Paris, le 7 février 2026.- Le directeur du département de géographie de l’Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne, Jean-Marie Théodat, a affirmé, lors d’une interview accordée à France 24, le 6 février 2026, que l’échec du Conseil présidentiel de transition (CPT) était prévisible dès sa mise en place. Selon lui, la mission confiée à cet organe était mal conçue et ne tenait pas compte de l’ampleur de l’insécurité ni de la montée progressive de la violence des gangs, installée depuis plus de quarante ans.
Pour l’universitaire, le CPT a « mis la charrue avant les bœufs » en faisant de l’organisation des élections une priorité dans un contexte profondément instable. « Comment demander à un conseil présidentiel d’organiser des élections dans un pays où l’on a recensé plus de huit mille morts en 2025, dus à la violence des gangs armés qui occupent une grande partie du territoire ? », s’interroge-t-il.
Jean-Marie Théodat souligne qu’environ 500 000 armes de guerre circulent actuellement en Haïti, rendant impossible la tenue d’élections crédibles. « Comment voulez-vous que les citoyens aillent voter sous la menace permanente des gangs armés ? », questionne-t-il, rappelant que « sans paix civile, il ne peut y avoir d’élections ».
Interrogé sur la question de savoir si l’insécurité constitue l’unique obstacle à la réussite de la transition, le directeur du département de géographie de Panthéon-Sorbonne estime que l’échec du CPT est structurel. Il précise que l’insécurité n’est pas le seul facteur expliquant cet échec et que, dans les mêmes conditions, d’autres acteurs n’auraient guère pu faire mieux.
Jean-Marie Théodat affirme enfin que la crise haïtienne est bien plus profonde qu’elle n’y paraît. Selon lui, Haïti est devenue depuis plusieurs années un « trou noir », servant de plateforme de transit pour le trafic de cocaïne vers la Floride. « C’est de là que vient cette situation chaotique. Il fallait déboulonner l’État afin de faciliter le passage de la cocaïne », a-t-il conclu.
Par ailleurs, plusieurs membres du Conseil présidentiel de transition font l’objet de plaintes, et certains sont même inculpés dans de graves affaires de corruption, notamment dans le dossier de la Banque nationale de crédit (BNC).
Alors que le mandat du CPT vient de prendre fin aujourd’hui, le collège présidentiel laisse derrière lui l’image d’une institution profondément fracturée et divisée, marquée notamment par la tentative d’éviction du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Cette démarche a considérablement fragilisé le Conseil, qui termine son mandat affaibli et en perte de crédibilité.
W. E.























