Enseignement supérieur en Haïti : Guichard Doré alerte sur un système “au bord de l’effondrement”

    Le professeur Guichard Doré

    Port-au-Prince, le 17 mars 2026.- À l’émission panel Magik, ce mardi 17 mars, le professeur Guichard Doré a dressé un constat préoccupant de l’enseignement supérieur en Haïti. Entre sous-financement chronique, désorganisation institutionnelle et absence de vision stratégique, il appelle l’État à adopter en urgence un nouveau modèle de financement et à engager une réforme structurelle du secteur.

    Le diagnostic est sans détour. Guichard Doré a dénoncé la dégradation continue des institutions d’enseignement supérieur, qu’il considère comme une menace directe pour l’avenir du pays.

    « On est face à une attaque contre les fondements mêmes de la nation », a-t-il affirmé, pointant du doigt l’affaiblissement des universités, des bibliothèques et des structures d’encadrement de la jeunesse.

    Le spécialiste en sciences de l’éducation et des politiques publiques rappelle que les signaux d’alerte ne sont pas nouveaux. Bien avant la crise sécuritaire actuelle, des failles majeures avaient été identifiées, notamment en matière de gouvernance et de cadre légal.

    Si des avancées ont été réalisées avec l’adoption de décrets en 2020, les initiatives structurantes, elles, n’ont pas abouti. L’ancien conseiller Doré cite notamment un projet élaboré avec l’Université d’État d’Haïti (UEH), qui prévoyait une enveloppe de 10 millions de dollars pour le développement d’un campus universitaire. Le projet n’a jamais été concrétisé, en raison des turbulences politiques.

    Au-delà du financement, Guichard Doré met en cause l’organisation même du système universitaire haïtien. Il déplore une duplication des formations et une inadéquation entre l’offre académique et les besoins réels du pays.

    Pour lui, une réforme en profondeur s’impose, avec une meilleure répartition des filières à travers le territoire, en fonction des réalités économiques régionales. « Il faut construire un véritable système national d’enseignement supérieur », insiste-t-il.

    Au cœur du débat, la question du financement reste centrale. M. Doré plaide pour un modèle mixte, associant ressources publiques et privées, à l’image de ce qui se fait dans plusieurs pays.

    Il évoque notamment :

    • la mise en place de bourses et de prêts étudiants ;
    • le développement de partenariats avec le secteur privé ;
    • une implication plus forte de l’État, garant de l’intérêt général.

    Dans ce contexte, les universités haïtiennes, publiques comme privées, font face à de graves difficultés financières. Les étudiants, eux, subissent de plein fouet la hausse des coûts liés à leur formation : frais académiques, logement, transport et alimentation.

    « Le système est pratiquement en faillite », prévient Doré, soulignant l’urgence d’une intervention étatique.

    Pour l’intervenant, l’enjeu dépasse le cadre éducatif. Il s’agit d’une question de sécurité nationale et de développement. Former des cadres compétents est indispensable pour reconstruire le pays et renforcer ses institutions.

    Sans un investissement massif dans le capital humain, Haïti risque, selon lui, de compromettre durablement son avenir.

    W. A.