Guerline Jozef
Washington, le 20 janvier 2026.- Alors que l’administration américaine prévoit de mettre fin au Statut de protection temporaire (TPS) pour Haïti le 3 février 2026, plus de 370 000 à 500 000 Haïtiens vivant aux États-Unis se retrouvent dans une incertitude majeure. Invitée à l’émission Panel Magik sur Magik 9, ce mardi, Guerline Jozef, directrice exécutive de l’organisation Haitian Bridge Alliance, tire la sonnette d’alarme et évoque une bataille judiciaire cruciale pour éviter une crise humaine sans précédent.
La possible fin du Statut de protection temporaire (TPS) pour les Haïtiens aux États-Unis inquiète profondément les organisations de défense des migrants. Selon Guerline Jozef, de Haitian Bridge Alliance, entre 370 000 et 500 000 Haïtiens bénéficient actuellement, directement ou indirectement, de ce mécanisme de protection migratoire mis en place après le séisme dévastateur de 2010.
Contrairement à certaines idées reçues, la communauté concernée par le TPS est loin d’être homogène. Elle regroupe des Haïtiens présents aux États-Unis depuis plus de 20 ou 30 ans sans statut régularisé, mais aussi ceux arrivés après 2010, notamment entre 2015 et aujourd’hui, par voie régulière ou après avoir traversé la frontière mexicano-américaine. Tous ont, à un moment ou à un autre, trouvé dans le TPS une protection contre la déportation et un accès légal au marché du travail.
« Parmi les bénéficiaires, on retrouve des médecins, des infirmières, des chauffeurs, des travailleurs agricoles, des ouvriers, des employés de l’industrie. Ce sont des personnes qui contribuent activement à l’économie américaine », a souligné Guerline Jozef, insistant sur le rôle fondamental de la main-d’œuvre haïtienne dans plusieurs secteurs clés.
Face à la décision annoncée de mettre fin au TPS pour Haïti, Haitian Bridge Alliance, aux côtés d’autres organisations, a engagé plusieurs recours judiciaires. Des actions sont actuellement pendantes devant des tribunaux à Washington D.C. et en Californie. À Washington, un juge a accordé un délai de trois semaines au gouvernement américain pour justifier légalement la fin du programme, avec une décision attendue autour des 26, 27 ou 28 janvier 2026.
Toutefois, Guerline Jozef appelle à la prudence. Aucune décision définitive n’a encore été rendue et, même en cas de jugement favorable, le gouvernement américain pourrait faire appel, jusqu’à la Cour suprême. « C’est une bataille, pas encore une victoire », a-t-elle averti.
Au-delà de l’aspect juridique, les conséquences humaines sont lourdes. La fin du TPS exposerait des centaines de milliers de familles haïtiennes à la perte de leur emploi, à la détention et à la déportation, aggravant les traumatismes déjà vécus par une communauté marquée par l’exil, la peur et l’anxiété. Haitian Bridge Alliance reçoit des centaines d’appels chaque mois, sans disposer des ressources suffisantes pour répondre à toutes les demandes d’assistance.
L’organisation appelle la communauté haïtienne à s’informer auprès de sources fiables, à éviter les fausses informations diffusées notamment sur les réseaux sociaux, et à consulter des avocats ou des structures reconnues. Elle exhorte également à la solidarité et au soutien financier afin de poursuivre la lutte pour la défense des droits des migrants haïtiens.
W. A.





















