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Afrique et Haïti face à l’urgence numérique : l’intelligence artificielle comme moteur de croissance et d’emploi

 

Cotonou, le 24 novembre 2025.- Alors que l’Afrique s’apprête à générer 230 millions d’emplois liés au numérique d’ici 2030, la fracture numérique menace encore d’exclure près d’un milliard d’Africains. À Cotonou, la capitale économique du Bénin, les 17 et 18 novembre 2025, gouvernements, experts et partenaires débattent des solutions pour accélérer la transformation digitale du continent. En Haïti, où se tient simultanément le premier Sommet national sur l’Intelligence Artificielle (IA), la Banque de la République d’Haïti (BRH) prône une stratégie volontariste fondée sur l’innovation, la formation et la jeunesse comme levier de métamorphose nationale.

La révolution numérique en Afrique connaît une phase décisive. Avec 60 % de sa population âgée de moins de 25 ans, le continent possède un potentiel démographique exceptionnel, mais celui-ci reste en grande partie inexploité. Malgré une progression importante du taux de pénétration d’Internet passé de 3,2 % en 2005 à 40 % en 2024, plus de 900 millions de personnes demeurent hors ligne, freinées par les coûts, l’absence de compétences ou un manque d’infrastructures. En zone rurale, l’accès n’atteint que 28 %.

Pourtant, les perspectives sont majeures : la transformation numérique pourrait générer 230 millions d’emplois dans les années à venir, grâce à l’essor des services digitaux, de l’e-commerce et de l’intelligence artificielle. Déjà, plusieurs pays montrent la voie. Au Bénin, plus de 250 services publics sont désormais accessibles en ligne, 68 communes ont été connectées à la fibre, et la couverture mobile s’étend sur 92 % du territoire.

Construire un marché numérique africain intégré

Le sommet régional de Cotonou met en lumière les enjeux d’un marché numérique africain harmonisé. L’Union africaine, avec sa Stratégie de transformation numérique 2020-2030, ambitionne un espace unifié où les données circulent, où les plateformes sont interopérables et où les start-up peuvent se développer sans frontières. L’intelligence artificielle, dont le marché africain est évalué à 2 milliards de dollars en 2025, représente un levier puissant pour accélérer cette intégration.

Les innovations locales en témoignent : reconnaissance vocale au Bénin, déploiement de l’IA dans l’agriculture ou l’éducation, outils de santé numériques adaptés aux réalités régionales. Toutefois, pour généraliser ces avancées, le continent doit investir dans les infrastructures de connectivité, dans les compétences numériques et dans un cadre réglementaire protecteur, notamment en cybersécurité.

Haïti : une transformation numérique portée par la jeunesse

En parallèle du sommet de Cotonou, Haïti organise pour la première fois un événement national dédié à l’intelligence artificielle : Ayiti IA 2025. Dans son discours, le gouverneur de la BRH, Ronald Gabriel, rappelle que l’IA représente pour Haïti une chance historique de « dépasser certaines contraintes structurelles et moderniser nos institutions ».

La BRH s’engage depuis plusieurs années dans la construction d’un écosystème technologique haïtien. Elle mise sur :

  • la formation de ses cadres aux bases de l’IA, à la gouvernance et à la cybersécurité ;
  • des partenariats avec l’ESIH, l’Unitech, l’ISTEAH et la Faculté des Sciences pour former des ressources humaines dans les STIM ;
  • le Fonds BRH pour la Recherche et le Développement, créé en 2019, pour soutenir l’innovation ;
  • la promotion du capital humain comme moteur essentiel du développement.

Pour Ronald Gabriel, seule une démarche volontariste permettra à Haïti de combler rapidement sa fracture numérique. La jeunesse, « facteur d’échelle » du pays, doit être au centre de cette stratégie, afin d’ouvrir la voie à un véritable saut technologique.

Qu’il s’agisse de l’Afrique ou d’Haïti, le message reste le même : l’avenir est numérique, et il se construit maintenant. Gouvernements, entreprises, institutions financières et société civile doivent unir leurs efforts pour rendre la transformation digitale accessible, sécurisée et inclusive.

La révolution numérique est une opportunité historique. Mais pour qu’elle devienne un levier de croissance, d’emplois et de réduction des inégalités, elle doit s’accompagner de politiques publiques ambitieuses, d’investissements structurants et d’un engagement commun en faveur de l’innovation.

W. A.