation de cette institution créée par décret. Celle-ci est appelée à combler plus de quarante ans de vide réglementaire, à assurer la régulation et la modernisation du secteur, et à repositionner Haïti dans une dynamique mondiale fondée sur la connaissance, la recherche scientifique et l’innovation.

Un acte de souveraineté pour combler 40 ans de vide réglementaire

Dès l’ouverture de la cérémonie, la Dre Ketty Balthazar Accou a salué un moment institutionnel déterminant pour l’avenir académique du pays.

Le recteur Jocelyn Val, secrétaire général de la Conférence des recteurs et présidents des universités haïtiennes (CORPUHA), a qualifié l’opérationnalisation de l’ANESRS d’« acte de souveraineté nationale ». Selon lui, cette agence vient combler plus de quatre décennies de vide légal, lequel a favorisé la prolifération incontrôlée d’institutions universitaires souvent dépourvues d’infrastructures adéquates et de normes académiques rigoureuses. Il estime que cette nouvelle structure représente un espoir pour la rénovation du système universitaire et la reconstruction intellectuelle du pays.

Le représentant résident de l’UNESCO en Haïti, Eric Voli Bi, a également salué la création de l’agence, qu’il considère comme « un acte de foi dans l’intelligence haïtienne ». Il a insisté sur la nécessité de bâtir un écosystème universitaire de qualité, aligné sur les besoins du marché du travail et capable de soutenir l’innovation et le développement.

Le ministre de l’Éducation nationale et de la formation professionnelle, Augustin Antoine, a affirmé que l’ANESRS traduit une volonté politique claire de réguler le secteur et d’en faire un levier stratégique de reconstruction nationale. Il a appelé l’institution à faire preuve d’impartialité, de compétence et d’engagement envers l’excellence académique.

Une mission axée sur la rigueur scientifique et la souveraineté cognitive

Dans son intervention centrale, le président de l’ANESRS, le Dr Hérold Toussaint, a présenté la mission de l’agence comme un instrument de souveraineté cognitive et d’autonomie intellectuelle nationale. L’institution exercera, a-t-il précisé, un contrôle administratif, scientifique et pédagogique sur l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur et des centres de recherche du pays.

Pour le Dr Toussaint, le développement d’une nation repose désormais sur son capital humain et scientifique, bien au-delà de ses seules ressources naturelles. L’université, selon ses propos, doit s’affirmer comme un sanctuaire de la pensée critique, un laboratoire d’innovation et un garant de la rigueur méthodologique. Il a également mis en garde contre certaines dérives, notamment la superficialité académique, l’imposture intellectuelle et la banalisation des titres universitaires.

Le président de l’ANESRS a insisté sur la nécessité de rétablir la rigueur scientifique comme norme institutionnelle, condition essentielle à la crédibilité et à l’innovation nationale. Parmi les perspectives annoncées figurent la mise en place de bureaux régionaux et l’organisation d’activités scientifiques à travers le territoire, notamment des initiatives telles que « La science en fête », destinées à renforcer la culture scientifique au sein de la population.

Abordant la question de l’égalité, le Dr Toussaint a souligné le rôle stratégique des femmes dans la recherche scientifique, considérant leur pleine participation comme un levier de transformation durable. En conclusion, il a appelé à une mobilisation concertée des universités et des pouvoirs publics afin d’assurer à la jeunesse haïtienne un avenir scientifique solide.

Gouvernance, défis structurels et intégration de l’intelligence artificielle

En marge de la cérémonie, InfosNation a interrogé le Dr Guichard Doré sur les défis politiques et structurels susceptibles d’entraver la mission de l’ANESRS. Il a évoqué l’absence historique d’une politique publique cohérente en matière de recherche et développement en Haïti, précisant que l’agence aura pour rôle d’appliquer les orientations définies par les autorités compétentes. Selon lui, le pays devra prioriser la scolarisation universelle, la formation professionnelle et le développement d’un enseignement supérieur adapté aux besoins nationaux.

Interrogé sur l’intégration de l’intelligence artificielle, le Dr Evens Emmanuel a indiqué que certaines institutions haïtiennes, notamment l’École supérieure d’infotronique d’Haïti (ESIH), dispensent déjà des formations dans ce domaine à l’échelle francophone. Il a insisté sur la nécessité d’encadrer l’usage de l’intelligence artificielle dans le respect des principes éthiques, tout en permettant aux universités haïtiennes de s’approprier ces technologies afin de devenir productrices de savoir et non simples consommatrices.

La cérémonie s’est achevée par le transfert symbolique des dossiers de la Direction de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (DESRS) à l’ANESRS, ainsi que par la présentation des premiers chantiers de l’institution. Les responsables et partenaires ont exprimé leur volonté de faire de cette agence un pilier de la réforme universitaire et du développement scientifique national.

Avec cette opérationnalisation, les autorités entendent poser les bases d’un système d’enseignement supérieur structuré, capable de former des compétences, de produire des connaissances et de contribuer au redressement durable d’Haïti.

R. J.