Home Environment Haïti : la biodiversité s’effondre sous la pression humaine et climatique

Haïti : la biodiversité s’effondre sous la pression humaine et climatique

 

Port-au-Prince, le 22 mai 2026.- En Haïti, la biodiversité ne se limite pas aux forêts reculées ou aux espèces rares étudiées par les scientifiques. Elle se manifeste dans les mangroves qui protègent les côtes contre l’érosion, dans les rivières utilisées pour l’agriculture, dans les récifs coralliens qui soutiennent la pêche artisanale ou encore dans les montagnes qui alimentent les bassins versants du pays. Cependant, cette richesse naturelle est aujourd’hui fragilisée par la déforestation, les effets du changement climatique et la pression croissante exercée sur les ressources naturelles.

À l’occasion de la Journée internationale de la biodiversité, célébrée chaque 22 mai par les Nations unies à travers le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et la Convention sur la diversité biologique, les scientifiques alertent sur l’état critique de plusieurs écosystèmes haïtiens. Dans un pays déjà exposé aux catastrophes naturelles et à l’insécurité alimentaire, la protection de la biodiversité touche directement l’agriculture, l’accès à l’eau, la pêche et les conditions de vie de millions de personnes.

La Caraïbe figure parmi les principaux “hotspots” mondiaux de biodiversité en raison de sa richesse biologique exceptionnelle et des fortes pressions exercées sur ses écosystèmes. L’île d’Hispaniola, partagée entre Haïti et la République Dominicaine, présente un niveau élevé d’endémisme, notamment chez les amphibiens, reptiles et oiseaux, selon l’UNESCO.

Parmi les espèces endémiques les plus menacées figure le solenodonte d’Hispaniola, un mammifère nocturne classé “en danger” sur la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Des recherches publiées dans la revue scientifique Oryx indiquent que l’espèce a fortement décliné en Haïti en raison de la destruction des habitats naturels. L’hutia d’Hispaniola, autre mammifère endémique de l’île, est également considéré comme vulnérable. Ces espèces symbolisent aujourd’hui la fragilité de la biodiversité haïtienne face à la crise environnementale.

Le Massif de la Hotte, reconnu réserve de biosphère par l’UNESCO depuis 2016, constitue l’un des principaux refuges naturels du pays. Selon “le Haiti National Trust”, le parc national Macaya abrite environ 900 espèces de plantes, dont 123 espèces d’orchidées, ainsi que 31 espèces de grenouilles, 27 espèces de reptiles et 73 espèces d’oiseaux. Cette richesse écologique fait de cette région l’une des zones les plus importantes pour la conservation de la biodiversité dans la Caraïbe.

Cependant, ces écosystèmes subissent une forte pression liée à la déforestation, à l’exploitation du bois et à l’urbanisation non planifiée. Une étude publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) souligne que les forêts naturelles haïtiennes ont fortement diminué au cours des dernières décennies. Cette dégradation accélère l’érosion des sols, réduit la capacité des bassins versants à retenir l’eau et fragilise les terres agricoles.

Les changements climatiques aggravent également cette vulnérabilité environnementale. Sécheresses prolongées, pluies torrentielles et cyclones accentuent les pressions sur des écosystèmes déjà fragilisés. Des chercheurs de l’Université Quisqueya à travers le Laboratoire de Qualité de l’Eau et de l’Environnement (LAQUE), étudient notamment les impacts de la pollution, de la dégradation environnementale et du climat sur les ressources hydriques et les écosystèmes tropicaux.

En cette Journée internationale de la biodiversité, les experts rappellent que la protection des écosystèmes haïtiens ne relève pas uniquement d’un enjeu environnemental. Derrière la disparition progressive des forêts, des mangroves et des espèces endémiques se jouent aussi la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau, la prévention des catastrophes naturelles et la résilience des communautés face aux crises climatiques. Préserver la biodiversité en Haïti apparaît désormais comme une nécessité à la fois écologique, sociale et économique.

Jacques Wheps CASTIL