Port-au-Prince, le 14 juillet 2025.- Dans une lettre adressée au coordinateur du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), Fritz Alphonse Jean, le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) a vivement critiqué une tournée internationale prévue par une délégation conduite par Frinel Joseph, conseiller présidentiel sans droit de vote. Cette mission, qui inclut des étapes au Brésil, au Canada, au Chili et aux États-Unis, vise à promouvoir l’avant-projet de Constitution remis au CPT en mai dernier.
Le RNDDH rappelle que le processus constitutionnel a été entaché dès le départ par des irrégularités. Le Comité de pilotage de la conférence nationale, chargé de réviser la Constitution conformément à l’accord politique du 3 avril 2024, a été mis en place sans consultation des structures organisées de la société, en violation de l’article 28 de cet accord. Ce comité a pourtant bénéficié de financements publics conséquents.
En mai 2025, le comité a soumis un avant-projet de Constitution largement contesté. Le RNDDH dénonce non seulement le contenu du texte, mais aussi la méthode opaque utilisée. Présenté comme le fruit d’une consultation nationale, le document a été rejeté par de nombreuses organisations féministes, de droits humains, paysannes, universitaires et de la presse, qui affirment ne jamais avoir été consultées.
Le 10 juin 2025, lors d’une rencontre avec des organisations de la société civile, plusieurs membres du CPT ont reconnu le caractère problématique de ce projet de Constitution et promis de reprendre le processus de manière plus inclusive.
Pourtant, le RNDDH déplore que, malgré ces engagements, le gouvernement ait débloqué 182 millions de gourdes au profit de l’ANMH et de l’AMI afin de promouvoir l’avant-projet dans les médias. Par ailleurs, la tournée internationale menée par Frinel Joseph, perçue comme coûteuse et injustifiée, soulève de sérieuses interrogations quant aux véritables objectifs du gouvernement dans ce processus constitutionnel.
D’après les informations recueillies par le RNDDH, une délégation composée de 20 personnes — 11 hommes et 9 femmes — doit quitter Haïti, le 21 juillet 2025, pour une tournée de dix jours, à l’étranger, avec un retour prévu le 4 août. Cette délégation, conduite par le conseiller présidentiel -sans droit de vote- Frinel Joseph, inclut notamment Régine Abraham ainsi que Jean Enex Jean-Charles, membre du comité de pilotage, accompagné de son épouse.
Le RNDDH dénonce l’utilisation de fonds publics issus du basket fund, administré par le PNUD, pour financer ce voyage qu’il qualifie de « villégiature », alors que ces ressources devraient être strictement réservées à l’organisation des élections et du référendum.
Face à ce qu’elle considère comme un gaspillage inacceptable des ressources de l’État, l’organisation condamne fermement la promotion d’un avant-projet de Constitution déjà largement contesté. Dans un contexte de crise humanitaire sévère et d’insécurité persistante, elle estime qu’un tel déplacement constitue une insulte à la détresse du peuple haïtien.
Le RNDDH exige l’annulation immédiate de cette mission et enjoint le CPT à respecter l’accord politique du 3 avril 2024 en organisant des consultations inclusives avec l’ensemble des secteurs de la société.
W.E.
























