L’ingénieur Frantz Verella
Port-au-Prince, le 20 mai 2026.- Six ans après son lancement, le projet de développement urbain de la Banque mondiale pour le Grand Nord haïtien affiche un bilan squelettique. Invité ce mercredi sur Magik9, l’ancien ministre des Travaux Publics, Transports et Communications, l’ingénieur Frantz Verella, a pointé du doigt les faiblesses structurelles de l’État et de l’aide internationale. Entre absence de schéma directeur, infrastructures inachevées et dépendance économique vis-à-vis de la République dominicaine, l’expert a appelé à une refondation urgente basée sur l’éducation citoyenne et une gouvernance de qualité.
Des millions de dollars pour un surplace dramatique
Approuvé en mars 2020 et censé prendre fin en décembre 2026, le grand projet de développement urbain financé par la Banque mondiale piétine. Frantz Verella constate avec amertume l’absence d’impact réel sur le terrain. Les routes construites restent trop étroites (4 à 5 mètres), les canaux d’évacuation demeurent à ciel ouvert, favorisant l’accumulation de détritus, et les connexions cruciales entre les routes nationales RN1 et RN3 n’ont jamais été achevées. Ce blocage s’explique par des lenteurs administratives excessives, des procédures de passation de marchés interminables et un manque criant de firmes locales capables de prendre le relais.
Le Grand Nord sous perfusion dominicaine
L’ancien ministre a dressé un parallèle douloureux avec la République dominicaine, où les municipalités sont techniquement mieux outillées. Un exemple frappant : l’eau potable. Au Cap-Haïtien, les restaurants et hôtels consomment massivement de l’eau importée de l’autre côté de la frontière (Agua B). Pourquoi ? Parce qu’en Haïti, le coût exorbitant de l’électricité (jusqu’à 30 centimes le kilowatt contre 15 en République dominicaine) empêche les usines locales de traitement d’eau d’être compétitives. De plus, la ville historique du Cap-Haïtien, forte de ses 400 000 habitants, doit survivre avec une alimentation électrique dérisoire de seulement 3 à 4 mégawatts.
Marchés insalubres et faillite des services de base
L’urbanisation sauvage asphyxie la région. Verella décrit des scènes insoutenables : des montagnes de déchets de trois mètres de haut à proximité des marchés, une absence totale de réseaux d’égouts et des marchés publics dépourvus de toits et d’électricité. Conséquence directe : les commerçants désertent l’intérieur des marchés pour s’installer anarchiquement sur les trottoirs, provoquant des embouteillages monstres impossibles à réguler. Au niveau sanitaire, le constat est tout aussi alarmant, à l’image de l’Hôpital Justinien privé de service de radiographie fonctionnel.
Un plan pour 2030 inspiré par Henri Christophe
Malgré ce sombre tableau, l’ingénieur Verella ne baisse pas les bras. Il vient de coordonner un plan de développement à moyen terme (2025-2030) pour le Grand Nord, incluant une dizaine de documents stratégiques touchant le transport, l’énergie, le numérique et la revalorisation des chaînes agricoles (café, cacao, pêche). Pour concrétiser cette vision inspirée du Roi Henri Christophe, l’ancien ministre affirme qu’il faut impérativement de nouveaux dirigeants « tête droite », sensibles à la misère du peuple, et un accent massif sur trois piliers : l’éducation technique, l’éducation environnementale et le civisme.
W.A.
























