©️New York Times
Le gouvernement haïtien envisage de confier à une entreprise privée la gestion de la sécurité et la perception des taxes à la frontière avec la République dominicaine, dans le but de mieux contrôler ce point de passage stratégique, souvent utilisé pour l’entrée d’armes illégales. Ce projet suscite des réactions partagées.
Un haut responsable haïtien a confirmé au Miami Herald que des discussions sont en cours pour restructurer les douanes et renforcer la PoliFRONT, l’unité spécialisée de la police des frontières. Il a toutefois nié la signature d’un contrat avec Erik Prince, contredisant un article de Reuters.
Selon Reuters, l’entreprise de sécurité d’Erik Prince, Vectus Global, aurait signé un accord de 10 ans pour implanter un système de taxation à la frontière, visant à assécher les revenus des gangs. Une source gouvernementale déclare ne pas avoir vu le nom de Vectus Global, mais une autre confirme que plusieurs sociétés, dont celle de Prince, sont en lice pour obtenir ce contrat.
Vectus Global affirme disposer d’un programme d’un an pour aider Haïti à combattre les gangs, ainsi que d’un mandat de conseil à long terme pour améliorer les capacités de collecte fiscale. L’entreprise, spécialisée dans le conseil en sécurité, déclare également accompagner un groupe de travail du cabinet du Premier ministre dédié à la lutte contre les groupes armés.
Mais le projet est vivement critiqué. Certains y voient une nouvelle forme de néocolonialisme ou une dépendance économique accrue. L’avocat et ancien candidat à la présidence Samuel Madistin dénonce une initiative « scandaleuse » menée par un gouvernement provisoire qu’il juge corrompu et illégitime. Selon lui, ce dernier n’a ni l’autorité ni la légitimité pour engager le pays dans un contrat décennal avec une entreprise étrangère, alors qu’il n’a pas renforcé les capacités de l’armée ou de la police nationale.
Par ailleurs, ni le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé ni les responsables actuels du Conseil présidentiel de transition ne confirment l’existence d’un accord avec Vectus Global. L’ancien président du Conseil, Fritz Alphonse Jean, a affirmé ne jamais avoir été informé d’un tel projet, tandis que son successeur, Laurent Saint-Cyr, a déclaré n’avoir « aucune connaissance » d’un contrat signé, rapporte Miami Herald.
Enfin, ces révélations relancent le débat sur l’influence croissante du secteur privé dans la gouvernance du pays, plusieurs figures du monde des affaires occupant désormais des postes clés au sein de l’exécutif.
W. E.



























